La réforme du programme ontarien des services en autisme montre ses limites

L'argent ne fait pas le bonheur

autisme
Le Programme ontarien du soutien à l’autisme s'arrête brutalement dès que l'enfant a 18 ans. Photo: iStock.com/Tatsiana Hancharova
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 27/04/2026 par Soufiane Chakkouche

Le virage entrepris par le gouvernement ontarien, il y a six ans de cela, devait simplifier l’accès aux services pour les familles d’enfants autistes. La province arguait à l’époque plus de flexibilité, moins d’attente et plus d’autonomie pour les parents, et ce grâce à une aide financière directe.

Toutefois, de nombreuses familles francophones dénoncent une réforme qui n’a fait que déplacer le problème sans jamais le résoudre.

Le gouvernement a passé la patate chaude aux parents 

«Le gouvernement, dans sa grande sagesse, a décidé en 2018 de ne plus offrir de services, mais de donner l’argent aux familles en leur disant d’aller eux-mêmes chercher des services. Si, pour les parents anglophones, la situation qui s’en est suivi a été difficile, pour les parents francophones, elle a été catastrophique», s’indigne Carol Jolin, président de la Société franco-ontarienne de l’autisme (SFOA).

Et pour cause, le déficit en matière de services en français persiste de «façon épouvantable. Comment dépenser ces sommes si on ne trouve pas de services pour le faire?», se demande l’ancien président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

AFO
Carol Jolin.

En guise de preuve, Carol Jolin cite l’exemple de cette maman d’un enfant autiste venue le voir au bureau de la SFOA et lui rapporter qu’elle était éligible à 65 000 $ par an, mais qu’elle arrive à peine à en dépenser 25 000, faute de services disponibles et adaptés.

Publicité

Selon Carol Jolin, les conseils scolaires francophones ont réalisé des avancées notables dans ce domaine. Cependant, il estime que la réalité bascule radicalement une fois les portes de l’école franchies. «En dehors de l’école, les parents francophones qui ont des enfants autistes cherchent désespérément des services en français.»

Cela écrit, si certaines familles peinent à dépenser les montants qui leur sont alloués, d’autres, au contraire, dépensent jusqu’au dernier sou, et parfois davantage, pour répondre aux besoins de leur enfant, et bien des fois, pour retrouver une vie normale.

Encore plus difficile pour les cas dits complexes

C’est la situation où se trouve Brigitte Couture, mère d’Éric, un adulte autiste considéré comme un «cas complexe». Depuis que son fils a atteint 18 ans, elle reçoit une aide annuelle de 35 500 $.

«Ce montant est basé sur la complexité de chaque cas. Si mon fils était plus fonctionnel, j’aurais certainement eu beaucoup moins. Dans leur classement, il y a seulement 5% des cas en Ontario qui sont plus lourds que lui», explique-t-elle.

Or, en dépit de ce soutien pécuniaire, le quotidien des deux parents reste difficile. Éric ne fréquente plus de programme de jour, ayant perdu sa place à cause de comportements jugés difficiles. «Les gens avaient du mal à le gérer», déplore sa mère.

Publicité

Depuis, la petite famille tente de trouver des alternatives, aussi minime soit-elle! Elle en a trouvé une grâce à un programme de soutien à domicile offert par Ontario Health atHome. Une personne vient deux fois par semaine surveiller leur fils pendant deux heures en soirée, offrant un court répit aux parents.

Autisme
Brigitte Couture et son fils, Éric. Photo: courtoisie

Le vide des services spécialisés

Pour Brigitte Couture, le principal problème est le manque de programmes spécialisés pour les cas plus lourds: «Il y a des programmes pour ceux qui sont au milieu du spectre, mais il n’y a pas de programmes spécialisés dans les cas complexes comme mon fils », regrette-t-elle.

Cette maman courage soutient avoir multiplié les démarches pour trouver un programme ou un organisme adapté. Quelques-uns ont bien voulu accueillir son fils, avant de se rétracter rapidement.

«Dès que les comportements sont difficiles à gérer, ces programmes deviennent beaucoup moins ouverts à accepter des cas complexes. J’ai appliqué partout, en vain. Certains ont dit oui, mais, dès qu’ils ont vu mon fils ou qu’ils ont passé une semaine avec lui, ils se sont désistés.»

Quant à connaître combien de familles sont dans cette même situation, impossible de le savoir, car aucune étude n’a été menée dans ce sens, pas même du côté anglophone.

Publicité

Auteurs

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur