Hommage à une enseignante d’exception: Marie-Claude Douville

enseignante Marie-Claude Douville, Palmes académiques
Le consul général de France à Toronto, Bertrand Pous, remet les Palmes académiques à l'enseignante Marie-Claude Douville. Photos: Michèle Villegas-Kerlinger, l-express.ca
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Publié 02/01/2026 par Michèle Villegas-Kerlinger

De nos jours, il est rare qu’on valorise le travail des enseignants passionnés par leur métier et plutôt extraordinaire que l’on rende hommage à ceux qui se dévouent corps et âme à leurs élèves. Et pourtant, une enseignante, passionnée et dévouée, a reçu une reconnaissance exceptionnelle pour ses plus de trois décennies de carrière.

Marie-Claude Douville, enseignante en immersion à Rosethorn Junior School du Toronto District School Board depuis 1998, a reçu en novembre le grade de chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques des mains du consul général de France en Ontario et au Manitoba, Bertrand Pous.

enseignante Marie-Claude Douville, Palmes académiques
Marie-Claude Douville, chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques françaises. Photo: Clarissa Cooper

Une distinction civile vieille de plus de 200 ans

Créées par Napoléon en 1808, la distinction les Palmes académiques constituent la plus ancienne des décorations civiles en France. Elle récompense les mérites exceptionnels dans les domaines de l’éducation, de l’université, de la recherche et de la culture.

Il existe trois grades, à savoir ceux de chevalier (après un minimum de 15 ans de services rendus), d’officier (après cinq ans comme chevalier) et de commandeur (après cinq ans comme officier).

Les Palmes académiques sont décernées à des membres du personnel de l’Éducation nationale, à des personnes ayant apporté une contribution notable à l’éducation ou à la culture française, ainsi qu’à des étrangers ayant contribué à l’expansion de la culture française à l’étranger, ce qui est le cas de Marie-Claude Douville, qui est d’origine québécoise.

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Les candidats sont nommés par une personne qualifiée qui doit soumettre un dossier détaillé à la préfecture du département du candidat. Les promotions ont lieu deux fois par an, le 1er janvier et le 14 juillet.

Ordre des Palmes académiques - Les ordres ministériels - Médailles et décorations officielles - Actions de l'État - Les services de l'État dans la Manche
Les trois grades de l’Ordre des Palmes académiques.

Ambassadrice passionnée du français

Après avoir remercié la récipiendaire de son engagement passionné en faveur de l’enseignement du français, le consul général a évoqué la Journée internationale des professeurs de français, qui depuis 2019 rend hommage aux enseignants exceptionnels dont Marie-Claude fait naturellement partie.

«Enseignante d’exception, ambassadrice passionnée de la langue française et pédagogue inspirante […] Depuis 1998, vous enseignez le français et en français à Toronto avec un engagement sans faille et un enthousiasme communicatif.»

«Plus de 25 ans de carrière au service de la langue française au cours desquelles vous avez participé à son rayonnement et durant lesquelles vous avez su faire aimer notre langue à de nombreuses générations d’élèves, contribuant ainsi à la vitalité de la communauté franco-ontarienne.»

«Vos pairs et votre communauté reconnaissent unanimement votre talent: vous avez notamment été nommée en 2012 et 2014 pour le prix de la meilleure professeure à Toronto, et plus récemment, vous êtes devenue lauréate du prix d’excellence du Toronto District School Board en 2024.»

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Rendre le français vivant, joyeux, ludique

Le consul général a dit retenir «aussi et surtout les nombreuses lettres de parents et d’élèves – y compris des dessins – ce qui est assez rare dans les dossiers de décorations… Elles sont la preuve de votre engagement et du lien particulier que vous avez le don de nouer avec vos étudiants.»

«Ce qui vous distingue, Marie-Claude Douville, c’est cette capacité unique à rendre le français vivant, joyeux et ludique. Avec votre approche inclusive et bienveillante, vous avez su tisser cette relation privilégiée avec vos élèves et transmettre non seulement une langue, mais aussi une culture et une aventure humaine pour les préparer à rejoindre cette francophonie ontarienne vivante et plurielle.»

Ce sont les valeurs que promeut depuis sa création l’Ordre des Palmes académiques: «la passion de transmettre, le goût de la culture et le souci constant de l’excellence éducative».

enseignante Marie-Claude Douville, Palmes académiques
Marie-Claude Douville avec son mari, Jean-Christophe Lamy, et Bertrand Pous, consul général de France à Toronto.

Des ponts entre les cultures

Selon le consul général, des enseignants du calibre de Marie-Claude Douville «créent des ponts entre les cultures et les générations, contribuant ainsi à la vitalité du français, en Ontario et dans le monde».

Bertrand Pous a d’ailleurs mentionné les célébrations, en 2025, des 50 ans du drapeau franco-ontarien, les 40 ans du Club canadien de Toronto, un mémoire d’entente récemment signé entre la France et l’Ontario, et le travail des professeurs de français en situation minoritaire.

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Mme Douville a partagé une anecdote avec ses invités. «Un jour j’ai demandé à mes élèves âgés de 5 ans s’ils connaissaient des mammifères qui pondent des œufs. Certains d’entre eux ont répondu les ornithorynques, très peu connaissaient les échidnés. J’allais passer au sujet suivant lorsque soudain, une petite voix s’est élevée du fond de la classe pour affirmer que j’avais oublié un troisième animal… le lapin de Pâques!»

Cette anecdote date de 20 ans et l’ancienne élève, devenue grande, était présente dans la salle.

Chansons françaises en classe

«Cette anecdote résume à elle seule les raisons pour lesquelles j’ai tant aimé ce métier», poursuit Marie-Claude Douville. «Je repense à ces belles chansons françaises, ces ritournelles enfantines, ces rondes et ces canons qui ont servi honorablement à l’apprentissage des enfants.»

«Quand les élèves commençaient à parler français, j’avais l’impression de les voir éclore. Quand ils commençaient à lire et à comprendre le texte, cette flamme qui s’allumait dans leurs yeux était inoubliable. À ce moment précis je savais qu’ils étaient prêts à quitter le nid. Prêts à passer à un niveau supérieur pour être pris en main par un autre professeur, aussi passionné que moi. Je savais que ce professeur continuerait à les guider vers le succès.»

L’enseignante raconte qu’à l’âge de 12 ans, «je faisais la promesse Scouts & Guides de servir mon pays avec audace. J’étais loin d’imaginer que je participerais à la francisation de centaines de petits Ontariens. Quarante ans plus tard, je peux dire “mission accomplie“… Cette récompense vient couronner 32 ans de carrière en enseignement.»

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enseignante Marie-Claude Douville, Palmes académiques
Marie-Claude Douville avec des anciens collègues, des amis et des membres de sa famille à la résidence officiellel du consul général de France à Toronto.

Entrevue avec Marie-Claude Douville

Après cette soirée mémorable, j’ai eu le privilège de poser quelques questions à Marie-Claude Douville auxquelles elle a eu la gentillesse de répondre :

1. Pourquoi êtes-vous devenue enseignante? 

«J’ai toujours aimé partager mes connaissances et aider les autres. Quand j’étais jeune, je jouais au professeur avec mes amis et mes parents avaient dû me fabriquer un tableau noir parce qu’on n’en trouvait pas d’assez grand.»

2.Qu’est-ce que vous avez aimé le plus de la profession?

«Ce que j’ai le plus apprécié, c’est la collaboration entre les enseignants. Nous étions une communauté et nous nous aidions constamment. Ce travail d’équipe nous a souvent permis de faire des miracles.»

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3. Le moins?

«Ce que j’ai le moins aimé, c’est qu’il y a plus de bureaucratie, les bulletins et les rapports d’incidents. J’ai l’impression qu’il y en avait toujours plus sur nos épaules et que les attentes des parents sont devenues trop élevées.»

4.Quel est le plus grand changement que vous avez vu au cours de votre carrière?

«Au lieu de fabriquer notre matériel et de le partager, les enseignants vendent ce qu’ils produisent sur certains sites. Les gens travaillent de façon plus individualiste. Mes meilleurs souvenirs sont des collaborations extraordinaires. Il n’y avait plus de limite à notre imagination.»

5. Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes enseignants qui font leurs premiers pas dans la profession?

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«Le meilleur conseil que je peux donner aux jeunes enseignants, c’est d’aller chercher de l’aide et des conseils auprès de leurs pairs. L’enseignement n’est pas une question de concurrence, mais plutôt une collaboration. Bâtissez des liens forts avec les parents pour pouvoir aider leurs enfants. C’est un travail d’équipe. Nous connaissons tous le dicton africain qu’il faut tout un village pour élever un enfant.»

Marie-Claude Douville termine sa carrière en toute beauté. Elle a pris sa retraite cette année, mais son legs continue grâce à plusieurs de ses anciens élèves qui, inspirés par son exemple, sont devenus enseignants à leur tour.

Auteurs

  • Michèle Villegas-Kerlinger

    Chroniqueuse sur la langue française et l'éducation à l-express.ca, Michèle Villegas-Kerlinger est professeure et traductrice. D'origine franco-américaine, elle est titulaire d'un BA en français avec une spécialisation en anthropologie et linguistique. Elle s'intéresse depuis longtemps à la Nouvelle-France et tient à préserver et à promouvoir la Francophonie en Amérique du Nord.

  • l-express.ca

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