Exploration frontale de la violence faite aux femmes

Marie-Hélène Poitras, Soudain le Minotaure
Marie-Hélène Poitras, Soudain le Minotaure, roman, Montréal, Éditions Alto, 2022, 176 pages, 22,95 $.
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En 2002, Marie-Hélène Poitras publie son premier roman, Soudain le Minotaure. Il a été traduit en anglais, espagnol et italien. Alto publie maintenant une édition 20e anniversaire revue et suivie d’une postface de l’autrice.

Au tournant du millénaire, Ariane parcourt l’Allemagne, découvrant les traces de la barbarie des guerres. Elle cherche aussi à surmonter les séquelles d’une autre incarnation de violence, une agression brutale à laquelle elle a survécu de justesse à Montréal.

Au même moment, dans un pénitencier de l’Ontario, son assaillant macère dans la haine et la rage qui ont fait de lui un prédateur, naviguant entre pulsions et punition, entre ses fantasmes et ses mauvais souvenirs

Violée et violeur

Le roman est présenté comme un diptyque: la voix d’Ariane, puis celle d’un violeur. Lorsqu’il a paru 20 ans passés, le premier volet était celui du violeur, à la suggestion des Éditions Triptyque.

«À mes yeux, la littérature est un espace ouvert, décloisonné, où toutes sortes d’explorations sont permises», lit-on en postface. «Une pulsion vive me pousse à m’éloigner du connu pour m’approcher du monstrueux.»

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De son flirt avec la mort, Ariane retient «que la peur, lorsqu’elle outrepasse son paroxysme, devient lucidité extrême».

Violence dans la nature

Le violeur, lui, estime que lorsqu’une fille joue le rôle de proie, elle éveille en lui le rôle de prédateur. Il compare cela à la gazelle et le lion.

Cet homme a violé 33 filles, dont 13 au Québec. Deux d’entre elles étaient vierges, des amies de sa sœur.

Il est incarcéré dans un centre de détention à Penetanguishene et doit parler l’anglais. On lui donne des «pilules antibandaison» incorporées aux patates pilées. Il devient incapable de «se malaxer le dard».

Cauchemar

Marie-Hélène Poitras décrit très bien comment Ariane est désemparée et impuissante, espérant qu’elle joue dans un mauvais film, croyant peut-être qu’il s’agit d’un cauchemar.

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«Le film de mon agression joue à toutes les chaînes de ma télé intérieure […] scène par scène en attendant la fin.»

La romancière démontre aussi comment la seule règle à laquelle le violeur obéit, «c’est de n’en avoir aucune». Il aime lire la peur dans les yeux de sa proie. Après avoir accompli son crime, il se sauve très vite «pour ne pas être aspergé par le désarroi de la victime».

Violence gratuite ou haineuse

Le roman illustre avec brio comment la violence peut exister à l’état de gratuité ou de haine.

Soudain le Minotaure se lit comme une exploration frontale de la violence faite aux femmes. Une lecture qui se révèle, 20 ans plus tard, plus pertinente que jamais, plus déroutante qu’une avancée dans le labyrinthe d’un monstre.

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