Francophonie minoritaire dans les médias: parlons de solutions

Journal, homme
Les journalistes québécois ont parfois une attitude biaisée envers la francophonie minoritaire. Photo: Roman Kraft, Unsplash
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Les médias québécois parlent peu, et trop souvent mal, des francophones vivant ailleurs au Canada. Pourtant, des solutions existent pour qu’ils adoptent une attitude plus positive à leur égard.

Sous-représentation

En arrivant à Toronto en juillet 2021, j’ignorais tout de la vitalité francophone en terre anglophone. Spectacles de l’Alliance française, initiatives du Centre francophone du Grand Toronto ou encore naissance de l’Université de l’Ontario français… Comme journaliste pour l-express.ca, j’ai été témoin de l’actualité riche d’une communauté bien vivante.

Tout a changé depuis que je suis arrivé à Montréal pour étudier le journalisme à l’Université Concordia. Les francophones «hors Québec» ont subitement disparu de ma bulle médiatique.

Mais où est donc passé ce quasi-million de Canadiens?

Les nouvelles les concernant représentaient 0,5% des nouvelles en 2016, selon Statistique Canada, soit une goutte d’eau dans l’océan médiatique équivalente à celle des horoscopes.

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Au premier abord, il est étonnant que le Québec, le centre de production médiatique et berceau de la francophonie au pays, ne s’intéresse pas davantage au sort de celles et ceux qui partagent la même langue.

Or, les médias mainstream ciblent un public québécois pour lequel ils présupposent les sujets d’intérêt. Ils ignorent donc souvent les minorités. Comme pour les Autochtones et les plus démunis, «les minorités francophones hors Québec font partie du clan des oubliés», selon l’ancien éditorialiste au Soleil Raymond Giroux.

Biais québécois

Crise, déclin, mort… Vue du Québec, la francophonie canadienne est un cadavre en décomposition attendant de se faire dépecer par les vautours de l’impérialisme anglophone.

Le commentaire de Denise Bombardier en 2018, à l’émission Tout le monde en parle sur Radio-Canada, illustrait cela.

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Denise Bombardier et Jean Chrétien à Tout le monde en parle.

«À travers le Canada, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu. Il en reste encore un peu en Ontario. Au Manitoba, je suis allée encore au mois de janvier, chez les Métis, on ne parle plus le français», avait-elle déclaré.

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Son intervention avait fait réagir, car elle montrait «le mépris avec un grand ‘M’ des médias francophones à l’égard des francophones hors Québec», se rappelle Francine Pelletier, journaliste en résidence à l’Université Concordia et réalisatrice-scénariste de films documentaires originaire d’Ottawa.

Même dans les cas où l’on parle positivement des francophones, c’est souvent s’ils s’adaptent bien au discours québécois et permettent au public de s’identifier.

Ce fut le cas lors de la bataille pour la survie de l’hôpital Montfort entre 1997 et 2001, ou plus récemment pour la création de l’Université de l’Ontario français à Toronto.

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Illustration de Marc Keelan-Bishop sur les propos controversés de Denise Bombardier sur la francophonie canadienne.

«[Cela] suscite une certaine adhésion», du côté Québécois, «parce qu’on connaît ce genre de bataille là et on a intérêt à ce que la francophonie demeure bien en vie ailleurs au Canada», décrypte Francine Pelletier.

À l’inverse, «Rarement, s’attarde-t-on à mieux connaître ces communautés en fonction de leur dynamique propre», regrettait le sociologue Fernand Harvey dans l’introduction de son ouvrage Médias francophones hors Québec et identité en 1992.

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Journalisme de solutions

En plus du «biais québécois», les journalistes comme les lecteurs ont souvent un attrait pour les mauvaises nouvelles. Ce biais psychologique de négativité fait vendre, mais n’aide pas à dresser un portrait exact de la francophonie minoritaire, et encore moins à redorer son image au Québec.

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Fernand Harvey (dir.), Médias francophones hors Québec et Identité, Québec, IQRC, 356 pages, 1992.

Face à cette situation, le journalisme de solutions est une porte de sortie vers une meilleure représentation des francophones dans les médias.

Au lieu d’analyser uniquement les problèmes, ce type de journalisme se concentre surtout sur les solutions.

Né dans les années 1990, le journalisme de solutions s’implante au Canada anglais, mais reste encore une pratique «marginale et ponctuelle» au Québec, selon les chercheuses Amélie Daoust-Boisvert et Diane Bérard dans leur état des lieux de la pratique.

Loin de masquer les mauvaises nouvelles et de militer en faveur d’une réponse spécifique, comme le pensent ses détracteurs, le journalisme de solutions rapporte aussi les limites aux solutions proposées.

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Ce «journalisme à deux yeux», selon les mots de l’universitaire française Pauline Amiel, pourrait rétablir l’équilibre dans le traitement médiatique des communautés francophones partout au Canada. Encore faut-il que les journalistes s’en saisissent.

De l’Atlantique au Pacifique, les francophones se mobilisent pour faire vivre leur communauté dans un esprit d’ouverture et d’inclusion. Ayons l’audace de diversifier notre couverture médiatique, les francophones «hors Québec» méritent mieux.

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