Le grand rassemblement des papillons Monarque à Toronto

Mobilisation citoyenne pour l'espèce en voie de disparition

Papillons monarques
Des enfants à côté d'asclépiades lors d'un atelier sur les papillons Monarques au parc Downsview en sept. 2024. Photo: Parc Downsview
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Publié 25/09/2026 par Charles-Antoine Rouyer

En ce début d’automne, les papillons Monarques convergent vers Toronto avant de traverser le lac Ontario vers le Mexique pour l’hiver. Ce périple de plus de 4000 km d’un insecte de cinq grammes demeure fascinant, par une génération de papillons migrateurs nés en Ontario et d’une très grande longévité.

Le parc Tommy Thompson à Toronto accueille un grand nombre de Monarques. Cette longue bande de terre qui s’avance dans le lac raccourcit la distance à parcourir au-dessus de l’eau, comme la Pointe-Pelée au Sud avant la traversée du lac Érié.

«À l’automne, au moment de la migration, les Monarques ont besoin de deux choses: un vent favorable, du Nord-Est vers le Sud-Ouest, qui leur permette de traverser les Grands Lacs sans dépenser trop d’énergie, et des sources de nectar, qu’on retrouve surtout dans les parcs urbains en septembre», explique Maxim Larrivée, directeur de l’Insectarium de Montréal et entomologiste spécialisé dans le papillon Monarque.

Papillons monarques
Un papillon Monarque lors d’un atelier au Parc Downsview. Photo: Parc Downsview

Le parc des îles de Toronto accueille aussi beaucoup de Monarques, précise Vicky An, de la Toronto and Region Conservation Authority. «Les fleurs d’automne offrent aux papillons Monarques les nombreuses sources de nourriture dont ils ont besoin pour entreprendre leur migration de 4 500 km vers le Mexique.»

Les Monarques se retrouvent dans d’autres parcs torontois: au Humber Bay Butterfly Habitat ou au parc Downsview, qui tiendra une journée consacrée au papillon (27 septembre) et une soirée cinéma sur cette migration (29 septembre).

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«Nous avons constaté cette année une augmentation notable du nombre de papillons Monarques au Parc Downsview», précise Daniela Menniti, coordonnatrice des programmes éducatifs et communautaires au parc. Elle souligne que le parc compte quatre espèces d’asclépiades, «la plante-hôte indispensable au cycle de vie du papillon Monarque».

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Un Monarque qui butine une fleur d’Échinacée au centre-ville de Toronto. Photo: Charles-Antoine Rouyer, l-express.ca

Papillons planeurs, génération unique

Les Monarques se déplacent aussi loin en montant en altitude grâce aux courants thermiques pour redescendre en planant. «Les Monarques sont experts pour planer et surfer les courants d’air pour migrer», confirme Maxim Larrivée.

«Qu’un petit insecte de 5 grammes arrive à voler jusqu’à 4500 kilomètres pour aller hiverner dans les hautes montagnes du Mexique, où ce sont ses arrière-arrière-arrière-grands-parents qui ont quitté ces mêmes montagnes l’année d’avant, relève un peu du mystère, de l’inexplicable, ou en fait d’une prouesse de la vie sur Terre», constate Maxim Larrivée.

La génération migratrice née en Ontario va vivre près de sept mois (alors qu’un Monarque d’été ne durera que deux semaines environ et qu’au printemps, il faut trois générations pour la migration du Sud vers le Nord). L’arrêt de leur développement reproducteur, puis l’hibernation, leur confèrent cette longévité.

Ainsi sept mois, soit 15 fois plus que les deux semaines des autres générations comparées à 80 ans chez un humain, seraient l’équivalent de 1200 ans, d’où le nom de génération Mathusalem, personnage biblique qui aurait vécu 969 ans.

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«La dernière génération de l’été, qu’on appelle la génération Mathusalem, va faire le grand périple de plus de 4500 kilomètres seule, sans se reproduire sur le parcours, puis va hiverner tout l’hiver avant de repartir du sud du Mexique pour recommencer la migration vers le Nord», résume Maxim Larrivée.

Papillons monarques
La chenille du Monarque sur des feuilles d’asclépiade. Photo: Parc Downsview

Baromètre de la santé écologique

Mais les Monarques sont une espèce en voie de disparition au Canada depuis 2023. La population a chuté d’environ 90 % en une trentaine d’années, explique Maxim Larrivée, passant de plus d’un milliard d’individus à une centaine de millions aujourd’hui, avec un léger rebond en 2025.

«C’est une bonne nouvelle, mais avant de parler d’histoire à succès, il faut encore espérer que la population continue d’augmenter. Une hausse de 20% sur les 10% qui restent part encore de très loin.»

Ce déclin vient de causes multiples: destruction de l’habitat de reproduction estival, l’asclépiade, dans les milieux agricoles du nord-est de l’Amérique du Nord; pesticides qui nuisent aux capacités de reproduction; intensification des événements météorologiques extrêmes; déforestation dans les sites d’hivernage mexicains.

Le Monarque pourrait ainsi être un baromètre de la biodiversité, selon le directeur de l’Insectarium. Si un insecte aussi rapide à se reproduire est en péril, qu’en est-il pour des espèces moins résilientes?

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Papillon Monarque
Un Monarque sur une fleur d’Échinacée à Toronto. Photo: Charles-Antoine Rouyer, l-express.ca

Mobilisation citoyenne

Par contre, des initiatives locales visent à replanter l’asclépiade, la seule plante dont se nourrissent les chenilles du monarque.

«La Ville de Toronto reconnaît le Monarque comme une espèce pollinisatrice importante et soutient la création d’habitats et des initiatives de conservation par ses programmes destinés aux pollinisateurs», précise Annemarie Baynton, de la Ville de Toronto, qui souligne que PollinateTO a subventionné plus de 650 jardins de pollinisateurs et 30 000 mètres carrés d’habitat.

«Les initiatives pour aménager de l’habitat dans les villes, des oasis à Monarques, des jardins pour les pollinisateurs, ce sont des choses qui peuvent faire une différence», convient Maxim Larrivée.

«Ce qui est important aussi, c’est que les gens peuvent aussi participer à des initiatives. On appelle ça de la science participative», ajoute l’entomologiste qui a lancé le programme Mission-monarques.org, qui répertorie les sites de reproduction du monarque au Canada grâce au grand public.

À Toronto, le parc Downsview participe à un recensement annuel de tous les papillons, indique Daniela Menniti.

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