Hamilton mobilisée contre la violence sexuelle et l’exploitation des jeunes

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Candace Morley, coordonnatrice de l'appui aux victimes, le sergent Kyle Jarvie et la sergente Michelle Wiley représentaient le Service de police de Hamilton. Photos: Nathalie Dufour Séguin, l-express.ca
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Publié 30/05/2026 par Nathalie Dufour Séguin

À Hamilton, la lutte contre la violence sexuelle commence désormais bien avant les tribunaux ou les centres d’aide. Elle commence dans les écoles, les équipes sportives, les téléphones cellulaires et les conversations que l’on ose, ou non, avoir avec les jeunes.

Le 26 mai, des dizaines d’intervenants communautaires, éducateurs, travailleurs sociaux et policiers se sont réunis au campus de l’Université McMaster à l’occasion d’une journée de formation organisée par le Woman Abuse Working Group (WAWG), dans le cadre du Mois de la prévention des agressions sexuelles.

Au fil des ateliers, une idée revenait constamment: la prévention doit commencer beaucoup plus tôt.

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À la conférence de Hamilton sur la prévention de la violence sexuelle.

Des victimes de plus en plus jeunes

Les chiffres présentés durant la journée ont rapidement donné le ton.

L’âge moyen des personnes recrutées à des fins d’exploitation sexuelle au Canada n’est que de 13 ans, peut-on lire sur le site du gouvernement de l’Ontario.

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À Hamilton, les intervenants observent une réalité semblable, selon le sergent Kyle Jarvie du service de police de Hamilton: «les victimes sont majoritairement des jeunes filles âgées de 12 à 16 ans».

La position géographique de Hamilton contribue aussi au problème, dit-il. «Située entre les villes frontalières comme Niagara, Windsor et Sarnia, la ville se trouve au croisement de plusieurs axes routiers importants, ce qui en fait un lieu stratégique pour les réseaux de traite humaine.»

L’an dernier seulement, 67 victimes liées au trafic sexuel ont été accompagnées par les services aux victimes à Hamilton, indique Candace Morley, coordonnatrice des services aux victimes du service de police.

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La sergente Michelle Wiley, Candace Morley, coordonnatrice de l’appui aux victimes, et le sergent Kyle Jarvie représentaient le Service de police de Hamilton.

Un recrutement qui passe par les écrans

Mais aujourd’hui, le recrutement ne commence plus nécessairement dans la rue.

Candace Morley explique que les réseaux sociaux jouent désormais un rôle central dans l’exploitation des jeunes. Depuis la pandémie, les adolescents passent une grande partie de leur vie en ligne, un espace où ajouter des inconnus à ses «amis» est devenu banal, comme discuter avec «des amis d’amis».

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«Nous observons d’ailleurs une tendance inquiétante depuis la covid: le nombre de victimes augmente pendant que l’âge des victimes diminue.»

«La traite commence souvent par de l’attention, de l’affection, des cadeaux ou un soutien émotionnel», souligne-t-elle.

Le processus est rarement brutal au départ. Les experts parlent plutôt d’un engrenage progressif: confiance, manipulation, dépendance, contrôle émotionnel, puis coercition.

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Seydina Soumah, agent d’approche auprès des jeunes au CSCHN.

Le sport comme espace de prévention

Seydina Soumah, agent d’approche auprès des jeunes au Centre de santé communautaire Hamilton-Niagara (CSCHN), a partagé une partie de son propre parcours. Ancien joueur de soccer compétitif, il a expliqué avoir découvert très jeune à quel point le sport pouvait influencer la construction de l’identité chez les garçons.

Il raconte que certains entraîneurs lui ont transmis des modèles positifs de leadership, de respect et de solidarité.

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Mais il a aussi été témoin d’une autre réalité: entre esprit d’équipe et pression de groupe, il dit avoir rapidement compris que certains comportements banalisés dans les vestiaires pouvaient façonner durablement la perception des relations et de la masculinité chez les garçons.

Cette expérience nourrit aujourd’hui son travail auprès des jeunes.

À travers les programmes ViRAJ et Entraîner les garçons à devenir des hommes, il utilise maintenant le sport comme porte d’entrée pour parler de consentement, de respect, de contrôle et de relations saines.

«Il est préférable de planter la bonne graine dans un sol fertile plutôt que d’attendre de déraciner un arbre déjà enraciné», résume-t-il.

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À la table du CSCHN: Espérance Ngendandumwe, intervenante en prévention et sensibilisation en matière d’abus.

La montée de la manosphère

Les discussions ont également porté sur l’influence grandissante de la «manosphère» et des contenus «masculinistes» qui circulent massivement auprès des adolescents sur les réseaux sociaux.

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Des figures controversées comme Andrew Tate ou des tendances liées au «looksmaxxing» (glorifiant la beauté physique) ont été présentées comme des exemples de contenus capables de transformer des insécurités normales chez les jeunes garçons en discours de domination et de mépris envers les femmes.

Selon Seydina Soumah, ces contenus gagnent du terrain parce qu’ils offrent aux jeunes un sentiment d’appartenance, une identité et des réponses simples à des réalités souvent complexes.

Pour plusieurs organismes présents, la prévention passe donc aussi par l’éducation numérique et le développement de l’esprit critique.

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À la conférence de Hamilton sur la prévention de la violence sexuelle.

Parler leur langage

Cette volonté d’agir plus tôt se retrouve également dans la nouvelle campagne «Pense-Bête», lancée par Action ontarienne contre la violence faite aux femmes.

Le projet vise à rejoindre les jeunes francophones avec des outils simples et accessibles pour parler de consentement, de sexualité, de relations saines et de violence basée sur le genre.

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«Le nombre de jeunes à risque victimes d’agression sexuelle n’a jamais diminué», rappelle la directrice générale Maïra Martin. L’approche mise sur des messages directs, adaptés à la réalité numérique et sociale des adolescents d’aujourd’hui.

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La police de Hamilton offre des services aux victimes de violence sexuelle.

Avant la crise

Au fil de la journée, une conclusion s’est imposée: la prévention ne peut plus attendre que la violence soit déjà installée.

Les policiers parlent maintenant d’enfants recrutés dès le début de l’adolescence. Les organismes communautaires observent des jeunes exposés chaque jour à des contenus toxiques, à la manipulation en ligne et à des modèles relationnels malsains.

Face à cette réalité, plusieurs organismes choisissent d’intervenir beaucoup plus tôt, dans les écoles, les équipes sportives, les groupes de jeunes et les espaces numériques.

Derrière les statistiques, les conférenciers rappellent surtout qu’il s’agit d’adolescents souvent en quête d’écoute, d’appartenance ou de reconnaissance.

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Et parfois, disent-ils, une seule conversation au bon moment peut suffire à empêcher toute une spirale d’exploitation de commencer.

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