En quête d’un héros queer

Victor Bégin, Les garçons interludes
Victor Bégin, Les garçons interludes, récit illustré par Cole Degenstein, Montréal, Éditions Hamac, 2022, 80 pages, 19,95 $.
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À 28-29 ans, Victor Bégin estime que les enjeux queers demeurent encore largement sous-représentés dans la littérature québécoise. Pour y remédier, le jeune écrivain publie un récit intitulé Les garçons interludes, où il aborde l’interchangeabilité dans les relations amoureuses entre hommes.

Dès la première page, on apprend que, à peine âgé de 9 ans, Victor Bégin cherchait le garçon qui aimait un garçon, un héros queer. «Et comme je n’en ai jamais trouvé un seul, je l’ai créé. C’est comme ça que ça commence.»

Le titre du récit provient de cette phrase «Depuis ma florescence, je n’ai plus que des garçons interludes dans ma vie. Ils sont là pendant un moment merveilleux, se passent le flambeau…» Les thématiques qui émaillent ce récit incluent l’amour queer, le corps et l’image, ainsi que les désirs pluriels et variables.

Rien n’est prévisible

Rien n’est prévisible dans ce recueil de fragments. Ainsi, Jean-Claude et Louis-Charles organisent des soirées très festives. Et «il se passe toujours des choses merveilleuses dans le lit de Louis-Charles qui n’impliquent jamais Louis-Charles»…

Parlant de lit, Bégin écrit: «Dans ton lit, on ne s’embrasse pas, ce n’est plus le moment. On s’enchevêtre et c’est tout.» Il profite d’une attirance pour dîner tous frais payés. «Je lui ai rendu en nature consentante chaque crevette et grain de riz.»

Méfiance et espoir

L’auteur lance un principe auquel je ne souscris pas pleinement. Il affirme que chez les hommes qui s’aiment, «il y a toujours la question de qui se donne à qui. On ne s’approche qu’avec méfiance et espoir.»

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Bégin nomme plusieurs garçon interludes… Alexis, Alfonso, Étienne, Félix, Hugo Pierre, Jorge, Lucas, Yanni… Pour conclure que «la mémorabilité de certains semble inférieur au plaisir de l’oubli».

On entend souvent dire que quelqu’un parle la langue de Molière ou de Shakespeare. Ici, c’est plutôt la langue de Salomé Leclerc et celle de Matt Berninger. Dans l’une ou l’autre langue, on assiste à «un film sans sous-titres, à consommer en connaissance de cause».

Seul et queer

Comme moi, l’auteur n’a jamais été bon en arithmétique. Pour lui, 1 + 1 = nous. Avec ce genre d’addition, il peut poser la question suivante: «Est-ce que tu veux être seul et différent avec mes petits uns de première année?»

Le recueil regorge de tournures finement ciselées. En voici un bel exemple: «Je suis un corps étranger où se poser devient une énigme.» Ou encore: «Tu as d’innombrables costumes, mais sache que j’ai l’œil; je te reconnais tout le temps en dessous de ta détresse.»

Les garçons interludes semblent le plus souvent dire au revoir en souhaitant le meilleur de leur corps, pas de leur cœur. Résultat: on n’est «qu’un désir de plus dans une carcasse à la dérive».

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