Trop rare intérêt pour l’art africain

Afrique

DADA AFRICA, éditions Hazan, 2017, broché, 16,9x24 cm, 228 pages avec illustrations. AFRIQUE à l'ombre des dieux, Coédition Congrégation du Saint-Esprit / Somogy éditions d'Art, 2017, cartonné contrecollé, 24,6x28 cm, 203 illustrations, 220 pages, 39,00 €.


24 juin 2018 à 11h00

L’art africain, l’art de l’Afrique subsaharienne plus précisément, a trouvé sa place parmi les autres arts du monde dont nous parlons habituellement dans cette chronique.

Mais les occasions de découvrir cet art si particulier sont rares, car les musées d’art du Canada ne disposent pas d’une section qui lui consacrée, et les expositions temporaires qui en présentent des œuvres, comme celle du Musée des beaux-arts de Montréal en 2006, ne sont pas fréquentes.

Aussi, l’occasion qui se présente de découvrir cet art sans avoir besoin de se déplacer, d’aller par exemple au Musée des arts premiers à Paris, est la bienvenue. Et ce sont deux éditeurs qui nous donnent cette possibilité avec deux ouvrages différents, mais tous deux sources de découvertes intéressantes.

Art africain
Statue magique, Dada Africa p. 181

La révolte artistique dadaïste

Tout a commencé en Suisse, à Zurich, avec ce que l’on a appelé «la révolte artistique dadaïste», qui est née en 1916 pendant la Grande Guerre. Elle s’exprime par un rejet des valeurs traditionnelles et la création d’un mouvement artistique dont le nom, dada, aurait été trouvé en glissant un coupe-papier dans un dictionnaire Larousse.

Zurich accueillait alors plusieurs artistes qui, ayant fui les horreurs de la guerre, remettent en cause toutes les conventions et contraintes idéologiques et esthétiques établies. Les artistes font preuve d’un esprit irrévérencieux, d’une créativité sans bornes, d’une recherche sans limite de toutes les formes de liberté.

C’est le Dadaïsme, présenté dans L’Express du 16 août 2016 sous le titre «L’art pictural en mouvements». Dans ce cadre, une réévaluation d’autres systèmes de pensée et de création s’opère et conduit de nombreux artistes d’avant-garde à s’approprier des types de productions artistiques radicalement autres. Pour la première fois, une exposition à Zurich est consacrée à des objets africains avec des œuvres dadaïstes.

Art africain
Sophie Taeuber-Arp (1889-1943), Motifs abstraits, 1917, Dada Africa p. 88.

Dada Africa

Comme le précisent les éditions Hazan qui publient l’ouvrage Dada Africa, ce petit livre est un «catalogue qui présente une confrontation de sculptures extra-occidentales avec des peintures, sculptures, collages et photographies dadas créés entre 1916 à 1920, illustrant ainsi les liens de ce mouvement artistique avec la culture et l’art africains, amérindiens ou asiatiques».

Des textes accompagnent une multitude impressionnante de reproductions en noir, mais aussi en couleur. On peut ainsi profiter des échanges qui confrontent œuvres africaines et autres avec celles de dadaïstes.

Influences africaines et océaniennes

Il vaut la peine de citer quelques titres révélateurs qui surprennent et suscitent la curiosité du lecteur. Dada est plus que Dada, Dada à la rencontre des arts et cultures du monde, Dada, le primitif du primitivisme, Ainsi naquit le dadaïsme, Dada galerie, Danse, danse ma belle insouciance, Le monde brûle et tu ris… jaune, Dada fusion, etc. «Exaspérer le public par nos extravagances n’était pas le moindre de nos plaisirs.» (Couverture)

Ainsi, Dada Africa, le titre d’une exposition singulière, est aussi celui d’un livre qui propose de retracer les influences africaines, mais aussi océaniennes en Occident au sein du mouvement Dada, né pendant la Première Guerre mondiale. On ne saurait mieux en décrire l’intérêt.

Art africain
Statue de chien à pouvoir magique, Afrique p. 176

L’Afrique et ses dieux

L’ouvrage que proposent les Éditions d’Art Somogy, L’Afrique à l’ombre des dieux, est à la fois particulier et original. Il repose sur ce qu’une société religieuse française, la Congrégation du Saint-Esprit, a recueilli et collectionné sur l’art africain, lors de son implantation missionnaire en Afrique. La perspective originale de ces conquérants spiritains n’était certainement pas de glorifier l’art africain.

Mais comme l’exprime l’éditeur, «un patient travail de recherche, mené depuis plusieurs années, a permis d’éclairer l’histoire du fonds spiritain, mais aussi de découvrir de nombreux objets inédits, dont quelques authentiques chefs-d’œuvre de l’art africain. Accompagnées de documents d’archives rares et d’analyses des plus éminents spécialistes de l’Afrique équatoriale, les collections de la Congrégation du Saint-Esprit sont ici enfin présentées au grand public dans toute leur diversité et leur richesse.»

Reproductions

Grâce à ce livre, il est possible de découvrir des réalisations artistiques de l’Afrique équatoriale (actuels Gabon et Congo) où cette société était présente. De nombreux objets inédits, dont quelques authentiques chefs-d’œuvre de l’art africain, accompagnés de documents d’archives rares, sont ainsi mis à notre disposition.

Art africain
Statuette à pouvoirs, Afrique p. 180

Parmi plus de 209 illustrations, on peut voir et examiner de près grâce à la qualité de leur présentation, des statues, des masques, des animaux, des objets du quotidien, des sculptures rituelles. Au fil du temps, cette société a collecté d’importants ensembles, qui sont restés largement méconnus et sont ici enfin mis au jour.

Les articles qui accompagnent les reproductions ainsi que quelques photographies d’époque expliquent à la fois l’action ethnologique des missionnaires et l’art qu’ils ont découvert sous des formes diversifiées et significatives.

Le lecteur se trouve plongé dans l’ambiance qui régnait alors dans ce milieu où coexistaient deux cultures aussi différentes qu’antagonistes sur bien des points. Ce qui rend la lecture de ces textes aussi intéressante que la découverte de cet art que des Occidentaux ont faite et que le lecteur fait aussi avec eux.

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