Quand les nouvelles sont déprimantes, les citoyens décrochent

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Chute de la confiance envers les médias et évitement actif des nouvelles «déprimantes»: ça ne s'améliore pas. Photo: Sam McGhee, Unsplash
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Publié 28/06/2022 par François Bergeron

C’est bien connu, les médias carburent aux mauvaises nouvelles. Nous rapportons systématiquement les rares écrasements d’avions, pas les milliers de décollages et d’atterrissages réussis chaque jour.

Le contraire serait stupide: les médias font oeuvre utile en s’intéressant d’abord à ce qui va mal. Le progrès de l’humanité est fait de millions de corrections d’erreurs et de résolutions de problèmes, en plus de coups de chance et d’innovations parfois spectaculaires.

Et ce progrès est manifeste, même s’il peut connaître des retards et des reculs. Mais il faut le chercher. Il est plus souvent documenté dans des blogues spécialisés ou des universités, loin des cotes d’écoute.

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Le journalisme moderne est en pleine transformation. Les habitudes de lecture et d’écoute aussi. Et la démocratie…

Sensationnalisme

Les mauvaises nouvelles sont encore plus sensationnelles quand on peut les inscrire dans des tendances inquiétantes. Si un crash aérien peut permettre de titrer «de plus en plus de victimes», tant mieux!

Tant mieux (pour les médias) si un vote nationaliste, l’élection d’un iconoclaste ou une manifestation de camionneurs peuvent être associés à des épouvantails comme «la montée du populisme» ou «l’érosion de la démocratie».

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Tant mieux si une fusillade participe à «une flambée de violence» dans nos rues.

Tant mieux si un record de chaleur peut devenir avant-coureur de changements climatiques «catastrophiques», «sans précédent», «irréversibles». Ou un record de froid… Une inondation… Un «derecho»…

Après la covid, toute nouvelle grippe aviaire ou variole du singe devient une future pandémie.

Pour certains, l’immigration ou les migrations sonnent le glas de la civilisation occidentale. Pour d’autres, c’est l’avortement ou le drapeau LGBTQ.

La guerre: ça c’est grave

Par contre, pas besoin d’exagérer l’importance de l’invasion criminelle de l’Ukraine par la Russie…

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Voilà un développement inquiétant comportant un risque d’escalade nucléaire aux conséquences néfastes inimaginables. Ça devrait être la priorité de tous les dirigeants, à commencer par les voisins de la Russie.

Pendant que nos diplomates tentent de raisonner Poutine, les forces russes doivent être repoussées sur le terrain. Les deux objectifs ne sont pas incompatibles, bien au contraire.

La guerre est l’activité humaine la plus destructrice de la santé, de l’environnement, de la prospérité, des libertés.

La priorité des citoyens

Les «citoyens» – dignes de ce nom – devraient se jeter sur les médias d’information pour s’informer sur toutes les crises, défis et enjeux modernes…

Or, c’est le contraire qui se passe. Les gens décrochent. Les taux de participations aux élections sont anémiques, souvent sous la barre des 50%. Et les gens délaissent les médias d’information.

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Ce dernier constat vient du récent Digital News Report de l’Institut Reuters, un sondage en ligne mené dans plusieurs pays en 2021 et 2022.

Reuters rapporte non seulement une baisse généralisée de la confiance des citoyens envers les médias, mais aussi leur «évitement» actif et conscient des nouvelles, considérées trop «déprimantes».

Au Canada, 71% des répondants disent avoir «activement évité» les nouvelles. Autrement dit: la majorité des gens font exprès de ne pas y être exposés. C’était 58% dans le même sondage en 2019.

Vous me direz qu’on aurait obtenu de meilleurs résultats sans Trump, la covid et Poutine… C’est-à-dire avec des nouvelles plus réjouissantes. Je me répète: face aux problèmes et aux crises, nous devrions tous nous informer et nous impliquer davantage, pas moins.

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Non-confiance envers les médias

Une minorité de Canadiens (42%) disent avoir confiance envers les médias d’information et «la plupart des nouvelles, la plupart du temps». C’est moins qu’en Finlande (69%) ou en Allemagne (50%), mais plus qu’en Grande-Bretagne (34%), en France (30%) ou aux États-Unis (26%).

Comme pour l’abstention lors des élections, il y a deux façons d’interpréter ces données.

On peut s’en scandaliser. C’est l’attitude de nombreux journalistes professionnels. C’est aussi l’attitude de certains dirigeants politiques, car la méfiance envers les médias traduit souvent une méfiance envers des gouvernements corrompus ou incompétents (plus souvent juste médiocres)… Dont les médias sont souvent perçus comme complices!

Une méfiance généralisée n’est pas justifiée, car «les médias» ne forment pas un bloc monolithique. Il y a des anciens encore généralistes et des modernes de plus en plus spécialisés et complémentaires, des paresseux et des innovateurs, des propagandistes et des indépendants, etc.

On a le droit de se questionner ponctuellement sur l’intégrité de nos principaux médias d’information, ou qui prétendent encore à ce titre. Mais pas pour les remplacer par Facebook ou Twitter ou… rien. Ce serait une fin ignominieuse de la démocratie qui ouvrirait la porte à l’anarchie ou au totalitarisme.

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L’heure est à l’introspection

Au lieu de se plaindre de ce manque d’amour et d’admiration du public, les grands médias généralistes devraient prendre acte de cette crise de confiance et trouver de meilleures pratiques. À commencer par le respect, dans leurs pages et sur leurs ondes, de la diversité des idées et des opinions qui circulent nos sociétés.

Or, sur la santé publique et les changements climatiques, le multiculturalisme et les sexes, les déficits publics et l’inflation, et sur une foule d’autres enjeux modernes, les médias paraissent parfois plus occupés à étouffer les débats qu’à les encourager.

L’enquête de Reuters mentionne que 71% des Canadiens (un peu plus chez les anglophones que chez les francophones) considèrent avoir trouvé des informations trompeuses en ligne, notamment sur la covid et sur la politique.

La bonne nouvelle est que la plupart des gens savent qu’on s’informe mieux dans les médias d’information que dans les réseaux sociaux. Mais, même là, «mieux» est loin de signifier «parfaitement» ou «complètement».

Ma suggestion aux consommateurs: visitez régulièrement les meilleurs médias généralistes et des médias spécialisés qui vous allument. Pour vous informer sur ce qui se passe dans notre milieu et dans le monde. Et pour creuser les sujets qui vous intéressent davantage.

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«Faites vos recherches» devrait être une injonction respectable, pas la devise des complotistes.

Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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