Haïti: la jeunesse refuse de voir le pays «sacrifié»

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Les membres de RANKONT-ÉDU le 20 juin 2024 soulignant le 4e anniversaire de l'organisation. Photo: courtoisie
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Publié 29/03/2025 par Annik Chalifour

RANKONT-ÉDU (RANKONT pour l’Émergence Durable et Universelle) est une organisation haïtienne à but non lucratif et apolitique portée par un groupe de jeunes (18-35 ans) – étudiants, universitaires, entrepreneurs – conscients des défis majeurs auxquels Haïti fait face.

Engagée à promouvoir l’éducation et l’inclusion citoyenne pour la jeunesse haïtienne, l’organisation «refuse de voir leur avenir sacrifié, leurs frères, leurs sœurs, leurs parents, leurs amis succomber face à la négligence des dirigeants».

Le pays s’enlisant dans une crise multidimensionnelle sans fin, paralysé par la prise en otage de Port-au-Prince par les gangs armés, la direction de RANKONT-ÉDU a rédigé une lettre d’appel à l’urgence d’agir s’adressant à l’État, la population haïtienne, les institutions haïtiennes, la communauté internationale…

Louckendy Janvier, PDG-fondateur de l’organisme, me l’a fait parvenir pour publication:

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Louckendy Janvier. Photo Courtoisie.

En tant qu’organisation de jeunes universitaires engagée, RANKONT-ÉDU, cinq ans d’existence, qui relie les universitaires des institutions publiques et privées d’Haïti, se voit dans l’obligation de tirer la sonnette d’alarme face à la situation catastrophique que traverse notre pays.

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Aujourd’hui plus que jamais, Haïti sombre dans une crise multidimensionnelle qui menace non seulement notre présent, notre avenir, mais aussi notre parcours historique plus qu’héroïque.

Cette lettre ouverte vise à exposer en détail les réalités vécues dans les zones les plus touchées par l’insécurité, à interpeller l’État, à mobiliser la population et à appeler toutes les institutions du pays à unir leurs forces pour combattre ce fléau.

Une crise économique sans précédent

Selon les rapports de la Banque mondiale (2024) et du Fonds monétaire international (2024), Haïti connaît une inflation annuelle dépassant les 25%, plongeant plus de 60% de la population dans l’extrême pauvreté.

Le taux de chômage atteint des sommets alarmants, avec plus de 70% des jeunes sans emploi formel.

La gourde continue de se déprécier face au dollar américain, rendant l’accès aux produits de première nécessité presque impossible pour une grande partie de la population.

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Cette crise économique frappe particulièrement les zones comme Carrefour Feuille, Delmas, Delmas, Tabarre, ainsi que d’autres départements, où les commerces sont paralysés par l’insécurité et où les familles peinent à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires.

Une crise humanitaire grandissante

Le Bureau de la Ccoordination des affaires humanitaires des Nations Unies (2024) estime que 5,2 millions d’Haïtiens, soit près de la moitié de la population, ont besoin d’une assistance humanitaire urgente.

La malnutrition infantile atteint des niveaux critiques, avec plus de 22% des enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë.

L’accès à l’eau potable et aux soins de santé reste un défi majeur, exacerbé par l’effondrement des infrastructures publiques. Un phénomène que l’on constate particulièrement dans un quartier comme Solino, aujourd’hui déserté.

Dans d’autres zones sous contrôle des gangs, les hôpitaux et les centres de santé sont souvent inaccessibles en raison des barrages routiers, seul rempart contre la violence armée.

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L’insécurité généralisée: un fléau qui paralyse le pays

Haïti, autrefois Perles des Antilles, devient aujourd’hui un berceau de la criminalité. Selon le rapport de l’ONU (2024), plus de 2 500 homicides ont été enregistrés en 2023, et les enlèvements ont augmenté de 80 % par rapport à l’année précédente.

Les gangs armés contrôlent près de 60% de la capitale, paralysant ainsi les activités économiques et empêchant l’accès aux services essentiels.

– Carrefour Feuille: Ce quartier, autrefois animé, est aujourd’hui une zone de non-droit. Les gangs y imposent leur loi, terrorisant les habitants et empêchant toute activité économique.

– Centre-Ville: Le cœur historique de Port-au-Prince est devenu un champ de bataille. Les commerces sont pillés, et les institutions publiques sont incapables de fonctionner.

– Solino: Les habitants de ce quartier vivent dans la peur constante des violences et des enlèvements. Les écoles et les églises ont été fermées, et les déplacements sont extrêmement risqués.

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– Delmas 24 et Delmas 30: Ces zones, autrefois dynamiques, sont aujourd’hui des bastions de gangs. Les résidents sont pris au piège, incapables de se déplacer librement.

– Tabarre: Même les zones considérées comme plus sûres sont désormais sous la menace des gangs, avec des attaques fréquentes et des enlèvements en plein jour.

Le drame des déplacés internes

Le Conseil norvégien pour les réfugiés (2024) rapporte que plus de 200 000 Haïtiens sont actuellement déplacés à l’intérieur du pays en raison de la violence et des catastrophes naturelles.

Ces déplacés vivent dans des conditions inhumaines, sans-abri adéquat, sans nourriture ni soins médicaux.

Une éducation en péril

L’UNICEF (2024), quant à elle, souligne que plus de 1500 écoles ont été fermées ou affectées par la violence et l’insécurité, privant ainsi des centaines de milliers d’enfants de leur droit à l’éducation.

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Les universités ne sont pas épargnées, avec des étudiants et des professeurs contraints de fuir leurs établissements sous la menace des gangs.

Face à ce fléau, nous aimerions savoir:

– Combien de victimes devrons-nous déplorer avant que des mesures concrètes ne soient prises?

Avec plus de 2500 homicides en 2023, selon l’ONU, combien de morts supplémentaires faudra-t-il pour que l’État et la communauté internationale agissent de manière décisive?

– Combien de filles et de femmes devront être violées avant que la justice ne soit rendue?

Les rapports des organisations humanitaires révèlent une augmentation alarmante des violences sexuelles, en particulier dans les zones contrôlées par les gangs. Combien de vies brisées seront nécessaires pour que des mesures de protection efficaces soient mises en place?

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– Combien d’écoles devront fermer leurs portes avant que l’éducation ne devienne une priorité?

Avec plus de 1500 écoles fermées, selon l’UNICEF, combien d’enfants supplémentaires devront être privés de leur droit à l’éducation avant que des actions concrètes ne soient entreprises?

– Combien de déplacés internes devrons-nous compter avant que des solutions durables ne soient trouvées?

Avec plus de 200 000 déplacés, selon le NRC, combien de familles supplémentaires devront vivre dans des conditions inhumaines avant que des mesures d’assistance et de réinstallation ne soient mises en œuvre ?

– Combien de quartiers devront tomber sous le contrôle des gangs avant que la sécurité ne soit rétablie?

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Avec près de 60% de la capitale sous contrôle des gangs, selon l’ONU, combien de zones supplémentaires devront être perdues avant que des actions militaires et policières coordonnées ne soient lancées ?

Notre appel à l’action:

1- Au Conseil présidentiel de transition et au Gouvernement:

Prenez vos responsabilités! Mettez en place des politiques publiques efficaces pour rétablir la sécurité, relancer l’économie et garantir l’accès aux services de base.

Renforcez les institutions de sécurité et de justice pour qu’elles puissent lutter efficacement contre les gangs et protéger les citoyens.

Investissez dans des programmes sociaux pour soutenir les populations les plus vulnérables, en particulier dans les zones les plus touchées par l’insécurité.

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2- À la population haïtienne:

Restez unis et solidaires face à cette crise. La collaboration entre les communautés est essentielle pour surmonter cette épreuve.

Défendez vos droits et refusez de céder à la peur. La résilience du peuple haïtien est notre plus grande force.  À la dimension de notre histoire.

3- À toutes les institutions du pays:

Unissez-vous pour combattre ce fléau d’insécurité. Les secteurs public et privé, les organisations de la société civile, les églises et les médias doivent travailler main dans la main pour rétablir la paix et la stabilité.

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Soutenez les initiatives visant à renforcer l’éducation, la santé et l’emploi des Jeunes, car ce sont les piliers d’un avenir meilleur pour Haïti.

4- À la communauté internationale:

Renforcez votre soutien à Haïti, non seulement par des aides d’urgence, mais aussi par des investissements durables dans la sécurité, l’éducation, la santé et l’emploi des jeunes.

Appuyez les efforts locaux pour rétablir la sécurité et la justice, en respectant la souveraineté et les priorités du peuple haïtien.

Nous, jeunes universitaires, refusons de voir notre avenir sacrifié. Nous refusons de voir nos frères, nos sœurs, nos parents, nos amis succomber face à la négligence de nos dirigeants. Nous croyons en une Haïti où l’éducation, la justice et la paix sont accessibles à tous. Mais pour y parvenir, il faut agir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

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En solidarité envers une population assoiffée.

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