La maison d’Hortense: l’homme faute, la femme paie

Maryse Rouy, La maison d’Hortense
Maryse Rouy, La maison d’Hortense, tome 2, Printemps-été 1936, Printemps-été 1937, roman, Montréal, Éditions Hurtubise, 2022, 322 pages, 24,95 $.
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Publié 10/12/2022 par Paul-François Sylvestre

Maryse Rouy nous a présenté une galerie de personnages attachants dans le premier tome de La maison d’Hortense. On les retrouve en 1936-1937 dans un second tome axé sur le maigre espace de liberté que les hommes consentent aux femmes.

Justine poursuit ses études en droit même si l’accès au barreau lui sera interdit. Elle lutte aussi en faveur du droit de vote des femmes et pour de meilleures conditions de travail pour les ouvrières.

Mises en scènes dramatiques

Comme le père de Justine a divorcé pour marier la servante, sa mère devient une pestiférée: «les hommes fautent et les femmes paient». Les institutions punissent la femme victime d’un époux volage pour les frasques de ce dernier.

À coups de mises en scènes dramatiques, le roman illustre bien une société québécoise où tout est permis aux hommes alors que les femmes en subissent les conséquences.

Dans le Québec sur le point d’élire Maurice Duplessis comme premier ministre, l’opinion générale désapprouve que les femmes se consacrent à autre chose qu’à leur foyer. La romancière illustre à plus d’une reprise l’intransigeance et le manque de charité de ceux qui se proclament gardiens des bonnes mœurs.

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«Les femmes ne comprennent pas la politique»

Pour le fiancé d’une amie de Justine, le rôle d’une épouse consiste à élever ses enfants, à s’occuper de bonnes œuvres et, surtout, à se garder d’exprimer des opinions. «Je la laisse discourir, mais une fois que nous serons mariés, j’y mettrai le holà.»

Justine n’a jamais vu un mari aussi rétrograde. Il refuse que son épouse fréquente une amie d’enfance qui étudie à l’université, craignant que «cela lui donne des idées d’indépendance».

Une pensionnaire de la Maison d’Hortense est journaliste, et elle doit souvent se déguiser en homme pour couvrir certains événements, notamment lors de réunions politiques. Le discours masculin professe que la gent féminine demeure incapable de comprendre la politique.

Du théâtre chrétien

Une pensionnaire de la Maison d’Hortense est comédienne. Cela permet à l’autrice de nous parler des Compagnons de Saint-Laurent, une troupe fondée en août 1937 par le père Émile Legault.

On présente un théâtre poétique, populaire, spiritualiste, le tout auréolé d’une «rigueur esthétique, au milieu d’un climat chrétien».

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Congrès de la langue française

La journaliste couvre le Deuxième Congrès de la langue française, à Québec en 1937. Le thème choisi est «L’esprit français au Canada dans notre langue, dans nos lois, dans nos mœurs».

Il est question, bien entendu, des minorités francophones du Canada. On ne mentionne pas que le terme «Franco-Ontarien» a été prononcé pour la première fois lors de ses assises.

Le roman prend fin avant même que Justine ait terminé ses études en droit. On a donc tout lieu de croire qu’un troisième tome est en train d’être concocté…

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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