Toronto au cœur d’un roman identitaire

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Avec Le complexe de Trafalgar, Didier Leclair signe son cinquième roman. Le complexe dont il est question a été inventé de toute pièce pour désigner la capacité de domination linguistique tellement ancrée chez l’anglophone canadien qu’il en a «une impression d’invincibilité». Toronto en serait un terreau fertile.

Le personnage principal est Vic Boudreau, un Franco-Ontarien de Sudbury, maintenant établi à Toronto comme psychothérapeute. Il se demande si son entourage n’a pas intérêt à mieux saisir sa facette francophone. Il ressent «un mensonge généralisé l’encercler et il [veut] à tout prix desserrer son étreinte, à défaut de pouvoir l’annihiler».

Didier Leclair a évidemment beaucoup réfléchi à la dualité linguistique qui caractérise son pays d’adoption.

Il écrit que plusieurs anglophones savent que les Canadiens français existent, «mais ils nous perçoivent comme quantité négligeable même si on est protégé par la constitution canadienne. Par exemple, dès qu’on touche aux questions de langues officielles, ou qu’on envisage d’amender la constitution canadienne, on provoque une psychose générale. La levée de bouclier est symptomatique du “complexe de Trafalgar”».

Vic Boudreau est originaire de Sudbury, là où l’auteur à fait ses études universitaires.

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Pas étonnant alors qu’on trouve des références à CANO et à la chanteuse Rachel Paiement. La musique de CANO et la chanson Mon pays lui rappellent le référendum de 1995 et «la négation de soi contre laquelle, en tant que francophone en dehors du Québec, il luttait constamment».

Toute l’action du roman se déroule à Toronto et l’auteur nous promène du quartier cossu de Forest Hill à celui de Baby Point, en passant par Harbourfront, les quartiers grec et polonais, le Path ou labyrinthe souterrain, L’Auberge du Pommier près du métro York Mills et le «marché Wychwood Barns avec sa haute cheminée en brique rouge décorée de cinq anneaux géants multicolores».

L’auteur note l’immeuble de la librairie Chapters avec son Rubik’s cube et l’ancienne librairie Champlain.

Vic est un psy franco-ontarien qui vit en anglais depuis vingt ans. Il sait qu’un phénomène qui ce manifeste régulièrement cesse alors d’être anodin. Cela devient «un bras de fer inconscient entre ce qu’on était et ce qu’on refusait de devenir, entre être “français” et le refus de devenir “anglais”».

Le roman nous montre comment un Franco-Ontarien s’est adapté au monde anglophone à tour de bras.

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«Mais le Franco-Ontarien n’a jamais disparu. Il [veut] maintenant… penser davantage en français.» Il se demande si le fait d’avoir épousé une anglophone ne l’a pas coupé de ses racines. L’auteur nous force à nous regarder dans le miroir des incertitudes.

Dans Le complexe de Trafalgar, Didier Leclair se demande aussi si certains immigrants qui arrivent à Toronto ne cherchent pas inconsciemment à vivre dans le passé «même quand ils croient vivre dans le présent».

La dédicace du roman se lit comme suit: «À Didier Kabagema, de la part de l’écrivain». Pour qui sait que Didier Leclair est le pseudonyme de Didier Kabagema, on devine toute l’importance que revêt l’ici maintenant.

Le complexe de Trafalgar, 240 pages, 20 $.

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