Les livreurs en deux-roues sont-ils dangereux?

Un atelier éducatif

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Plus de 100 livreurs ont suivi l'atelier du 15 avril, dans le gymnase de l'église Trinity St-Paul, au 427 rue Bloor à Toronto. Photos: Charles-Antoine Rouyer, l-express.ca
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Publié 20/04/2026 par Charles-Antoine Rouyer

La forte augmentation des livreurs à deux-roues électriques empruntant les pistes cyclables à Toronto met-elle en jeu la sécurité des cyclistes?

Pour répondre à ces inquiétudes, Cycle Toronto, une association de défense des cyclistes, a organisé des ateliers de sensibilisation à l’intention des livreurs.

«Il est essentiel de veiller à ce que les livreurs disposent des compétences et de la formation nécessaires pour exercer leur métier, notamment en matière de Code de la route et d’entretien des batteries lithium-ion, afin d’assurer leur sécurité et celle de leur entourage», résume Michael Longfield, directeur général de Cycle Toronto.

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David Shellnutt, The Biking Lawyer.

Éducation ou répression?

L’atelier gratuit a connu un vif succès, les 13, 14 et 15 avril derniers, attirant en tout plus de 250 personnes, selon Cycle Toronto.

La formation était organisée conjointement avec Bike Brigade, un organisme caritatif de livraison de nourriture à vélo, et The Biking Lawyer, un cabinet d’avocats torontois spécialisé dans les droits des cyclistes.

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David Shellnutt, associé et directeur du cabinet d’avocats, se dit «alarmé par le recours constant à la répression de la municipalité et de la police à Toronto pour gérer les conflits présumés entre les livreurs en deux-roues électriques et les autres usagers de la route.»

Autrement dit, entre la carotte et le bâton, choisissons la carotte: la sensibilisation. À ce titre, les participants recevaient tous un sac de livraison isotherme aux couleurs de The Biking Lawyer, d’une valeur de 60 à 70 $.

«Ils travaillent pour notre confort à tous», ajoute David Shellnutt. «On les critique parce qu’ils passent rapidement à côté de nous sur le trottoir. Mais s’ils nous livrent nos Ramen avec quatre minutes de retard, on est furieux.»

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Shwpno Ahmed (premier plan) et Kamal Krishman Paul (avec un casque blanc), deux participants à l’atelier du 15 avril 2026.

Petits boulots à risque?

«Nous bénéficions tous de l’économie des petits boulots», poursuit l’avocat. «Ces travailleurs sont souvent des jeunes hommes issus de minorités ethniques, en situation économique précaire. Ils souhaitent être en sécurité. Mais personne ne s’adresse à eux.»

Les fiches d’information distribuées après l’atelier étaient en Bengali, Télougou, deux langues sud-asiatiques, et en Espagnol.

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«Je suis là pour améliorer mes connaissances comme cycliste, sur le Code de la route et la sécurité à vélo», a dit Shwpno Ahmed, un participant présent le 15 avril.

Un autre participant, Kamal Krishman Paul, a confié: «Je suis là pour recevoir le sac. Je travaille pour Uber et on ne fournit pas de sac.»

Ashley Curtis, directrice générale des services de transport pour la Ville de Toronto, répond laconiquement: «la cohabitation entre vélos, vélos électriques et autres moyens de transport peut poser des difficultés».

Elle rappelle que «les risques les plus graves pour les cyclistes proviennent de la circulation automobile. C’est pourquoi les pistes cyclables protégées, qui séparent les vélos des voitures, constituent un élément important de la sécurité.»

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Kiosque de Cycle Toronto devant l’église Trinity St-Paul.
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Les participants recevaient tous un sac de livraison isotherme aux couleurs de The Biking Lawyer.

Accidentée sur une piste cyclable

Mais pour certains cyclistes, la sensibilisation pourrait arriver trop tard. Louise H., une Torontoise francophile, a passé deux mois à l’hôpital après un accident de vélo dans une piste cyclable. Percutée par une trottinette électrique par-derrière, elle est tombée au sol et a subi de multiples fractures du bassin et une clavicule cassée.

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«Je ne me souviens pas de l’accident, car j’ai perdu connaissance. Mais apparemment, c’était une personne qui allait au travail, pas un livreur», précise Louise H., qui était à Nice, en France, pour un séjour de perfectionnement de son français lorsque l’accident s’est produit le 12 février dernier.

«J’avais déjà beaucoup d’appréhension de faire du vélo à Toronto sur les pistes cyclables même avant l’accident. Alors à présent, je ne suis pas sûre quand je remonterai à vélo. Cela aurait sans doute pu m’arriver ici à Toronto», suggère Louise H. (qui désire rester anonyme), à présent de retour à son domicile et capable de remarcher dans la rue.

Il n’est d’ailleurs pas rare à Toronto qu’un livreur en mobylette électrique arrive rapidement derrière un cycliste, en silence, le dépasse sans prévenir, en le frôlant de près. Si le cycliste faisait un écart pour éviter un nid de poule, il pourrait être percuté. Les deux-roues électriques peuvent atteindre jusqu’à 50 km/h de vitesse.

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Entre mobylette électrique, bicyclette électrique et bicyclette traditionnelle, la réglementation à Toronto est complexe.

Réglementation complexe

La réglementation des deux roues électriques à Toronto est complexe, résume l’avocat David Shellnutt. Seuls les vélos traditionnels et les bicyclettes électriques à assistance au pédalage peuvent circuler sur les pistes cyclables dites protégées (par un muret).

Par contre, les mobylettes électriques sans pédales et les vélos électriques avec accélérateurs sont autorisés sur les voies cyclables avec marquage au sol. Les trottinettes électriques sont interdites à Toronto, où que ce soit.

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«Chaque livreur à vélo, vélo électrique, vélo cargo ou trottinette représente une voiture en moins sur la route», plaide toutefois Michael Longfield de Cycle Toronto. «Leur travail profite non seulement aux restaurants et aux commerces locaux, mais contribue également à réduire les embouteillages et à rendre la circulation à Toronto plus fluide.»

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La réglementation torontoise. Image: Ville de Toronto

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