À Toronto, des chèvres font le travail des tondeuses

chèvres
Cheryl Post, de la Ville de Toronto, dans la prairie avec des chèvres goulues. Photos: Ville de Toronto
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 13/06/2026 par Charles-Antoine Rouyer

Un troupeau de 50 chèvres a brouté une prairie au cœur d’un parc torontois pour lutter contre les plantes envahissantes. Trois ans après son lancement, le projet de pâturage dirigé semble porter ses fruits.

Lancé par la Ville de Toronto au printemps 2024, le projet était de retour cette semaine, les 9 et 10 juin, pour une troisième année consécutive au parc Don Valley Brick Works.

«Le projet affiche des résultats préliminaires très prometteurs», résume la responsable Cheryl Post, spécialiste de l’environnement naturel à la Ville de Toronto.

«Nous avons noté des signes précoces de réduction de plusieurs espèces envahissantes, notamment le nerprun commun, la moutarde à l’ail, la salicaire pourpre et l’herbe à puce.»

Cheryl Post souligne que les chèvres broutent aussi les pousses d’espèces ligneuses envahissantes comme l’érable du Manitoba, qui pourraient sinon transformer la prairie en forêt.

Publicité
chèvres
Les biquettes en pleine action au parc Don Valley Brick Works.

Pâturage sélectif

L’un des principaux avantages de ce pâturage sélectif est la capacité des chèvres à cibler certaines espèces envahissantes, mais en épargnant les plantes endémiques appréciées.

«Nous observons une augmentation de l’asclépiade commune, une plante indigène importante qui sert d’hôte au papillon monarque», explique Cheryl Post. Les chenilles du papillon monarque ne se nourrissent que de cette plante.

parc
Les chèvres dans la prairie du parc Don Valley Brick Works.

D’autres bienfaits

Cet écopâturage offre d’autres bienfaits, selon Cheryl Post. «C’est silencieux. Les chèvres améliorent la qualité du sol grâce aux nutriments dans leurs déjections. Leurs sabots perturbent légèrement le sol et favorisent la régénération des graines.»

«Nous reproduisons la pression évolutive qui crée les prairies. C’est ce que faisaient les grands troupeaux qui broutaient, gérer les espèces envahissantes et ligneuses pour que la prairie ne se transforme pas en forêt», ajoute-t-elle.

Les oiseaux qui nichent au sol ne sont pas non plus dérangés par les chèvres. «Comparé à la tonte mécanique, le pâturage respecte les espèces nichant au sol, oiseaux, canards, grenouilles. L’an dernier, un canard couvait dans la prairie: il a continué à nicher et les chèvres ont brouté autour», raconte Cheryl Post.

Publicité
chèvres
Les chèvres peuvent aussi brouter les fibres ligneuses des arbres.

Au boulot, les biquettes!

Au parc Don Valley Brick Works, les chèvres broutent la moitié de la prairie à la fois, en rotation d’une année sur l’autre, pour réduire la surface du pâturage.

«Les chèvres sont un animal d’un naturel curieux. Il est préférable de leur donner des zones de pâturage plus réduites pour qu’elles restent concentrées à brouter, plutôt que de ressentir le besoin d’aller explorer et patrouiller dans tout le site, tout de suite », explique Cheryl Post.

Les animaux ont ainsi brouté de 10h à 18h pendant deux jours et ont passé la nuit sur place.

«Les chèvres dorment dehors normalement, ça ne les dérange pas. Mais un abri temporaire sous une bâche est disponible en cas de pluie ou de soleil intense. C’est ce qu’elles utilisent chez elles, à la ferme», ajoute Cheryl Post.

chèvres
Ian Matthews, le propriétaire de Goats in the City, Inc. avec ses chèvres au parc Don Valley Brick Works.

Un éco-berger de King City

Les chèvres de la race néo-zélandaise Kiko et d’environ 70 kg sont la propriété de l’entreprise Goats in the City Inc., de King City, au Nord de Toronto. Le propriétaire, Ian Matthews, était courtier en hypothèques. Il a quitté le secteur de la finance pour reprendre l’entreprise familiale.

Publicité

La ferme héberge à présent plus d’une centaine d’animaux élevés exclusivement pour le pâturage écologique, et pas pour le lait, ni la viande.

«Ce que nous faisons vraiment chez Goats in the City, c’est d’observer les chèvres, de savoir ce qu’elles préfèrent, ce qu’elles aiment, puis d’appliquer cela aux plantes dont nous voulons nous débarrasser. Nous les utilisons simplement pour ce qu’elles feraient instinctivement», confie Ian Matthews.

chèvres
Avant le passage des chèvres.
parc
La prairie une fois les chèvres passées.

Les chèvres dans d’autres parcs?

Par ailleurs, sur le plan des coûts, le pâturage revient légèrement plus cher que la tonte mécanique. «Nous n’avons pas de chiffre public à communiquer, mais le projet est une activité durable, à coût relativement bas et respectueuse de l’environnement», résume Cheryl Post.

À noter que Montréal n’est pas en reste. La municipalité utilise des moutons pour tondre le parc Maisonneuve tout l’été, dans le cadre d’un projet pilote d’écopâturage urbain.

Si les résultats sont si concluants, Toronto compte-t-elle reproduire le projet ? «Pour l’instant, les résultats sont très prometteurs et nous espérons étendre la pratique à d’autres sites dès que possible», répond Cheryl Post. La ville de Toronto collabore avec l’organisme Toronto Field Naturalists pour le suivi botanique du projet.

Publicité

Et si vous avez raté leur passage cette année, rendez-vous au printemps 2027 pour le retour des chèvres au parc Don Valley Brick Works.

Auteurs

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur