Un polar où la vérité est infréquentable

Franz Bartelt, Hôtel du Grand Cerf, roman, Paris, Éditions du Seuil, coll. Cadre noir, 2017, 352 pages, 39,95 $.
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Grand prix de l’Humour noir et Prix Goncourt de la nouvelle, l’auteur belge Franz Bartelt a récemment publié un polar intitulé Hôtel du Grand Cerf. On y apprend que, «dans la vie, on n’arrive jamais à tout savoir. S’il faut savoir une chose, une seule, ce serait que nous ne sommes pas dans un roman.»

Bartelt situe son intrigue à Reugny, village belge frontalier de la France, où le crime est «la face cachée de l’innocence»; on y cultive crapuleries et coucheries. Le douanier du coin, haï de tous, est retrouvé décapité, et l’inspecteur Vertigo Kulbertus est dépêché sur les lieux.

Pas vraiment dépêché, car cet homme d’une extrême corpulence déteste bouger, sauf pour se verser des litres de bière.

Au même moment, un journaliste parisien se présente à l’Hôtel du Grand Cerf pour une recherche en vue d’un documentaire sur une star mondiale du cinéma, qui a été découverte noyée dans la baignoire de sa chambre à ce même hôtel 50 ans plus tôt. La police avait alors conclu à une mort accidentelle, mais le journaliste entend prouver le contraire.

Franz Bartelt
Franz Bartelt

Dès le départ, on navigue donc sur les eaux de deux enquêtes, mais tout s’enchaîne très vite: l’idiot du village trouve lui aussi la mort, puis une jeune fille disparaît et ensuite un ami de cette dernière se fait trancher la gorge.

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L’inspecteur Vertigo Kulbertus est à 14 jours de sa retraite et veut mener l’enquête rondement, à sa façon burlesque. Il cache son jeu sous des manières loufoques, voire grotesques, et fait preuve d’une logique tortueuse qui le sert bien. Cet inspecteur n’ignore pas que «c’est normal de mentir à la police».

Il entend bien mettre le village sens dessus dessous: «Qu’on ne sache plus qui cherche qui, qui a tué, qui n’a pas tué. Je mets tout le monde dans le même sac. Je crée la panique.»

Installé lui aussi à l’Hôtel du Grand Cerf, Kulbertus mène son enquête depuis la salle à manger, entouré de six ou sept bocks de bière. C’est là qu’il passe «d’investigations en contrôles, de recoupements en hypothèses».

L’homme le plus influent du village dirige un Centre de motivation dont les pratiques mêlent «les mythes anciens, la discipline militaire, les dispositions métaphysiques et les exercices de spiritualité». Tout le monde le croit responsable de l’assassinat du douanier… et peut-être de plus encore.

Les dialogues sont souvent colorés. Ainsi, pour donner une idée des disputes d’un couple, l’auteur écrit «Une beigne, on peut voir ça comme un accident. Mais il lui mettait la ratatouille intégrale. Les tartes claquaient tellement rude que je les entendais de la cuisine. Alors, si c’est pas foutre sur la gueule, qu’est-ce que c’est?»

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L’auteur aime étayer son récit de savoureuses réflexions, comme «un assassin sans alibi, c’est un pompier sans échelle» ou «la vérité n’est jamais qu’une façon d’organiser le mensonge». L’inspecteur dira même que «la vérité est infréquentable, parole de flic».

Hôtel du Grand Cerf mêle allègrement mélancolie et tragédie, psychologie et criminologie. Lorsque Bartelt nous fait rire, c’est toujours avec une élégante subtilité.

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