Isabelle Hébert : quand convenances et apparences dictent la conduite

Isabelle Hébert, Les sœurs Senécal
Isabelle Hébert, Les sœurs Senécal, tome 2, L’audace de choisir, roman, Montréal, Éditions Hurtubise, 2024, 360 pages, 26,95 $.
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Publié 13/04/2024 par Paul-François Sylvestre

Isabelle Hébert nous plonge encore une fois dans un tourbillon d’émotions en signant le second tome de son roman historique Les sœurs Senécal. Nous ne pouvons point rester indifférents face à des personnages si humainement imparfaits.

L’action se déroule en 1916-1917 dans de petits villages de la région Centre du Québec. Le titre du roman renvoie surtout aux sœurs Josette, Agathe et Toinette. Cette dernière est institutrice et cherche toujours à tenir cachées les circonstances de son arrivée au monde.

Josette, Agathe et Toinette

Toinette Senécal enseigne dans une école de rang à Saint-Albert. Elle est le genre de femme à dire ce qu’elle pense, même au curé. Cela va lui attirer des ennuis. Toinette se sacre du monde autant que le monde se sacre d’elle.

La romancière décrit avec brio le vécu assez ordinaire de familles rurales. Nous voyons comment le parvis de l’église et le magasin général sont des lieux de choix pour rapporter des qu’en-dira-t-on, des racontars, des potins, des ragots, voire y pratiquer la médisance crasse.

Le style d’Isabelle Hébert s’harmonise avec le milieu où l’action se passe. Voici l’exemple d’une comparaison: «Une bru qui fait la baboune, elle avait besoin de ça autant que d’un bras cassé en pleine moisson.»

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Maris et prétendants

Lorsqu’elle décrit les fréquentations, ce ne sont pas les belles promesses et les beaux discours qui sont de mises. «Parle-moi comme d’habitude. C’est dans les petites choses de tous les jours que ça se passe bien entre nous.» Et si un homme s’absence trop souvent, trop longtemps, cela devient éloquent.

Le monde des sœurs Senécal et de leurs maris ou prétendants en est un où les convenances et les apparences dictent la conduite. Il s’agit d’un milieu où les gens se comportent selon un code bien précis, même si cela implique de vivre dans l’hypocrisie et le mensonge.

Le roman souligne que «c’est toujours les femmes qui sont blâmées quand les convenances sont pas respectées». Il démontre aussi qu’une vieille fille se sent souvent «finie inutile et inclassable».

Une amitié particulière

L’institutrice Josette fait la connaissance d’Adèle qui enseigne elle aussi dans une école de rang à Saint-Albert. Elles s’entendent bien et font de petites promenades ensemble. De là à soupçonner une amitié particulière, il n’y a qu’un pas.

Le curé les met en garde, car «malheureusement de bonnes gens pourraient se mettre à jaser et ça pourrait vous coûter vos postes». En tant que directeur de conscience des ouailles, le curé est évidemment un homme respecté, sauf qu’un personnage masculin n’hésite pas à envoyer «paître l’homme d’Église sans ménagement».

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Personnages colorés

Ce second tome démontre bien comment, dans la vie, il y a des limites à ce que nous pouvons contrôler. Dans le cas d’un prétendant, la vie lui fait peur, car il ne peut rien tenir pour acquis. De plus, comme plusieurs personnages masculins, il n’est pas à l’aise avec les émotions. «Ça me vire à l’envers.»

Dans ce roman qui conclut la duologie et la saga entourant les Senécal, Isabelle Hébert jongle à merveille avec réalité et fiction en campant des personnages colorés et en faisant ressortir autant leurs forces que leurs faiblesses.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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