Alzheimer et perte du langage: quand la mémoire retourne à la langue maternelle

1er de 2 articles: Une réalité fréquente, mais encore méconnue

Alzheimer, démence
Une personne bilingue pourra perdre progressivement sa langue seconde à cause de l'Alzheimer. Photo: iStock.com/coffeekai
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Publié 25/01/2026 par Nathalie Dufour Séguin

Perdre progressivement l’usage d’une langue apprise pour revenir à sa langue maternelle est un phénomène troublant, mais relativement fréquent chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une autre forme de démence.

«Ce n’est pas systématique, mais on l’observe souvent», explique Cole Edick, Responsable clinique à la Société d’Alzheimer de Toronto.

Dans les résidences pour aînés et les centres de soins de longue durée, ce retour à la langue d’origine peut surprendre les proches. Une personne ayant vécu et travaillé pendant des décennies en anglais peut soudainement ne plus s’exprimer qu’en français, en italien, en mandarin ou dans une autre langue de son enfance.

La mémoire, couche par couche

La mémoire fonctionne un peu comme une pile de feuilles, explique Cole Edick. «Les souvenirs récents se trouvent au-dessus, tandis que les apprentissages fondamentaux comme la langue de l’enfance sont enfouis plus profondément. La maladie d’Alzheimer enlève progressivement ces feuilles en commençant par le haut.»

Lorsque la maladie progresse, les langues apprises plus tard dans la vie sont souvent les premières à s’effriter.

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Alzheimer
Anthony Levinson.

Le Dr Anthony Levinson, professeur de psychiatrie et de neurosciences comportementales, directeur de la division de l’innovation en matière d’apprentissage en ligne à l’université McMaster de Hamilton, observe ce phénomène régulièrement.

«Ce que nous voyons très souvent, notamment chez les populations italiennes ou francophones, c’est que la personne se replie vers la langue de son enfance, là où les souvenirs sont les plus solidement ancrés.»

Pour lui, ce retour linguistique est profondément lié à l’identité. Les langues sont intimement associées à la mémoire, aux émotions et au sentiment de soi.

Quand la langue devient un obstacle aux soins

Lorsque le personnel soignant ne comprend pas la langue de la personne, l’évaluation clinique peut devenir plus complexe.

«On peut confondre un problème de communication avec de la confusion ou un délire», explique le Dr Levinson. «Et parfois, ce qu’on documente comme un trouble de communication relève plutôt d’un problème du système.»

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Cette barrière linguistique peut entraîner de la frustration, une mauvaise interprétation des besoins et, dans certains cas, des comportements dits réactifs.

Alzheimer
Cole Edick.

«Les risques sont bien réels», souligne Cole Edick. «Les besoins de la personne peuvent être mal compris ou complètement manqués.»

Dans une ville aussi multiculturelle que Toronto, encourager la diversité linguistique dans les milieux de soins est une piste essentielle.

La ministre des Soins de longue durée de l’Ontario Natalia Kusendova-Bashta, espère que de plus en plus d’organismes feront la demande de désignation.

En attendant, son ministère continue d’appuyer l’ouverture d’établissements de longue durée en français à travers la province comme le projet du Trille blanc dans la région de York et le Foyer Richelieu à Welland.

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Reconnaître la langue maternelle: un geste clé

Même lorsque les professionnels ne parlent pas la langue de la personne, le simple fait d’en être conscient permet d’adapter l’approche et de chercher du soutien plus tôt.

De plus en plus d’établissements utilisent des profils personnalisés Apprenez à me connaître, qui documentent la langue d’origine et le parcours de vie.

«Informer rapidement un établissement de la langue maternelle d’un proche est un geste simple, mais qui peut faire une énorme différence», rappelle Cole Edick.

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