L’art et la vieillesse dans un polar de Chrystine Brouillet

Chrystine Brouillet, Vrai ou faux, roman policier, Montréal, Éditions Druide, coll. Reliefs, 2016, 344 pages, 24,95 $.


5 juillet 2016 à 9h27

Les amateurs de Chrystine Brouillet seront heureux d’apprendre que Maud Graham est de retour, pour une autre enquête policière dans la ville de Québec.

L’action du roman Vrai ou faux se déroule en bonne partie dans une résidence pour personnes âgées en perte d’autonomie. Graham va arpenter sa ville en long et en large, «ses ruelles autant que ses chats de gouttière».

La résidence des Cèdres est située dans «un quartier calme, sans histoire. Qui aurait dû le rester.» Or, toute la vigilance de Maud Graham est nécessaire lorsqu’un meurtre et une mort subite surviennent dans la même semaine entre gens qui se connaissent…

Brouillet énumère presque tous les motifs qui peuvent pousser à un meurtre: «la colère, la jalousie, la peur, l’argent, la vengeance». Mais les motifs s’entremêlent parfois et rendent l’enquête plus longue, trop à mon avis.

Le meurtre est celui de Lydia Francœur, secrétaire de la résidence des Cèdres, et la mort subite fauche Ludger Sirois, ex-enquêteur de la Sûreté du Québec. Son meilleur ami, l’artiste Karl Lemay vit aussi à la résidence des Cèdres et sa vie est en danger.

Lydia Francœur a été étranglée. La romancière nous apprend que l’étranglement trahit un acte spontané, «celui d’un assassin ivre de pouvoir ou fou de colère, de peur, enragé au point de vouloir faire taire sa victime».

Karl Lemay est le seul témoin du meurtre de Lydia Francœur, mais il présente des signes de confusion, sa méfiance naturelle «se muant en paranoïa, un des symptômes de la maladie d’Alzheimer». L’auteure en profite pour écrire que «la vieillesse n’est pas une maladie. Et pourtant, si. Elle nous fragilise. Elle érode tout. Les os se brisent, le cerveau fuit.»

Selon l’auteure, les personnes âgées ont parfois tendance à modifier la réalité, à l’embellir, voire à l’inventer. «Comment démêler le vrai du faux dans tout ce qu’on entend ici», à la résidence des Cèdres? Comment trier «l’intention de la défaillance»?

Chrystine Brouillet fait un peu d’humour noir en notant que le médecin de la résidence des Cèdres est presque aussi vieux que ses patients et que son jugement n’est peut-être donc plus ce qu’il a déjà été.

La romancière glisse, ici et là, des réflexions du genre «aimer sans estimer teinte une relation d’amertume». Au sujet de l’amour, elle écrit que «la beauté n’a rien à voir avec le respect et l’amour. C’est plutôt un aimant qu’un ciment.»

Brouillet dit tout haut ce que plusieurs pensent tout bas au sujet des résidences pour personnes âgées, à savoir que «nombre de ceux qui tombent dans l’oubli disparaissent aussi pour leurs proches, bien avant d’être morts».

Comme Karl Lemay est artiste, les lecteurs ont droit à quelques réflexions sur le processus de création. L’auteure écrit que la différence crée la vérité, «le détail qui fait qu’une personne n’est à nulle autre pareille. Le charme de l’imperfection.»

Chrystine Brouillet se permet même de nous glisser un petit détail sur une technique que Léonard de Vinci aurait utilisée: «broyer des pétales de coquelicot dans de l’huile pour peindre la bouche de la Joconde».

On sait que la romancière est un fin gourmet. Il ne faut donc pas s’étonner de voir apparaître «le meilleur risotto de sa vie… des filets de porc caramélisés aux épices», ni d’apprendre qu’une amande nature vaut dix calories ou qu’un sauvignon fruité à la poire se marie parfaitement avec une salade au bleu.
Chrystine Brouillet illustre bien que l’appétit vient en lisant.

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