Un prof de la vieille école et un nouvelliste doux-amer

Gilles Archambault France Boisvert
Gilles Archambault, À peine un petit air de jazz, nouvelles, Montréal, Éditions du Boréal, 2017, 120 pages, 18,95 $. France Boisvert, Professeur de paragraphe, roman, Montréal, Lévesque éditeur, 2017, 160 pages, 25 $.
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Il y a cinquante ans, au Québec, on assistait à la création des cégeps. L’enseignante France Boisvert imagine les tribulations d’un collègue fictif dans Professeur de paragraphe, un roman qui défie parfois l’imagination.

Maurice Lecamp est un prof de la vieille école. Seulement papier et crayon, pas de tablettes, même si elles valent 800 $. Il considère ordinairement ses élèves comme «une bande d’ignorants frelatés par les jeux vidéos YouTube et Google». Quand il a 125 dissertations à corriger, ce prof est certain de les trouver «bourrées de fautes aussi folles que riches en niaiseries que pauvres en connaissances».

France Boisvert
France Boisvert

Lecamp entend bien enseigner la littérature, ou ce qu’il en reste, et aussi faire connaître diverses figures de style: litote, euphémisme, prosopopée.

Face à un bon pédagogue, les élèves ne cachent pas leur satisfaction. «L’une lance que c’est bien la première fois qu’un cours de français est aussi intéressant; l’autre, qu’elle n’a jamais eu un professeur qui explique en dessinant avec un doctorat sous le bras» (au cégep!). Personne ne sèche un cours.

L’auteure adore étayer son texte de jeux de mots. Elle écrit, par exemple, que plus son professeur cherche à mieux lire, plus il s’enfarge «dans les fleurs du tapis. Pleurs de dépit.» Ou encore: «Je suis gros Jean comme devant, comme la baronne Dudevant, vrai nom d’Aurore Dupin devenue George Sand.»

Mais elle force assez souvent la note en glissant des «années surannées», «disparus disparates», «vélo véloce» et «fainéant flânant fané». On finit par craindre l’ivraie qui fleurit dans ce livret.

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France Boisvert sait néanmoins bien camper ses personnages et les plonger gaiement dans des situations tantôt cocasses tantôt pimentées. Une des épices de ce roman inclut évidemment des références aux grands poètes et romanciers français. On devine une riche culture générale.

À peine un petit air de jazz

Gilles Archambault publie un dixième recueil de nouvelles, toujours avec cette maîtrise qui caractérise ses nombreux romans et récits. Dans À peine un petit air de jazz, il nous offre 34 instants de vie tour à tour fragiles, doux-amers, pathétiques, cyniques ou sympathiques.

Gilles Archambault
Gilles Archambault

Les nouvelles ont de 6 lignes à 13 pages. La première décrit un homme qui déteste le genre humain, une autre dépeint une femme terrorisée par l’avenir. Le «je» change d’un texte à l’autre. Selon l’un d’eux, les femmes aiment les hommes alors que les hommes désirent les femmes. «Toute la différence est là.»

Voici in extenso la plus courte nouvelle. «La mère de son fils : Ce matin, on a enterré l’urne qui contenait les cendres de ma femme. Je n’ai pas ressenti l’émotion prévue. Devant mon fils en larmes, j’ai dû donner l’impression d’être dénué de toute sensibilité. Je l’ai consolé comme j’ai pu. Rien ne te touche, me disait ma femme quand elle s’emportait contre moi.»

L’amour, le passage du temps, la joie et la souffrance, les rêves et les déceptions, tout devient un matériau pour le sculpteur Archambault. Il cisèle des courbes d’intimité, des ombres nostalgiques, des auras d’émerveillement, bref, des petits airs de jazz.

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