Quand la démesure est la mesure de l’art

Mitchell et Riopelle: un couple explosif

Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle dans le séjour de l’atelier-appartement de la rue Frémicourt, Paris, 1963. (Photo: Heidi Meister/MNBAQ, reproduite sur la couverture du livre d'art.)
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C’est une exposition très originale que présente le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) jusqu’au 7 janvier 2018, en réunissant des œuvres d’un couple d’artistes célèbres, Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle.

Leur histoire qui mêle passion sentimentale et créativité artistique est unique et légendaire, dans un dialogue où ils se complètent, s’opposent, se passionnent et finalement se séparent.

C’est la première fois que se trouvent réunis Mitchell et Riopelle dans une exposition et le livre d’art qui l’accompagne. C’est un «couple dans la démesure… géants de l’art moderne» pour reprendre des expressions du MNBAQ. «L’exposition se veut une ode à la création, une véritable célébration de la peinture dans toute sa force et sa magnificence.»

La ville, 1949, Jean-Paul Riopelle, huile sur toile, 100x81 cm. Collection particulière (Photo: Christine Guest, MNBAQ. Succession Jean-Paul Riopelle/SODRAC 2017)
La ville, 1949, Jean-Paul Riopelle, huile sur toile, 100×81 cm. Collection particulière (Photo: Christine Guest, MNBAQ. Succession Jean-Paul Riopelle/SODRAC 2017)

Riopelle

Jean-Paul Riopelle est né à Montréal le 7 octobre 1923 et il est décédé le 12 mars 2002 à Saint-Antoine-de-l’Isle-aux-Grues.

Très tôt, Jean-Paul montre son intérêt et ses capacités pour le dessin. Son père le confie à un artiste montréalais, Henri Bisson (1900-1973), peintre-sculpteur, l’homme «qui sait tout faire».

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De 1943 à 1946, Riopelle étudie à l’École du meuble, où il suit l’enseignement de Paul-Émile Borduas (1905-1960).

Sa carrière artistique est lancée avec succès à Paris d’abord puis au Canada. Il la termine avec des œuvres célèbres et «quatre premiers prix internationaux, et devient, par le fait même, l’un des plus grands peintres de l’histoire du Canada».

Mitchell

Joan Mitchell est née le 12 février 1925 à Chicago dans une famille fortunée. Son père était médecin.

Les arts intéressent très vite sa fille qui fréquente l’Institut d’art de Chicago où elle obtient un baccalauréat puis une maîtrise en art. En 1955, Joan Mitchell se rend à Paris et rejoint un groupe d’artistes étatsuniens qui y travaillent.

C’est là qu’elle rencontre Jean-Paul Riopelle, qui fréquente aussi ce même groupe. Ils auront d’abord une relation à distance, Mitchell étant revenue à New York, Riopelle restant à Paris. Mais ils correspondent régulièrement. Jusqu’en 1959, Joan passera l’été à Paris et l’hiver à New York.

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Joan Mitchell, sans titre, 1989.
Joan Mitchell, sans titre, 1989.

En couple en France

Joan s’installe définitivement en France en 1959 auprès de Riopelle qui sera son compagnon jusqu’en 1979.

«Leur relation… faite d’une réelle admiration mutuelle, est également fort orageuse. Vers la fin des années 60, le couple vit des moments tumultueux: leurs caractères passionnels et compulsifs ne sont plus accordés et tout explose.»

Leur rupture a lieu en 1979. Joan Mitchell meurt à Paris le 30 octobre 1992.

Les œuvres de Mitchell sont souvent de grandes dimensions, couvrant deux panneaux. Ses tableaux sont très expressifs et émouvants. «Pour aimer Joan Mitchell, il faut aimer la peinture. Non pas la peinture qui raconte, ou la peinture qui illustre ou qui représente, mais la peinture pour elle-même, dans sa couleur, sa matérialité, dans le geste qui la fait venir sur la toile.» (L’Humanité.fr,, 2 septembre 2014)

L’exposition

Riopelle et Mitchell «ont formé un grand couple mythique, mais c’est assez nouveau qu’on les considère ainsi, qu’on étudie leur œuvre à partir de cet angle du couple et de l’effervescence créative que leurs confrontations et leurs discussions ont pu nourrir.» (Michel Martin, commissaire de l’exposition)

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Le MNBAQ présente donc, pour la toute première fois dans l’histoire de l’art, un croisement inédit de l’œuvre de ces deux peintres, sous le titre Mitchell | Riopelle. Un couple dans la démesure. Le Musée a rassemblé 60 œuvres majeures pour retracer la carrière artistique respective des membres de ce couper depuis leur rencontre jusqu’à leur séparation, pendant 25 ans environ.

Cette présentation explore comment ces deux artistes ont pu à la fois travailler séparément tout en ayant des échanges sur l’art abstrait qui leur tenait à cœur, donnant lieu à une sorte de provocation de l’un envers l’autre.

Joan Mitchell, Tilleul, 1977, pastel sur papier, 48,9x35.6 cm.
Joan Mitchell, Tilleul, 1977, pastel sur papier, 48,9×35.6 cm.

Livre d’art

C’est aussi le grand intérêt du superbe ouvrage qui accompagne cette brillante exposition, en permettant d’avoir un regard plus attentif aux œuvres exposées. Car ce «catalogue incontournable pour une exposition inédite» de 298 pages propose des textes explicatifs de plusieurs spécialistes.

Voici quelques titres révélateurs: Mitchell I Riopelle: La peinture témoigne, La rencontre et ses effets: 1955-1958, Les années rue Frémicourt: Résonances et dissonances 1959-1969… Vers la rupture 1878-1879, Chronologie croisée.

Ces titres servent de présentation aux œuvres comparatives des deux artistes, en fonction de leur évolution au sein de leur couple. C’est pourquoi cet ouvrage, avec toutes ses reproductions, ses photographies et ses articles, constitue à lui seul une œuvre d’art que l’on emportera à la suite d’une visite de cette exposition ou que l’on se procurera avant une visite pour mieux apprécier ces tableaux comparatifs abstraits avec lesquels on peut ne pas être très familier.

C’est incontestablement un autre succès d’une exposition originale que les lecteurs qui ne se rendent pas participer aux réjouissances de fin d’année à Québec pourront obtenir avant ou après cette exposition, qui sera aussi présentée en février à Toronto, au Musée des beaux-arts de l’Ontario.

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