L’anglais a-t-il sa place dans un roman en français?

anglais, Jules Clara, Von Westmount
Jules Clara, Von Westmount, roman, Montréal, Éditions La Mèche, 2022, 180 pages, 22,95 $.
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Il arrive qu’on retrouve de courts dialogues en anglais dans un roman en langue française, parfois avec une traduction en bas de page. Le roman Von Westmount, de Jules Clara, n’entre pas dans cette catégorie car il dépasse les bornes.

Aline piétine. Aline s’enlise. Sa situation n’est guère reluisante, tant au niveau du travail qu’au plan amoureux. Une amie lui parle d’une famille richissime, les Von Westmount. Cherchent-ils une employée? Yes they do.

Voilà ce que j’avais lu dans le communiqué annonçant la sortie du roman. Je ne me doutais pas que ce Yes they do ouvrirait la porte à un ouvrage francophone bourré de phrases en anglais.

Il y a même un chapitre de douze pages rédigé uniquement dans la langue de Shakespeare.

I’m sick of this book

Aline s’occupe d’Alexander et de Clémentine, les deux enfants de la famille Von Westmount (qui vit à Westmount, Montréal). Alexander joue un rôle plutôt effacé, mais une scène où il est question du livre que l’enfant doit lire résume on ne peut mieux ma réaction au roman de l’autrice Jules Clara.

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«I’m sick of this book. Please, don’t make me read this, Miss Aline, please don’t make me keep reading this book. Please, implore Alexander de nouveau, I don’t like the story, it’s so boring, I’m sick and tired of it… Give me something else, anything

J’ai lu plusieurs romans de langue française où on indique tout simplement que la discussion se déroule dans la langue anglaise, mais on l’écrit dans la langue de Molière. Cela aurait été possible et souhaitable ici.

Or, on a plutôt droit a des tournures comme: «Aline demande en riant What do you want me to do, Clémentine? I don’t think I’m the one to blame here, I really don’t. Mais là n’est pas la question, voilà ce que lui répond Clémentine. The point is that you know. Aline ricane toujours.»

Ambiances feutrées

En toute honnêteté, je dois reconnaître que Jules Clara excelle dans l’art de créer des ambiances feutrées où les propos intimistes se campent à merveille. Les détails abondent pour décrire une pensée, un regard, une hésitation, un souvenir, un geste, une moue, un pas.

La romancière a aussi beaucoup réfléchi à comment chacun ou chacune agit: «Il y a dans nos vies des habitudes, des réflexes, des inclinations, des pulsions, des penchants, des prédilections, des schémas aussi larges que subtils.» L’éditeur parle de pépites symboliques insoupçonnées.

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