Une bible incontournable sur Jean Lesage

Jocelyn Saint-Pierre, Jean Lesage
Jocelyn Saint-Pierre, Jean Lesage : Bâtisseur du Québec moderne, biographie, Québec, Éditions du Septentrion, 2026, 698 pages, 49,95 $.
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Publié 13/06/2026 par Paul-François Sylvestre

Premier historien francophone à publier un ouvrage sur Jean Lesage, Jocelyn Saint-Pierre revisite le parcours de l’homme que l’on considère encore aujourd’hui comme le père de la Révolution tranquille. Il nous offre une monumentale biographie intitulée Jean Lesage : Bâtisseur du Québec moderne.

L’auteur a voulu «combler un quasi-vide historiographique sur un personnage pourtant marquant, au cœur d’une époque charnière de l’histoire du Québec . Attendez-vous à un ouvrage fouillé et détaillé; les presque 700 pages pèsent plus de trois kilos.

On a souvent tendance à voir Jean Lesage seulement comme un acteur sur la scène politique québécoise, alors qu’il a d’abord fourbi ses armes au niveau fédéral (1945-1958). Député de Montmagny-L’Islet à la Chambre des communes, il fut adjoint parlementaire du ministre des Affaires étrangères, puis du ministre des Finances, avant de devenir ministre du Nord canadien et des Ressources naturelles.

Économie et autonomie

Élu chef du Parti libéral du Québec en 1958, Lesage devient vite l’homme aux multiples fonctions: recruter des candidats, recueillir des fonds, galvaniser ses troupes. Son programme inclut l’autonomie provinciale, les ressources naturelles, l’instruction obligatoire et gratuite jusqu’à 16 ans, un code du travail et une réorganisation de la Commission des relations ouvrières.

Élu premier ministre du Québec en 1960, Jean Lesage se réserve le ministère des Finances tout au long de son mandat de 5 ans, 11 mois et 11 jours. Il crée la Commission royale d’enquête sur l’enseignement qui prescrit que, sous le nouveau premier ministre, c’est l’État et non l’Église qui doit devenir «le principal agent d’organisation, de coordination et de financement de l’enseignement».

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Avec René Lévesque dans son cabinet, on assiste à la nationalisation de l’électricité. L’auteur écrit que les deux hommes ont incarné une force politique «révolutionnaire» (Lévesque) et «tranquille» (Lesage) axée sur le progrès du Québec.

Culture et Éducation

Avec Georges-Émile Lapalme, c’est le ministère des Affaires culturelles qui voit le jour, mais le premier ministre ne lui donne pas les ressources pour jouer pleinement son rôle. Quant à Paul Gérin-Lajoie, il devient le premier titulaire du ministère de l’Éducation, créé en 1964.

Jean Lesage préconise un programme d’assurance hospitalisation qui comporte deux principes: gratuité et universalité. Sous sa gouverne, «le syndicalisme québécois obtient ses lettres de noblesse» et les femmes mariées peuvent enfin exercer des actes juridiques sans le consentement de leur époux.

Toutes ces réformes sont rendues possibles parce que Lesage a modernisé l’administration du gouvernement, a créé «une fonction publique compétente, efficace, au service de l’État, non d’un parti».

L’auteur souligne que l’équipe Lesage était souvent disparate, «avec plusieurs ministres de tendance diverses, des progressistes de gauche comme des conservateurs plutôt de droite».

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La Révolution tranquille

Il décrit aussi comment la cadence des réformes a parfois semblé trop rapide pour une partie de la population. Voilà ce qui explique la défaite de Lesage aux élections de 1966.

«Révolution tranquille» est une expression consacrée, mais qui l’a employée pour la première fois?

Vous serez surpris d’apprendre que c’est un journaliste anglophone qui en demeure partiellement à l’origine. Brian Upton, du Montreal Star, aurait lancé «This is a revolution, Mister Premier». Probablement effrayé par ce mot, Lesage a répondu: «If it is a revolution, it’s a quiet revolution.» Brian Upton et Jean Lesage partagent donc la paternité de cette expression.

Géant politique

La biographie que signe Jocelyn Saint-Pierre illustre hors de tout doute que Jean Lesage fut l’un des plus grands architectes du Québec moderne.

À mon avis, l’auteur aurait dû fournir, en appendice, un tableau chronologique de la vie et l’œuvre de ce géant politique. L’éditeur, lui, devrait songer à publier une version plus sommaire, car rares sont ceux et celles qui voudront se taper presque 700 pages.

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Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

  • l-express.ca

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