TIFF: Coup d’oeil sur les bobines francophones

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Contre toute espérance, de Bernard Émond. Avec Guylaine Tremblay et Guy Jodoin. Canada, 1h29, 2007.

Réjeanne et Gilles mènent une vie modeste pleine de bonheur. Alors qu’ils viennent d’acheter leur première maison à crédit, un accident vient mettre en péril leur bien-être. Gilles, atteint d’un accident cardio-vasculaire, perd une partie de ses capacités motrices et cérébrales et se voit contraint d’abandonner son travail.

Un premier coup dur pour le couple, qui se concrétise rapidement. En pleine période de restructuration économique, la compagnie de centre d’appels qui emploie Réjeanne est vendue à un grand groupe américain et Réjeanne perd également son emploi.

Gilles, partiellement rétabli, décide de tenter de retrouver le monde du travail afin de participer de nouveau au dynamisme financier du couple, mais subit alors un second accident cardio-vasculaire. Une nouvelle épreuve qui plonge cette fois le couple dans un mutisme inquiétant.

Alors qu’elle se démène pour solutionner les problèmes, lui se renferme sur lui-même et refuse de se reprendre en main. Commence alors une descente aux enfers pour le couple.

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Bernard Émond est de ces réalisateurs qui ont la faculté de développer avec une lucidité et une pertinence rares l’intérieur de ses personnages. Centré sur le combat de Réjeanne et Gilles, le film n’est pas à proprement dit une prouesse technique, mais incontestablement une réussite humaine portée avec brio par un duo impressionnant.

Guylaine Tremblay épouse parfaitement les traits de Réjeanne, une femme forte qui lutte jusqu’au bout contre les aléas de son existence et offre un contraste fort avec la démission progressive de Gilles (Guy Jodoin), dont l’inhibition évolutive intrigue et surprend par sa justesse.

S’il ne fera sans aucun doute pas l’affiche de ce TIFF, Contre toute espérance reste une oeuvre passionnante, aussi peu divertissante qu’elle est enrichissante.

Madame Tutli-Putli, de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski. Court-métrage d’animation de marionnettes, sans paroles. Canada, 17 min, 2007.

Plantée sur le péron d’une gare fantôme, Madame Tutli-Putli traîne avec elle une ribambelle de souvenirs encombrants. Assise dans ce train qui semble n’aller nulle part, acculée contre la vitre, elle se tord sur son siège, mal à l’aise face à des passagers quelque peu menaçants.

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Dehors, la lumière baisse. Madame est frêle, livide, ses yeux sont rougis et son regard s’égare. Est-elle malade? Fatiguée? A-t-elle perdu la tête? Mystère… Elle s’enfonce dans un délire onirique et y perd pied. Doit-elle, pour revoir la lumière, suivre cet insistant papillon qui la poursuit depuis la gare?

Les deux réalisateurs ont fait le pari de donner vie à des marionnettes… Pari tenu! Le film surprend agréablement par le réalisme des personnages. Leurs mimiques semblent plus vraies que nature et les jeux de lumière sur leurs visages recréent parfaitement l’atmosphère d’une journée qui tire à sa fin.

Ce film est noir, inquiétant, et fait ressurgir ces peurs enfantines que l’on a oubliées en grandissant: peur du noir, des ombres, de ces bruits étranges émergeant de la nuit. À ces angoisses viennent se mêler les propres terreurs de Madame Tutli-Putli, issues peut-être d’un passé douloureux. Le sens de ce court-métrage est difficile à saisir.

Peut-être y en-a-t-il autant que de spectateurs curieux de se plonger dans l’atmosphère troublante de ce train abandonné…

Les Chansons d’amour, de Christophe Honoré. Avec Louis Garrel, Ludivine Sagnier et Chiara Mastroianni. France, 1h40, 2007.

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Ismaël et Julie, jeune couple parisien, inaugurent un concept jusqu’alors étranger au sein de leur vie: le ménage à trois. Mais l’arrivée d’Alice dans leur quotidien ne se fait pas sans heurts et Julie nourrit peu à peu une certaine jalousie à l’égard d’Alice, sans pour autant se détacher d’elle. Alors que le trio peine à trouver une saine stabilité, il est frappé par un événement macabre.

Au sortir d’un concert, Julie est victime d’une attaque cardiaque et passe de l’autre côté de la barrière. Ismaël très proche de la famille de Julie, joue de son côté charmeur et comique pour soutenir ses soeurs. Mais de son côté, alors qu’il montre un visage fort et positif à tout le monde, il entame une crise identitaire majeure, à la recherche de lui-même.

Avec Les Chansons d’amour, Christophe Honoré avait pris un risque: celui de renouer avec un genre totalement démodé en Europe, en l’occurrence la comédie musicale. Et le pari est plus que réussi!

Si l’on regrette parfois la musicalité des interprétations, leur contenu est troublant, touchant et pertinent. Les chansons servent à merveille le propos du film qui, sans pour autant atteindre des sommets, est porté avec brio par Louis Garrel (Ismaël) en bobo parisien.

Sa compagne à l’écran, Ludivine Sagnier (Julie), joue avec une justesse irréprochable tandis que Chiara Mastroianni, dans le rôle de sa grande soeur Jeanne, adopte une attitude un peu maternelle à l’égard d’Ismaël qui lui sied à ravir.

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Et que dire des images de Paris qui, loin des clichés habituels, nous font découvrir ou retrouver une ville intime et intrigante. Définitivement l’un des films à ne pas manquer au sein de cette programmation du TIFF 2007.

Sous les toits de Paris, de Hiner Saleem. Avec Michel Piccoli, Mylène Demongeot, Maurice Bénichou. France, 1h41, 2006.

La caméra s’élève sur les toits de Paris…et plonge, brutalement. Sous les toits, la lumière est blafarde, sinistre, les murs verdâtres suintent d’humidité et lorsqu’un homme succombe à une dose de trop, il n’y a pas grand monde pour le pleurer.

C’est dans ce microcosme sordide que vit Marcel. Ce vieux parisien traîne péniblement ses années sous les combles de Paris. Une mansarde obscure, sinistre tombeau à l’odeur fétide, sert de décor à ce film caricatural.

Comme la grosse Madame Rosa de La Vie devant soi, Marcel s’échine à monter les escaliers. Combien de temps tiendra-t-il? L’agonie sera longue… surtout pour le spectateur qui sent depuis les premières minutes que le vieil homme finira par rendre l’âme dans la plus cruelle indifférence.

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Marcel est seul. Ou presque. Son fils l’ignore, son ami partira, son amante disparaîtra. Pendant ce temps, le ciel est gris à Paris, la pluie ruisselle sur le carreau du vasistas, le tonnerre gronde. Le pauvre vieillard est seul au monde! Sortez vos mouchoirs spectateurs ingrats qui ne prenez pas soin de vos ancêtres!

Loin de faire dans la dentelle, le réalisateur se complait dans un misérabilisme pathétique. Ce film est déprimant, lent et peu crédible. À bon entendeur…

Gene Boy revient chez lui, d’Alanis Obomsawin. Documentaire. Canada, 24 min 30, 2007.

Gene boy, c’est l’histoire d’un retour aux sources salvateur. Gene Boy s’appelle en réalité Eugene Benedict. Il est abénakis et vit dans la réserve d’Odanak, au Québec. À 59 ans, au volant de son car scolaire, Eugene semble avoir retrouvé une paix intérieure. Mais les médicaments l’aident encore à tenir.

Enfant malmené dans une école catholique, adolescent égaré dans des chantiers de construction, il s’engage à 17 ans dans l’armée américaine. Et attérit au Vietnam. Il y restera pendant presque deux ans.

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Mais le retour à la vie civile est difficile: «On n’avait pas été réendoctrinés pour vivre normalement», explique-t-il. Cauchemars, pensées suicidaires…

Il décide de revenir à Odanak; ce sera un choix salutaire. Ce retour aux sources n’est certes pas sans déconvenues, la vie n’y est plus la même que jadis, certains savoir-faire se sont perdus. Mais c’est là que sont les racines d’Eugene, et c’est là qu’il mourra.

Alanis Obomsawin réalise ici un portrait touchant. Elle a elle-même grandi à Odanak et ce retour en terre d’enfance semble aussi être un peu le sien. Ce documentaire est de facture simple, dépouillée. La réalisatrice va droit au but, dévoilant sans fioritures les vicissitudes d’une vie.

Ce film n’est pas un chef-d’oeuvre mais peu importe: il aura réussi à retenir juste à temps une bribe de la mémoire abénakise.

L’ennemi intime, de Florent-Emilio Siri. Avec Benoît Magimel, Albert Dupontel, Aurélien Recoing. France, 1h48, 2006.

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Algérie, 1959. Dans un maquis de Kabylie, les fellaghas rôdent. Un jeune lieutenant français prend la relève du commandement.

Mais quel est le fil conducteur de ce film? Difficile à dire. Est-ce la transformation de l’idéaliste lieutenant en cruel soldat? Son amitié naissante avec un sergent endurci? Les horreurs de la guerre d’Algérie, avec son lot de massacres et de torture? La poursuite du mystérieux fellegha Slimane qui file entre les doigts des soldats français? Florent-Emilio Siri semble ne pas le savoir lui-même…

Le film reste superficiel, n’entre jamais dans le vif du sujet – mais quel est ce sujet? – et traîne en longueur. Les dialogues sont prévisibles, convenus. «Ce crime ne restera pas impuni!» s’exclame un gradé de l’armée française… mais sa colère fait plus sourire que trembler.

Au bout du compte, on quitte la salle avec un sentiment de déjà-vu et l’impression d’avoir perdu son temps…

J’ai serré la main du diable, de Roger Spottiswwoode. Avec Roy Dupuis, Deborah Unger, Jean-Luc Anglade. Canada, 1h30 environ, 2007.

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En 1993, l’ONU met en place une mission pour assurer le maintien de la paix au Rwanda, alors que le pays traverse l’une de ses plus graves crises politiques. À l’époque, les instances internationales offrent le commandement au général des Forces armées canadiennes Romeo Dallaire.

Un an plus tard, c’est mains liées qu’il assistera à l’un des plus importants génocides des années 90. Sa portée dévastatrice verra s’éteindre plus de 800 000 Tutsis face a la barbarie des Hutus et l’indifférence d’une communauté internationale qui detournait alors son regard des atrocités commises dans un petit pays d’Afrique qui ne présentait aucun intérêt stratégique.

Sorti en 2003, J’ai serré la main du diable: la faillite de l’humanité au Rwanda décrivait le quotidien d’une population en proie aux pires atrocités, et dont la protection était assurée par un contingent drastiquement réduit.

Particulièrement remarqué à sa sortie, le livre du général Roméo Dallaire offrait une perspective plus brute, moins scénarisée de ce que le Rwanda avait vécu il y a un peu plus d’une dizaine d’années. À l’image du livre, le film éponyme de Roger Spottiswoode est très bien senti.

Alors que certains longs-métrages prennent le parti de montrer le génocide au cœur de la population – Hotel Rwanda notamment – J’ai serré la main du diable offre un point de vue différent. Celui d’un général qui ne peut que constater son impuissance a solutionner un problème dont il ne maîtrise, au final, que quelques variables.

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Le général Dallaire, incarné à l’écran avec brio par Roy Dupuis, apparait sur l’ensemble du film comme quelqu’un de déterminé et passionné – l’auteur y sera probablement pour quelque chose – mais dont la position est des plus complexes. Et ce petit jeu politique, dont il n’est au final pas maître, divertit autant qu’il instruit.

J’ai serré la main du diable est sans conteste l’une des attractions majeures de la délégation francophone au TIFF cette année.

Nos vies privées, de Denis Côté. Avec Penko Gospodinov, Anastassia Liutova et Jean-Charles Fonti. Canada, 1h22, 2007.

Dans Nos vies privées, Denis Côté explore l’amour, ses prémisses et ses non-dits. Poésie.

Dans un coin reculé de la campagne québécoise, une jeune femme bulgare (Anastassia Liutova, lumineuse) attend son homme (Penko Gospodinov, juste). Qu’elle n’a jamais vu. Parce qu’ils se sont connus sur Internet.

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Le dernier opus de Denis Côté (qui avait signé les acclamés États nordiques), porte sur un terme résolument moderne, donc. On y parle de webcam, de mails et de chat-room.

Mais si le discours aborde parfois les «innovations» technologiques, la forme, elle, est tout sauf technique. Le discours, filmé majoritairement en bulgare, est à la fois profond et poétique. Tout comme le sont d’ailleurs ces images, d’une beauté étincelante et souvent sensuelle.

Malheureusement, si le film ne peut faire autrement que de fasciner par son début rempli de promesses, puis d’étonner par son développement peuplé de revirements parfois brusques, il laisse sceptique par sa fin.

Une fin qui arrive de manière brusque et innattendue, ne nous donnant ni explication, ni dénouement. Seulement matière à un perplexe questionnement. Mais, d’un autre côté, l’amour n’est-il pas peuplé de questions? Un film intriguant.

La fille coupée en deux, de Claude Chabrol. Avec Ludivine Sagnier, François Berléand et Benoît Magimel. France, 1h55, 2006.

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Dans le tout dernier Chabrol, La fille coupée en deux, amour, adultère et vengeance sont au menu… Un vrai bon Chabrol, quoi.

Un vieil écrivain bourru (François Berléand), une femme trop gentille pour être vraie (Valeria Cavalli), une autre séduisante et volage (Mathilda May), un jeune homme riche et dérangé (Benoît Magimel), une mère bourgeoise obsédée par les apparences (Caroline Sihol) ainsi qu’une jeune fille ambitieuse et intrépide (Ludivine Seigner).

Les personnages sont là. Tout comme le sont les thématiques. Passion maladive, jeux de pouvoir, de sexe et d’argent, trahison ultime, tromperie mesquine.

Muni de ses habituels atouts, Chabrol plonge le spectateur dans une fable contemporaine aux accents d’un vaudeville qui tourne rapidement au drame. Les caractères masculins y prennent néanmoins le dessus sur leurs comparses féminines. Au sein du scénario, certes, mais surtout au niveau de leurs performances.

Comme dans L’Ivresse du pouvoir, Berléand en impose avec son rôle d’anti-héros arrogant, tandis que le jeune Magimel manie adroitement un personnage qui aurait facilement pu tomber dans le cabotin.

Bien que juste, Seigner ne s’avère pas toujours convaincante. Contrairement au Swimming Pool d’Ozon dans lequel elle crevait l’écran dans ce rôle de jeune fille ultra sexuée, elle semble dans ce Chabrol plus effacée et parfois même mal-à-l’aise dans la peau de cette ingénue découvrant le pouvoir de l’érotisme. Mais l’ensemble demeure très réussi.

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