Enseigner en Ontario aux temps de la covid

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Depuis le presque tout début de l’année 2020, nous vivons au rythme de la CoViD-19. Tant sur le plan individuel que collectif, nous avons tous été frappés, d’une manière ou d’une autre, par la pandémie.

Lors de la première vague du coronavirus, les écoles de la province ont été fermées et les élèves ont continué leurs cours en ligne.

Rouvrir les écoles en septembre s’est révélé un vrai casse-tête pour tous ceux qui y travaillent et pour les familles et leurs enfants d’âge scolaire.

Quelle est la nouvelle réalité dans nos écoles? Des profs de secondaire dans la grande région de Toronto partagent leurs expériences…

Le modèle hybride, un défi de taille

Après les 3,5 mois de cours en ligne au printemps, le gouvernement de l’Ontario a rouvert les écoles en septembre en offrant, en plus des cours uniquement en ligne, un modèle hybride où une partie des cours se fait à l’école avec le professeur et l’autre partie à distance.

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Plusieurs conseils scolaires ont adopté un modèle de quatre quadmestres de deux cours chacun au lieu des deux trimestres de quatre cours habituels. Bien que le nombre d’heures des cours reste inchangé, ces petits cours «intensifs» de dix semaines sont de vrais sprints pour les professeurs et leurs élèves.

Prenons, par exemple, le cas de Jules, un élève fictif en 9e année, qui suit un cours de géographie et un cours de français le premier quadmestre. Ses deux classes sont divisées en deux cohortes, A et B, d’une quinzaine d’élèves chacune.

Disons que Jules fait partie de la cohorte A dans ses deux cours. Son emploi du temps ressemblerait un peu à ce qui suit:

 

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L’horaire du mercredi suivrait celui des autres jours et alternerait chaque semaine.

Donc, Jules serait à l’école le lundi et le mardi matin seulement. Le reste de la semaine, il suivrait ses cours en ligne.

Garder l’attention des élèves

Bien que cela paraisse peu à première vue, il faut dire que le cours du matin de 150 minutes à l’école est tout un défi pour les professeurs et les élèves vu que notre temps d’attention correspond plus ou moins à notre âge (14 ans = 14 minutes).

Garder l’attention et l’intérêt des élèves pendant deux heures et demie est une tâche herculéenne pour les enseignants.

Un autre défi pour les professeurs est d’enseigner des cours uniquement en ligne ou dans le cadre d’un modèle hybride avec peu ou pas de formation.

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Bien qu’un grand nombre de cours existent en ligne déjà (on se rappellera que, bien avant la pandémie, le gouvernement provincial voulait que tout élève dans une école secondaire en Ontario suive quatre cours à distance), peu de ressources ont été données aux enseignants pour qu’ils se familiarisent avec la méthodologie nécessaire pour enseigner un cours en ligne ou un cours hybride.

Manque de direction

Encore un défi: les nouveaux termes à la mode (synchrone, asynchrone, en présentiel, etc.) n’ont pas été expliqués aux enseignants de sorte qu’ils ne comprennent pas toujours ce que l’on attend d’eux.

Par ailleurs, un certain manque de direction de la part du ministère de l’Éducation et des conseils scolaires ainsi qu’une communication parfois déficiente de part et d’autre ajoutée à des changements constants, et parfois de dernière minute, ne font rien pour aider les enseignants à planifier leurs cours au jour le jour ni à long terme.

Il ne faut pas oublier non plus les listes des élèves dont les noms changeaient constamment en septembre de sorte que certains d’entre eux n’ont reçu leur emploi du temps «définitif» que deux semaines après la rentrée, manquant ainsi 20% de leurs cours.

Technologie, quand tu nous tiens…

Que dire du nombre des fois que l’internet a planté depuis le début de septembre? Lorsque tous les professeurs à l’école enseignent en ligne en même temps, il peut y avoir des surcharges du réseau.

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L’internet peut cesser de fonctionner en plein cours, ce qui risque de mettre fin à la leçon si l’enseignant ne réussit pas à se brancher de nouveau.

Dans certaines écoles, le matériel technologique est désuet ou défectueux ou le nombre d’ordinateurs ne suffit pas à la demande. De plus, la qualité du son et de l’image de part et d’autre peut laisser à désirer.

Tout l’argent promis par le gouvernement provincial soulage, mais il ne guérit pas. Les besoins sont immenses et les combler, à l’échelle de la province, coûterait des sommes colossales.

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Des problèmes de wifi

Quant aux enseignants, le manque de formation pour savoir utiliser les nouveaux programmes les force à devenir autodidactes. Si avant ils n’utilisaient que D2L ou Google Classroom, maintenant, les enseignants apprennent à se servir d’autres applications, comme Microsoft Teams et Google Meet.

Mesures sanitaires rigoureuses

Au niveau secondaire, les petites cohortes favorisent le respect de la distanciation physique.

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Par ailleurs, les professeurs doivent porter une visière s’ils ne peuvent pas respecter la distance de deux mètres avec les élèves. Tous se lavent les mains une première fois à l’entrée de l’école et une deuxième fois en entrant dans la classe.

Si l’enseignant doit distribuer des photocopies ou ramasser des devoirs des élèves, il porte des gants. Comme les élèves partagent souvent les manuels, la plupart des livres restent sur les étagères des classes et le professeur doit chercher du matériel en ligne pour ses cours ou numériser ce qui peut l’être.

Les portes de l’école s’ouvrent généralement vers 8h ou 8h30, et les élèves arrivent quelques minutes plus tard pour se diriger directement à leur cours du matin. Les portes extérieures sont fermées peu après. Une fois le cours du matin terminé, les élèves quittent l’école promptement après s’être lavé les mains une troisième fois.

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Des aires communes fermées.

Une fois partis les élèves, le professeur désinfecte les pupitres et le bureau de sa classe. Pour limiter les contacts, la bibliothèque, le gymnase et la cafétéria sont tous fermés. Les concierges désinfectent régulièrement poignées de porte et autres surfaces très sollicitées.

Toutes les réunions entre élèves, enseignants, parents et l’administration se font virtuellement.

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Les professeurs d’un même département peuvent dîner dans leur bureau, en respectant la distance de deux mètres, ou dans leur classe. Ils ont peu ou pas de contact physique avec le reste de l’école.

De plus, le nombre d’enseignants à l’école est réduit puisque bien des professeurs enseignent uniquement en ligne.

Des formulaires et encore des formulaires…

Chaque matin, avant même de se rendre à l’école, professeurs et élèves doivent répondre à une série de questions personnelles au sujet des symptômes de la CoViD-19. Si un ou deux symptômes sont présents, on reste à la maison.

Un autre formulaire, hebdomadaire celui-là, est consacré aux produits d’entretien et à l’équipement de protection personnelle. Il doit être rempli par chaque professeur pour sa salle de classe et le matériel est renouvelé au besoin.

Si un(e) élève doit aller aux toilettes, le professeur doit remplir un formulaire d’une page pour faciliter le traçage en cas de test positif pour la covid.

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Nettoyages à fond

Protocoles à suivre à la lettre

Si un(e) élève ou un(e) adulte présentent des symptômes du coronavirus (tableau ci-bas) à la maison, il doit rester chez lui.

Si la personne tombe malade à l’école, chaque conseil scolaire a des protocoles mis en place et basés sur l’avis des professionnels de la santé pour limiter la propagation du virus.

D’autres maux, d’autres symptômes

En plus du risque que représente la CoViD-19, il existe d’autres maux, moins graves certes, mais plus généralisés.

Que dire du mascné, terme qui, selon Guy Bertrand, le linguiste officiel du Radio-Canada, serait remplacé avantageusement par une expression comme «acné causée par le port du masque»?

Ou de la difficulté à respirer, à parler et à se faire entendre avec le masque et la visière? De la gorge sèche, des extinctions de voix, des mains gercées et des ongles cassés par le lavage répétitif avec des produits à 70% ou plus d’alcool?

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Comment faire face aux attaques de panique, aux troubles d’anxiété ou à la dépression chez de nombreux élèves et enseignants? À l’épuisement professionnel dont souffrent certains professeurs?

L’Ontario vs le Québec

Vers la fin du mois d’octobre, 6 166 personnes dans 851 écoles au Québec avaient été déclarées positives pour la CoViD-19. En Ontario, ces chiffres étaient de 1 770 et de 548 respectivement.

Comment expliquer ces différences? Une raison est peut-être le port du masque obligatoire en Ontario. Au Québec et jusqu’à tout récemment, le masque n’était pas obligatoire au secondaire qu’à l’extérieur des salles de classe et dans les aires communes, en présence d’autres classes, ainsi que dans les autobus scolaires.

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Le masque obligatoire dans les classes de l’Ontario.

Une autre raison pourrait être le choix offert aux parents de l’Ontario. Alors que les élèves au Québec suivent leurs cours à l’école, les élèves en Ontario peuvent choisir entre le modèle hybride au secondaire et l’apprentissage à distance.

Un(e) élève sur quatre a choisi les cours en ligne uniquement et le nombre va en augmentant.

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Une troisième raison de la différence entre les deux provinces pourrait être l’importance accordée aux symptômes et les mesures à prendre comme en témoigne le tableau qui suit:

Ontario Québec
Maux d’estomac
Mal de tête °
Mal de gorge °
Douleurs musculaires °
Diarrhée °
Nausées °
Vomissement °
Perte d’appétit °
Perte d’odorat, de goût
Nez bouché
Difficulté d’avaler
Essouflement
Toux
Frissons
Fièvre
Fatique °
Malaise généralisé

l’élève doit rester à la maison

° l’élève doit rester à la maison si un deuxième symptôme est présent

En raison du nombre grandissant des cas de CoViD-19 au Québec, le ministère de l’Éducation a récemment revu certaines mesures dans ses écoles.

Soyons positifs… dans le bon sens du terme!

Malgré tout ce qui précède, tout n’est pas négatif dans nos écoles. En fait, il y a de nombreux points positifs pour les élèves et leurs enseignants.

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Premièrement, il y a des élèves qui sont motivés et engagés. Ceux qui suivent le modèle hybride se trouvent dans de petites classes à l’école. Le prof peut accorder beaucoup plus d’attention à chaque élève qu’en temps normal.

Comme les problèmes de discipline sont moins nombreux, le temps en classe est mieux utilisé et les élèves apprennent beaucoup plus.

Deuxièmement, quant aux enseignants, leur petit nombre dans les écoles et leur isolement relatif font en sorte qu’il y a beaucoup plus d’interaction et d’entraide entre les collègues d’un même département.

Des journaux aux manuels d’histoire

La pandémie qui sévit actuellement ne semble pas vouloir disparaître de sitôt et nous attendons tous impatiemment le jour où, au lieu de faire les manchettes des journaux, elle soit reléguée aux manuels d’histoire.

D’ici là, pensons les uns aux autres et prenons soin les uns des autres et de nous-mêmes.

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