Évangeline: un hommage à l’Acadie tout en musique

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Évangéline entraîne les spectateurs de la Nouvelle-Écosse au Québec, puis jusqu’en Louisiane. Photo: Annie Diotte
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Publié 14/02/2026 par Clémence Tessier

La comédie musicale Évangéline revisite l’un des récits les plus marquants de l’histoire acadienne, celui d’Évangéline et Gabriel, dans une mise en scène moderne et haute en couleur. La première mondiale a eu lieu à la Place des Arts, à Montréal, le 5 février.

Inspirée du poème de Henry W. Longfellow (1847), l’œuvre dépasse la simple adaptation romantique. Ici, l’histoire d’amour devient le fil conducteur d’un récit plus vaste: celui de la déportation des Acadiens.

Sur scène, l’histoire prend vie grâce à une distribution en partie acadienne. Gabriel Lajeunesse est incarné par le Québécois Olivier Dion, Évangéline Bellefontaine par l’Acadienne Maude Cyr-Deschênes. Le personnage historique de Joseph Broussard, dit Beausoleil, leader de la résistance acadienne avant, pendant et après la Déportation de 1755, est interprété par l’acadien Raphaël Butler.

Le récit entraîne le spectateur dans un voyage allant de la Nouvelle-Écosse au Québec, puis jusqu’en Louisiane, suivant les tentatives des deux amants de se retrouver.

La comédie musicale s’articule autour d’une trame de 22 chansons originales, mêlées à des pièces musicales traditionnelles acadiennes et mi’kmaq, pilotée par le metteur en scène et directeur de création d’origine française, Jean-Jacques Pillet.

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À la toute fin, on peut entendre une interprétation de la célèbre chanson Évangeline.

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L’acteur Olivier Dion dans le rôle de Gabriel Lajeunesse et Maude Cyr-Deschênes qui interprète Évangéline Bellefontaine. Photo: Paul Ducharme

Une production ancrée dans l’Histoire

Rachel Léger, Acadienne originaire de Caraquet, installée à Montréal depuis 35 ans, était présente à la première. Elle a été surprise par l’ampleur de la production. «Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Tout était original: les textes, les chansons, les costumes. C’est une grosse production. J’ai été très agréablement surprise.»

Elle souligne le caractère touchant et émotif du spectacle, mais aussi sa la prise de conscience qu’il peut entraîner. En sortant de la salle, l’Acadienne raconte avoir entendu d’autres spectateurs s’étonner de ne pas mieux connaître l’histoire de la Déportation.

Cette dimension éducative n’est pas un hasard. L’historien André-Carl Vachon, engagé dès janvier 2024 comme réviseur historique, a travaillé pendant plus de deux ans à valider les textes, les dates et les lieux mentionnés dans la pièce. Son rôle consistait à assurer la cohérence entre la liberté artistique du scénario et la rigueur des faits historiques.

«Je recevais les textes, je les commentais, je proposais des corrections lorsque nécessaire», confie-t-il en entrevue avec Francopresse.

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Par exemple, une scène évoquait l’incendie d’un village à une date erronée. «Le village dont ils parlaient avait déjà été brûlé au moment du récit. Je suis retourné aux sources et j’ai suggéré de camper cette scène dans un autre lieu.»

Aussi, les chiffres présentés sur les affiches historiques que les spectateurs peuvent consulter hors de la salle et dans le programme du spectacle n’ont pas été arrondis. Ils correspondent aux données documentées sur la population acadienne avant 1755, estimée à 12 521, ainsi que sur le nombre d’Acadiens déportés au Québec et vers les treize colonies américaines, soit 9149.

«Je préfère la précision. À force d’arrondir, on finit par gonfler les chiffres», explique André-Carl Vachon.

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André-Carl Vachon a travaillé pendant deux ans sur la révision historique de la comédie musicale. Photo: courtoisie

Une relation à remettre de l’avant

Le spectacle intègre un aspect longtemps laissé en marge de l’histoire: l’alliance entre les Acadiens et les Mi’kmaq. Pour l’historien, cet élément était essentiel. «Dès 1610, une alliance est créée. Il y a eu entraide, cohabitation, mariages. C’est une réalité historique.»

Il rappelle que cette alliance ne relevait pas que de la diplomatie, mais d’une coopération quotidienne. «Ce qui s’est installé, c’est une relation qui a permis aux deux peuples de vivre en paix. Il y a eu entraide. Les Autochtones ont aidé les Acadiens (et les Français à l’époque) à s’installer, à apprendre comment survivre à l’hiver. Ils ont cohabité sans gêne.»

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Sur scène, cette relation prend forme à travers le personnage d’Hanoah, interprété par l’actrice Océane Kitura Bohémier-Tootoo, et des chorégraphies qui rendent hommage à la culture mi’kmaq.

Pour Rachel Léger, cet aspect était primordial. «On ne parle pas souvent de cette partie de notre histoire. J’ai trouvé ça très beau qu’on leur fasse une place dans les danses et les chansons.»

Le cinéaste acadien Phil Comeau était également présent à la première. «C’est un spectacle d’une puissance remarquable», confie-t-il. Celui-ci a été particulièrement touché par Maude Cyr-Deschênes dans le rôle d’Évangéline: «Quelle interprétation belle et inattendue de ce personnage! Elle est présentée comme une femme forte et combattante.»

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Des artistes interprètent des danses autochtones pendant le spectacle, en s’inspirant de traditions mi’kmaq. Photo: Annie Diotte

Une représentation par les racines acadiennes

À l’annonce de la distribution, certaines voix s’inquiétaient du nombre limité d’artistes acadiens dans la distribution et de la place accordée à l’accent acadien.

Rachel Léger aborde la question avec nuance. «Pour moi, il n’y a rien que je trouve plus faux qu’un accent forcé». Elle rappelle qu’il n’existe pas un seul accent acadien. «Moi, je viens de Caraquet. À Saint-Simon, ce n’est pas le même accent. À Moncton non plus. Alors on prend lequel?»

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André-Carl Vachon, qui est également généalogiste, ajoute une perspective au débat. Face aux critiques évoquant un manque de représentation acadienne, il a entrepris de retracer la généalogie des artistes. «Tous les comédiens et chanteurs de la production ont des ancêtres acadiens», affirme-t-il, à l’exception d’Océane Kitura Bohémier-Tootoo, artiste innue.

Il rappelle qu’une large proportion des Québécois ont des racines acadiennes  – 78,5% selon une recherche de Claude Bhérer de 2014 –, signe d’une diaspora encore bien vivante.

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L’affiche de la comédie musicale Évangeline.

Au-delà des débats, Évangéline touche une corde sensible. Pour Rachel Léger, la pièce s’inscrit dans un mouvement plus large de redéfinition identitaire. «Il y a une fierté acadienne qui est renouvelée depuis 10 ou 15 ans», relate-t-elle.

«La comédie musicale parle d’une histoire très importante. Et moi, ça m’a donné beaucoup de fierté», ajoute l’Acadienne.

La scène de la Déportation est difficile à regarder, reconnaît-elle. «Mais on ne peut pas effacer notre histoire. Elle est tragique, mais on s’est relevés. On est encore là.»

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Avec 33 représentations prévues à Montréal, Québec, Trois-Rivières et Moncton, la production amorcera sa tournée en mars. Elle sera présentée à Moncton en juillet.

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