Un guide international des bonnes manières

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Publié 26/08/2008 par Paul-François Sylvestre

Si vous êtes invité à un repas à 20 heures, vous vous présentez à l’heure exacte à Cologne, mais pas avant 21 heures à Caracas. Vous pouvez laissez un peu de nourriture dans votre assiette au Caire, jamais à San Salvador. Comment savoir ce qu’il ne faut pas faire ou dire à l’étranger? Un guide international des bonnes manières répond à cette question. Préparé par Mark McCrum, il paraît aux Éditions du Seuil et s’intitule On se fait la bise?

Les bonnes manières échappent encore à la mondialisation: on salue différemment à Pékin et à New York, certains gestes flatteurs chez nous sont injurieux ailleurs, on reçoit les cadeaux ici d’une main, là des deux, les chrysanthèmes ne sont pas universellement des fleurs de cimetière, les heures de repas relèvent de spécificités nationales, et il est fortement déconseillé d’offrir une pendule à un Chinois. Il y a plusieurs «faut pas», il est facile de faire un faux pas.

Mark McCrum est un écrivain qui a beaucoup voyagé. Il a consacré des ouvrages à l’Afrique, à l’Australie et à l’Irlande. Il signe régulièrement des articles dans le Sunday Times. Il nous offre un guide ludique, mené sur un rythme allègre. Son livre porte sur les principales zones de malentendus possibles, du premier salut jusqu’aux derniers adieux. Gestes, conversations, vêtements, cadeaux, façons de trinquer ou de manger, voilà autant de sujets abordés dans On se fait la bise?

Faut-il se faire la bise? «En Égypte on s’embrasse sur le front, et au Bénin les amis du même sexe peuvent se saluer par plusieurs baisers, et terminer en effleurant les lèvres. En Italie il ne paraît pas grotesque pour un homme de faire le baisemain à une femme, alors que dans les cercles conservateurs d’Allemagne et d’Autriche un homme plus âgé peut marmonner «Je vous baise la main», tout en portant la main de la dame jusqu’à ses lèvres. Au Viêtnam ou en Chine, à l’inverse, même un petit bécot sur la joue ou le front est verbotem [interdit]; dans les zones rurales la femme qu’on a vue embrasser un homme peut être poussée au suicide par la honte.»

Il est facile de créer un froid. Mieux vaut être prudent lorsqu’on parle de pays voisins. Il faut éviter de traiter un Irlandais de Britannique ou un Écossais d’Anglais. «Les Néo-Zélandais n’aiment pas être pris pour des Australiens, et les Canadiens ont horreur qu’on les croie venus des États-Unis (surtout s’ils portent un petit badge en forme de feuille d’érable). […] Les Boliviens n’apprécient guère qu’on fasse l’éloge des pays voisins puisqu’ils ont perdu des guerres contre chacun d’eux.»

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Voici quelques erreurs à éviter dans la conversation: critiquer la corrida en Espagne, demander un café turc en Grèce ou à Chypre, appeler les Pays-Bas la Hollande (ce qui est inexact et insultant pour ceux qui n’habitent pas les deux provinces hollandaises).

Il faut savoir partir du bon pied. En Occident on peut trouver ringard de mettre des chaussettes avec des sandales, mais en Chine elles sont de rigueur. Les pieds nus, même dans les chaussures les plus stylées, sont inacceptables.

Pour célébrer une rencontre, consolider une amitié ou fêter la réussite d’une négociation commerciale, on trinque dans presque toutes les cultures, même celles où l’alcool est interdit (dans les pays islamiques, on vous proposera du thé ou du café). Mais attention à ce que vous dites en trinquant. Tchin-tchin est bienvenu en Toscane ou dans un pub de Londres, mais mieux vaut l’éviter à Tokyo, où cette expression est celle qu’une mère emploie à l’heure du bain de son petit garçon pour désigner son zizi.

En Allemagne, si vous êtes invité à dîner à 19 heures et arrivez à 19 h 15, on vous trouvera impoli. En Amérique latine, à moins que vous ne vouliez surprendre votre hôtesse en bigoudis, il est plus poli, voire essentiel, d’être en retard. Vous présenter à l’heure pile en Argentine signifie que vous ne pensez qu’à manger. Même chose à Singapour. En Espagne, au Portugal et au Brésil, sachez que si vous êtes invité à dîner à 20 heures, le plat de résistance n’arrivera sans doute pas avant 22 ou 23 heures, voire plus tard.

Laisser un pourboire pour le service est la norme aux États-Unis; «on vous criera après, on vous pourchassera même dans la rue si vous ne le faites pas». En Italie vous devez laisser un pourboire en plus du service indiqué sur l’addition. En Thaïlande, au Japon et en Nouvelle-Zélande, cette pratique n’est pas dans les mœurs et un pourboire sera en général refusé. Le pays le plus hostile aux pourboires est l’Islande, «où payer plus que l’addition est jugé insultant».

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Notre planète n’est pas encore uniforme. Nous vivons dans un monde plein de comportements étrangement variés. C’est ce qui rend les voyages si extraordinaires.

Marc McCrum, On se fait la bise?, guide international des bonnes manières, traduit de l’anglais par Laurent Bury, Paris, Éditions du Seuil, 2008, 272 pages, 29,95 $.

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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