Terre d’aucun homme: l’amitié dans les tranchées

Patrick Bouvier, Terre d’aucun homme
Patrick Bouvier, Terre d’aucun homme, roman, Montréal, Éditions Fides, 2021, 198 pages, 24,95 $.
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Selon Le Petit Robert, no man’s land est une expression qui date d’environ 1915 et qui est traduite par «terre d’aucun homme». Sa première signification est la zone comprise entre les premières lignes de deux armées ennemies. Terre d’aucun homme est le titre du roman de Patrick Bouvier qui décrit l’amitié et le quotidien de deux frères d’armes dans les tranchées, en France, lors de la Première Guerre mondiale.

«L’amitié se forge de peu de choses»

Entre les balles qui sifflent au-dessus de leur tête, le mugissement des canons qui vomissent leurs munitions, les rafales de mitraillettes et les obus lancés sans cibles précise, François et Antoine pataugent dans des odeurs de boue, de poudre et de mort.

C’est dans ce milieu que, «entre les hommes, l’amitié se forge de peu de choses». Cette phrase leitmotiv parsème le roman, revenant à au moins sept reprises.

Les tranchées donnent la sensation d’être emprisonnés en plein air. Leur unique porte de sortie est le no man’s land. C’est un endroit où la mort ne constitue qu’un incident de parcours. François et Antoine jurent de veiller l’un sur l’autre. Leur amitié sera mise à rude épreuve, bien entendu.

Pluie de balles et de bombes

Plusieurs scènes se déroulent sous la pluie, celle qui laboure la terre plus qu’elle ne la caresse, mais surtout la pluie de balles, de bombes, de pièces de mortier, d’obus, de fer et d’acier. Ici, la pluie donne moins la vie qu’elle ne l’enlève.

Le roman souligne la tension, voire la haine, qui existe entre un haut gradé anglophone et ses subalternes francophones. Le lieutenant-colonel est un raciste de souche irlandaise qui peste contre les soldats canadiens-français. Il les qualifie de fainéants, d’hypocrites et de Pea Soup.

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Patrick Bouvier souligne, à la dernière page, que 25 militaires canadiens ont été exécutés durant la Première Guerre mondiale pour servir d’exemples.

Cela justifie qu’un de ses personnages soient victime d’«un assassinat perpétré de sang-froid au nom de l’exemple, du courage qu’il faudrait donner à des militaires épuisés, horrifiés, terrorisés, transis dans leurs tranchées».

Héros ordinaires et méconnus

Dans ce roman, tous les soldats sont décrits comme des hétérosexuels dont «la bonne humeur était à son comble quand ils apercevaient un jupon qui dépassait, un chemisier un peu trop échancré, un regard lumineux, ou encore un mollet blanc, laiteux, ferme».

Le fait qu’un soldat puisse être homosexuel et épris d’un frère d’armes est malheureusement passé sous silence.

Bouvier dépeint le quotidien de deux héros ordinaires et méconnus qui conservent, contre vents et marées, un semblant d’humanité. Il illustre comment un humain dans les tranchées attire ceux qui se rappellent l’avoir été. Son écriture est d’un réalisme désarmant et dénuée d’artifices.

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