S’ancrer dans les communautés, le défi des collèges et universités

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De la Nouvelle-Écosse à l’Alberta, en passant par l’Ontario et la Saskatchewan, des projets voient le jour pour que les études et la recherche contribuent de manière concrète à la vitalité des communautés francophones. Photo: Vasily Koloda, Unsplash
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Des pistes de solutions pour rapprocher les collèges et universités de leurs communautés, allant de rapprochements physiques à la prise de leadership dans des dossiers-clés, ont été évoquées à l’occasion du quatrième atelier des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire.

Au campus de Windsor du Collège Boréal, des organismes culturels ont déménagé leurs bureaux du campus sur invitation de l’établissement, dans le but de favoriser la collaboration.

«L’option qu’on a choisie, c’est de se rapprocher physiquement de notre communauté. Pour nous, c’est d’être capables d’accueillir des organismes qui généralement ne font pas partie des discussions. Dans notre cas: les associations culturelles qu’on a rapprochées et à qui on a donné des espaces de bureaux ici», explique Frédéric Boulanger, directeur du campus du Collège Boréal à Windsor.

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Les panélistes du quatrième atelier des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire (de g. à d.) : Martin Normand (animateur), Lise Béland, Frédéric Bélanger, Adam Brown (en haut) ; Kenneth Deveau, Sylvie Painchaud et Denis Simard (en bas).

Recherche avec des associations africaines

En collaboration avec trois des associations, soit l’Association de la communauté congolaise de Windsor-Essex, l’Association de la communauté burundaise de Windsor et l’Association socio-culturelle de la communauté rwandaise de Windsor, le Collège Boréal mène actuellement un projet de recherche sur l’intégration socioéconomique des nouveaux arrivants et arrivantes.

Financé à hauteur de 346 000 $ par le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), le projet a pour objectif «d’améliorer par l’innovation le modèle de livraison des services aux nouveaux arrivants».

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À terme, l’objectif serait de faciliter l’intégration en rendant le modèle viable à travers la province ainsi que chez les autres fournisseurs de services en immigration, dont du côté anglophone.

Mettre ses compétences au profit du communautaire

Plus à l’Est, en Nouvelle-Écosse, l’Université Sainte-Anne adopte une approche différente pour s’assurer d’être au diapason de sa communauté.

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Kenneth Deveau

«Notre personnel, nos étudiants, nos chercheurs sont en très grand nombre impliqués dans les organismes communautaires», lance Kenneth Deveau, vice-recteur à l’enseignement et à la recherche à l’Université Sainte-Anne.

«Actuellement, je préside la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), et notre recteur, Allister Surette, préside le Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse (CDÉNÉ).»

«Notre communauté a besoin de nous tant pour notre expérience et nos compétences en gouvernance que pour nos savoir-faire en ce qui a trait au réseautage et aux relations avec les gouvernements. De par notre emploi, on travaille quotidiennement avec les gouvernements et c’est quelque chose qu’on peut apporter dans nos organismes communautaires», ajoute-t-il.

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Leadership et travail social

Dans l’Ouest, le président de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), Denis Simard, rappelle qu’il aura fallu plus de 50 ans de lutte pour que La Cité universitaire francophone de l’Université de Regina voie le jour.

«Et c’est encore loin d’être à l’image de nos aspirations, mais nous y travaillons toujours», précise-t-il.

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Denis Simard

Pour mieux répondre aux besoins de la communauté fransaskoise, Denis Simard indique que deux programmes d’étude sont présentement en cours d’élaboration: un certificat bilingue en leadership et gestion communautaire, et un baccalauréat bilingue en travail social.

«Dans une communauté comme la nôtre, il existe une grande absence de compétences essentielles auprès des acteurs du développement communautaire.»

«C’est absolument important qu’on puisse changer la façon dont on est en train de façonner notre avenir», revendique le président de l’ACF, qui espère que le certificat permettra de développer davantage les habiletés requises pour s’impliquer en milieu communautaire.

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Quant au baccalauréat bilingue en travail social, Denis Simard souligne que de plus en plus de Saskatchewanais ont des défis au niveau de la santé mentale. «On peut parler post-pandémie. Il va y avoir d’énormes besoins dans notre communauté pour avoir des travailleurs sociaux bilingues qui pourront desservir la communauté fransaskoise.»

Développer le prestige des établissements postsecondaires

Pour avoir longtemps travaillé sur la théorie de la vitalité linguistique, Kenneth Deveau, de l’Université Sainte-Anne, y tire un aspect qu’il considère fondamental pour les établissements postsecondaires francophones en contexte minoritaire: le statut et le prestige.

«Je crois que nos communautés ont besoin d’établissements prestigieux, besoin de croire que leurs universités et leurs collèges sont les meilleurs», ajoute le vice-recteur à l’enseignement à la recherche.

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Frédéric Boulanger

Pour y parvenir, l’Université Sainte-Anne a créé en 2020 le Centre de recherche et d’innovation sur la qualité du homard (CRIQH).

«L’industrie du homard est la plus importante de la province. L’Université Sainte-Anne a su se positionner au cœur de cette industrie alors que nos communautés l’étaient déjà», félicite Kenneth Deveau, qui ajoute avoir «des aspirations mondiales d’être un centre d’excellence».

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En guise d’anecdote, il raconte s’être récemment entretenu avec un important exportateur de homards diplômé de l’Université Sainte-Anne. Celui-ci lui aurait révélé qu’il avait toujours perçu son alma mater comme «pas une vraie université au sens large, comme Dalhousie». Mais que depuis la mise sur pied du CRIQH, sa perception avait changé. Il se sentait «comme s’il avait été à une vraie université qui fait des vraies choses».

Pour Kenneth Deveau, il s’agit là d’une marque de succès.

Quand le campus franco fait partie d’une université anglo

Mettre sur pied ce type de projet requiert toutefois une autonomie qui n’est pas le lot de tous les établissements postsecondaires. Au Campus Saint-Jean d’Edmonton, par exemple, le maillage avec la communauté francophone est parfois limité par la direction stratégique de l’Université de l’Alberta, auquel le Campus est affilié depuis 1963.

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Adam Brown

«Parfois, la direction choisie par l’administration de [l’Université de l’Alberta] rentre en conflit avec les souhaits de la communauté francophone», note Adam Brown, membre du conseil d’administration de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), ancien étudiant du Campus Saint-Jean et ancien président de l’Association des universitaires de la Faculté Saint-Jean (AUFSJ).

«Le Campus essaye de répondre aux besoins de la communauté, mais c’est difficile quand on subit des coupures pas mal constantes dans les dernières années», ajoute Adam Brown en citant le recours judiciaire entamé par l’ACFA pour régler la question du financement provincial.

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À l’Université Sainte-Anne, Kenneth Deveau estime que l’autonomie de l’établissement est un grand avantage : «Même si on a un défi, Sainte-Anne est une université autonome et c’est à nous de gérer notre défi.»

Une porte d’entrée à la francophonie

Pour se rapprocher davantage des communautés, les établissements postsecondaires devront éviter «le piège d’être tout pour tous», estime Lise Béland, vice-présidente du Centre-Sud-Ouest au Collège Boréal.

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Lise Béland

«On ne peut pas tout faire tout seul. Partenariat, partenariat, partenariat… C’est essentiel et primordial au succès», ajoute celle qui invite tous les services francophones à travailler main dans la main pour favoriser l’épanouissement de la communauté, notamment par l’accueil et l’intégration des immigrantes et immigrants.

Adam Brown rappelle que «les institutions postsecondaires en français ouvrent les portes à la francophonie canadienne pour les immigrants et les étudiants internationaux, mais aussi pour les étudiants venant de l’immersion».

Lui-même issu d’un programme d’immersion, il indique que «dès mon arrivée au Campus Saint-Jean, j’ai été capable de voir que, wow, la francophonie canadienne existe!»

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«Je suis impliqué maintenant depuis plus de six ans, donc je crois qu’il y a une nécessité de garder ces institutions comme une façon d’incorporer les gens comme moi, qui sortent des écoles d’immersion, dans la communauté.»

«Je me sens maintenant très fort d’être un fier francophone, même si je ne parlais pas vraiment un bon français il y a six ans. C’est grâce au Campus Saint-Jean que j’ai pu découvrir cette partie de mon identité», conclut Adam Brown.

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