Un roman sur la condition féminine en 1935

Maryse Rouy, La Maison d’Hortense
Maryse Rouy, La Maison d’Hortense, tome 1, Printemps-été 1935, roman, Montréal, Éditions Hurtubise, 2022, 328 pages, 24,95 $.
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Publié 25/05/2022 par Paul-François Sylvestre

Maryse Rouy aime mêler vérité historique et fiction. L’action du premier tome de La Maison d’Hortense se déroule en 1935 et décrit la condition féminine dans une société montréalaise largement dominée par les hommes.

Ouverture d’esprit

Plateau Mont-Royal, rue Drolet, une poignée de femmes jeunes et moins jeunes cohabitent dans ce que tous, autour du carré Saint-Louis, appellent la Maison d’Hortense, une pension de famille tenue par une veuve du même nom. Il y règne «une ouverture d’esprit peu commune».

Hortense, 40 ans, accueille une étudiante en médecine, une bourgeoise ruinée, une journaliste, une apprentie couturière, une comédienne et une employée de la maison.

Après la mort de son mari autoritaire, Hortense se sent libérée et ne cherche pas un amant «qui pourrait se révéler tout aussi dominateur».

Voisins et visiteurs louches

Chez les voisins, on retrouve Justine, 17 ans, qui sent le poids de la mainmise de sa grand-mère. Le père de Justine s’est installé à Québec parce que sa belle-mère se mêle de tout et empêche sa fille de former un couple heureux.

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Un jeune avocat invite Justine à le rencontrer devant un petit hôtel qui semble louche… Il s’agit d’un bordel. Pendant quelques pages, ce rendez-vous nous plonge carrément dans un roman policier. On assiste à une «pathétique aventure» où l’homme s’avère être «un menteur et un pleutre».

La romancière inclut un long passage sur deux femmes qui s’aiment, scène qui tourne à la jalousie de l’une d’entre elles. Cela contraste avec le contexte où les jeunes filles bien élevées ne doivent pas avoir «une once de vulgarité ni dans leurs vêtements ni dans leur maquillage».

Les femmes n’ont pas encore le droit de vote

Le Québec est alors la seule province où les femmes n’ont pas encore le droit de vote.

La journaliste est séduite par le projet du suffrage féminin. Elle se méfie des partis politiques, car ils ont tous en commun d’être dirigés par des hommes qui, «tenaient les femmes pour quantité négligeable».

Hortense ne veut pas que sa maison devienne un nid de suffragistes.

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Dès que Justine manifeste son désir de s’inscrire en droit, on lui dit que les profs et les étudiants voient mal l’arrivée de jeunes filles dans la Faculté de droit.

Et lorsqu’un ami dit à Justine que le monde change, que les femmes vont de plus en plus y prendre place, elle déplore que trop peu d’hommes sont de cet avis. «Pas plus chez la génération de leurs parents que parmi les jeunes.»

L’Église encourage des familles nombreuses

Le roman décrit une époque où l’Église encourage des familles nombreuses. Les femmes doivent voir les rapports physiques comme une corvée à remplir.

Les jeunes filles, elles, apprennent rapidement que l’homme dicte le plus souvent la conduite à sa blonde et impose ses quatre volontés.

Ce roman n’est que le premier tome (probablement de trois). Mais on sent déjà que Maryse Rouy entend révéler le long chemin parcouru par les femmes depuis presque cent ans.

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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