École Gabrielle-Roy: d’une inquiétude, un jardin a pris racine

École Gabrielle-Roy : d’une inquiétude, un jardin a pris racine
Bénévoles et familles après la plantation du Jardin Éco GaRo, le 4 octobre. Evelyne Richard, directrice de l’école, 2e à gauche; Julie Bogdanowicz, à l’origine du projet, 1re à droite. Photos: Hamza Ziad, l-express.ca
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Publié 13/10/2026 par Hamza Ziad

Le dimanche 4 octobre, parents, enfants et bénévoles ont retroussé leurs manches à l’école élémentaire Gabrielle-Roy. Ensemble, ils ont aménagé le Jardin Éco GaRo le long de la clôture. Une initiative citoyenne qui conjugue main verte, sécurité et solidarité.

Certains projets germent d’une inquiétude et finissent par porter des fruits. Tout l’été, de nombreux parents d’élèves se sont dits préoccupés par la présence de campements aux abords de l’école. Ceux-ci se trouvaient notamment le long de la rue George, près de la clôture.

Plutôt que de déplorer la situation, une poignée d’entre eux a choisi de semer.

Ainsi est né le Jardin Éco GaRo, sur une bande de terrain appartenant à la Ville de Toronto. Arbustes indigènes, plantes épineuses, fleurs pollinisatrices et baies comestibles y ont été mis en terre. Des jardinières en rondins de bois encadrent l’ensemble.

École Gabrielle-Roy : d’une inquiétude, un jardin a pris racine
En fonction depuis la rentrée, la directrice Evelyne Richard (à droite) a mis la main à la pâte aux côtés des familles bénévoles du Jardin Éco GaRo.

Une maman aux commandes

À l’origine de l’initiative se trouve Julie Bogdanowicz, architecte et designer urbaine. Elle est elle-même mère d’élèves de l’école. Son expertise professionnelle lui a permis de mener le projet de bout en bout, des plans aux autorisations.

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Les plantes ont été fournies gratuitement grâce à un programme des Services de transport de la Ville. Celui-ci s’adresse aux groupes de bénévoles qui souhaitent embellir les boulevards. Une école ou une association de résidents peut aussi y faire appel.

Le budget du projet a dépassé 1 000 $. L’école n’a rien déboursé, mais elle a donné son feu vert et encouragé la participation des familles. Sa nouvelle directrice, Evelyne Richard, a joint le geste à la parole. Elle a elle-même mis les mains dans la terre aux côtés des bénévoles.

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École Gabrielle-Roy : d’une inquiétude, un jardin a pris racine
Cet été, des campements d’itinérants se sont installés le long de la clôture de l’école Gabrielle-Roy, côté rue George. Photos: courtoisie

L’itinérance, une réalité du quartier

L’aménagement s’inscrit dans une démarche dite de «design défensif». L’objectif: rendre l’espace plus accueillant pour les familles et moins propice à l’installation durable. Mais l’itinérance dépasse largement les grilles d’une cour d’école.

La Ville de Toronto a mené son dernier dénombrement le 22 octobre 2025. Quelque 12 196 personnes étaient alors en situation d’itinérance dans la métropole. Parmi elles, 1 446 vivaient à l’extérieur, y compris dans des campements. C’est un recul de 21% par rapport à 2024. Il ne masque toutefois pas l’ampleur d’une crise nourrie par la pénurie de logements.

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Evelyne Richard. Photo: courtoisie

La directrice a reconnu une hausse des campements autour de l’école pendant l’été. «Pour une école élémentaire, c’est une situation qui nous préoccupe», a-t-elle souligné dans une entrevue accordée à l-express.ca.

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«Particulièrement lorsqu’on retrouve des objets qui peuvent être dangereux pour les enfants, comme des seringues. »

Depuis la rentrée, le concierge en chef fait chaque matin le tour des alentours avant l’arrivée des élèves. Une présence policière accrue a aussi été demandée aux heures d’entrée en classe.

La directrice a par ailleurs rencontré le gestionnaire intérimaire de SafeTO – Community Risk Intervention. Le but: faire le point sur la situation et envisager d’autres mesures.

Elle a toutefois tenu à nuancer le propos. «Il faut aussi être sensible aux personnes qui vivent dans des situations très difficiles», a-t-elle affirmé.

«L’itinérance, la consommation et le manque de logements font malheureusement partie de la réalité de notre quartier. Je pense donc qu’on peut vouloir un environnement sécuritaire pour nos élèves tout en restant respectueux et humains envers les personnes qui vivent cette réalité.»

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École Gabrielle-Roy : d’une inquiétude, un jardin a pris racine
Des parents et leurs enfants plantent arbustes et vivaces le long de la clôture de l’école.

Rien ne se perd, tout se transforme

Le jardin porte en outre l’empreinte de l’économie circulaire. Les rondins et les copeaux de bois ont été offerts par l’entreprise Evergreen Tree Care. Celle-ci détourne ces matériaux des sites d’enfouissement et les a livrés sur place. Ce qui était voué au rebut nourrit désormais le sol.

école Gabrielle-Roy
Lina. Photo: courtoisie

Pour plusieurs bénévoles, la journée s’est muée en leçon d’écologie urbaine. «J’ai aussi appris aujourd’hui que le compost issu de nos déchets alimentaires sert aux plantations dans nos parcs», a confié Lina, l’une des bénévoles. «C’est réconfortant de savoir que même nos déchets du quotidien peuvent rendre notre ville plus verte et plus belle.»

La Ville de Toronto collecte chaque année environ 170 000 tonnes de matières organiques grâce au bac vert. Elles sont traitées par digestion anaérobie dans les installations de Disco Road et de Dufferin. Le procédé produit du biogaz, transformable en gaz naturel renouvelable. Les résidus solides, eux, deviennent un compost de qualité.

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Anaïs et Leila, parmi les plus jeunes bénévoles, ont participé à la plantation. L’école souhaite poursuivre cet apprentissage du jardinage avec son club Éco-École.

Un jardin pédagogique

Selon l’une des bénévoles, les épineux ne présentent pas de réel danger: tout au plus un léger piquant. «Ils offrent même aux enfants une belle leçon de choses. Les petits apprennent à distinguer les plantes qui piquent de celles qui sont douces au toucher. Ils découvrent aussi les baies comestibles et le nom des végétaux», a-t-elle souligné.

L’école compte d’ailleurs prolonger l’élan. «On aimerait faire un lien avec notre club Éco-École», a indiqué Evelyne Richard. «Les élèves pourraient créer des affiches pour expliquer les différentes plantes.»

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Dessiner ou peindre les fleurs du jardin pourrait aussi aider les plus jeunes à s’approprier ce coin de verdure.

Établissement associé à l’UNESCO, l’école envisage d’y associer son conseil des élèves. Celui-ci compte cette année un « ministère » de la justice sociale, un portefeuille confié aux élèves, qui pourrait également s’en emparer.

Reste désormais à laisser le temps faire son œuvre. L’entente signée avec la Ville exige deux ans d’entretien et d’arrosage. En période sèche, il faudra arroser jusqu’à une fois par semaine. Ce sont les familles qui se sont engagées à prendre le relais. Une fois enracinées, les plantes indigènes ne demanderont que peu de soins.

«C’est une super belle initiative des parents. L’école a vraiment voulu l’appuyer», a résumé la directrice. Comme le veut l’adage, on récolte ce que l’on sème. Au printemps prochain, la rue George devrait en offrir la preuve.

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