Sport, alimentation et pseudosciences: une combinaison pas si gagnante

sport, alimentation
Une nutrition variée et saine aidera le sportif à «performer», prévenir les blessures et mieux récupérer. Aucun supplément ne remplace ça! Photo: iStock.com/Akacin Phonsawat
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 04/10/2023 par Isabelle Burgun

Jus de betterave, suppléments alimentaires et régimes de toutes sortes ont la cote dans le monde du sport. Comme tous les athlètes cherchent à améliorer leur performance, les produits sont nombreux sur la ligne de départ, mais ils ont souvent une saveur de pseudosciences.

«Le sport ne fait pas exception en matière de pseudosciences et d’abus de produits douteux. Il est temps de promouvoir la pensée critique» auprès des athlètes et de tous ceux en quête d’une meilleure performance, soutient le directeur de l’Organisation pour la science et la société (OSS) de l’Université McGill, Joe Schwarcz.

Il s’exprimait lors de la récente édition du Symposium scientifique sur l’usage et l’abus des sciences — et des pseudosciences — dans le sport.

Trop beau pour être vrai

Si l’on connaît bien l’image du dopage dans le sport, la prise de produits aux allégations trop belles pour être vraies contamine un milieu en quête du dépassement de soi.

Les adeptes de divers suppléments s’avèrent nombreux chez les sportifs de haut niveau.

Publicité
escrimeur
Alex Cai.

«Beaucoup en prennent pour améliorer leur performance et récupérer plus vite. Ils font confiance à leur coach et manqueront de réels conseils pour éviter les produits problématiques – des stéroïdes anabolisants et des androgènes – pouvant se retrouver dans leurs suppléments et qui peuvent leur nuire sur le long terme », confirme l’escrimeur canadien Alex Cai, membre de l’équipe olympique de Tokyo en 2021.

Champions de la diète

La promotion de ces produits est portée par des vedettes des réseaux sociaux suivis par des millions d’abonnés.

«Des athlètes comme Tom Brady et Cristiano Ronaldo vantent du “non-sens scientifique” pour vendre des produits et suppléments censés donner de la vitalité et de l’énergie », sanctionne le chercheur en science de l’exercice au Centre médical Harbor de l’Université de Californie, Nicholas B. Tiller.

sport, alimentation
Nicholas B. Tiller.

Ces athlètes influencent alors tous ceux qui cherchent à garder la forme, se maintenir en santé ou perdre du poids.

Tiller, qui est aussi auteur du Skeptic’s Guide to Sport Science – Confronting Myths of the Health and Fitness Industry, rappelle que ces vedettes sont généralement commanditées par des compagnies qui produisent ces substances. «Même le champion de tennis Novak Djokovic» se fait commanditer pour propager de la pseudoscience.

Publicité

Il donne également l’exemple de ventouses («cupping»), pour récupérer après une épreuve sportive, utilisées par le nageur olympique Michael Phelps. «Une technique ancestrale chinoise qui n’est ni scientifique ni prouvée», sanctionne-t-il.

Produits contaminés

Dès 2005, une étude sur les suppléments sportifs avait démontré que de nombreux produits étaient contaminés par une variété de stéroïdes anabolisants et d’androgènes, y compris de la testostérone et de la nandrolone ainsi que par de l’éphédrine et de la caféine.

«Un supplément sur sept contenait des stéroïdes — ce qui pourrait exclure ces athlètes des compétitions», rappelle le chercheur. Cette contamination peut résulter de mauvaises pratiques de fabrication, mais il existe aussi des preuves de falsification délibérée des produits.

Comme le souligne de plus Elizabeth Mansfield, de l’Institute for Better Health (Ontario), «dans le processus de fabrication de ces suppléments, il y a parfois des mélanges de protéines et de plantes sans que l’on sache trop comment c’est fait, ni les interactions qui pourraient exister entre ces produits.»

Étiquetage incomplet

Joe Schwarcz, directeur de l’OSS, relève par ailleurs que l’étiquetage de ces produits pose aussi un problème de taille: «le plus souvent, on n’a pas la liste complète de ce que l’on retrouve vraiment dans ces contenants».

Publicité
sport, alimentation
Joe Schwarcz.

Pour le cardiologue et associé aussi à l’OSS, Christopher Labos, les compagnies savent très bien que ce qui est mis dans la bouteille peut contrevenir à la règlementation canadienne, mais leur vente constitue une grande source de revenus pour elles.

De plus en plus de personnes prennent donc ces produits sans savoir exactement ce qu’elles prennent. C’est l’espoir du gain inattendu ou de la petite amélioration qui fera la différence entre deux athlètes sur la ligne d’arrivée. «Si tu n’es pas le premier, tu as perdu, c’est pourquoi certains athlètes vont tout faire pour gagner», illustre Elizabeth Mansfield.

Diète enrichie de betteraves?

Les plus jeunes seraient les plus à risque d’écouter les avis et les conseils de ceux qui «veulent leur bien». «C’est souvent un masseur ou un entraîneur qui a beaucoup d’influence sur le sportif, plus rarement un nutritionniste sportif», ajoute-t-elle.

Et le monde du sport suit avec attention les avancées scientifiques et les nouvelles études pour dénicher la diète qui fera la différence. Celle du moment est la diète enrichie de betteraves. Une petite étude (10 personnes) affirmerait que sa consommation ferait prendre du muscle.

betterave
La betterave fait prendre du muscle? Peut-être. Pourquoi pas? Photo: iStock.com/poplasen

Et qu’en est-il de la diète cétogène — ou «diète kéto» ou «very low carb diet» — faible en glucides et protéines, mais riche en gras ?

Publicité

Nicholas Tiller relève de très petits bénéfices chez les sportifs et peu de recherches scientifiques de qualité pour soutenir ces allégations. Ses adeptes lui attribuent tout à la fois une perte de poids rapide, un regain d’énergie, une récupération rapide.

«On ne voit pas tous ces effets en clinique. Il y a très peu d’amélioration au niveau des performances, alors que cela coûte très cher de s’alimenter de cette façon.»

Boissons énergisantes non recommandées

Quant aux boissons sportives énergisantes, comme le Red Bull, elles seraient à boire avec modération, car le plus souvent, elles contiennent de la caféine, entre autres choses.

sport, alimentation
Christopher Labos.

«De nombreuses boissons dites “énergisantes” contiennent des molécules qui ne sont pas tolérées par tous et non recommandées aux plus jeunes», note encore Mme Mansfield.

Et c’est sans compter «qu’au-delà de l’effet placebo, ils risquent de se retrouver avec des problèmes médicaux qu’ils n’avaient pas avant», résume M. Labos.

Publicité

Comment manger pour se dépasser?

Bien s’alimenter est avant tout ce qui compte pour donner le meilleur de soi. Pour être en santé et actif, il n’y a pas de substituts ou de suppléments nécessaires à une diète alimentaire équilibrée.

«Il faut viser à faire le plein d’énergie dans notre assiette pour bien alimenter notre corps. Le défi est de trouver l’information crédible dans la montagne de communications autour de la nutrition sportive», lance Elizabeth Mansfield, qui est aussi spécialiste clinique en diététique sportive et physiologiste clinique de l’exercice.

Elle relève que la plupart d’entre nous n’avons pas besoin de manger une assiette d’athlète haute en calories pour courir 30 minutes et faire le tour de notre quartier.

Ces assiettes sont souvent très riches en carbohydrates — énergie à long terme, que l’on retrouve dans les céréales, pâtes et riz, les fruits et les légumes riches en amidon (comme les patates). En consommer avant et pendant les compétitions d’endurance peut améliorer la performance et une récupération rapide.

Tout le monde manque de protéines

La prise de protéines importe aussi pour les sportifs, tout comme pour la population en général. «Tout le monde en manque. On ne met pas assez de protéines — des acides aminés essentiels — dans nos assiettes, alors que cela optimise les apports énergétiques nécessaires à notre activité sportive», note-t-elle.

Publicité
sport, alimentation
Elizabeth Mansfield.

Elle recommande de prendre entre 1,2 g et 1,6 g de protéines par kilo de masse corporelle par jour. Ce qui représenterait environ 30 g de protéines à chaque repas. «Cela va ralentir le déclin de la masse musculaire, particulièrement chez les plus de 60 ans, et réparer les muscles endommagés pendant l’effort.»

Et les protéines ne se retrouvent pas juste dans la viande, les œufs et le poisson. De nombreuses protéines sont issues des plantes (soya, légumineuses, noix et graines, etc.). Et lors de nos efforts sportifs, il faut penser à bien s’hydrater — prioritairement avec de l’eau.

Gourous alimentaires

À l’heure où de nombreuses personnes s’informent sur les réseaux sociaux, Mme Mansfield rappelle qu’il importe de se méfier de certains gourous alimentaires. Il vaut mieux aller directement dans une clinique de nutrition sportive ou consulter son médecin, celui qui a en main notre dossier médical, avant d’entreprendre des changements radicaux dans notre alimentation.

«La nutrition sportive, c’est un marché lucratif générant des millions de dollars. Il importe d’aller à la source de l’information et de suivre les données scientifiques, mais surtout de retourner à la base de l’alimentation — avec des aliments sains et les moins industriels possible. Le supplément devrait venir en dernier», ajoute Mme Mansfield.

Bref, une simple nutrition variée et saine aidera le sportif, qu’il soit de haut niveau ou du dimanche, à «performer», à prévenir la fatigue et les blessures, à mieux récupérer après l’effort et à atteindre de meilleurs résultats. Aucun supplément ne pourra remplacer ça!

Publicité

Auteurs

  • Isabelle Burgun

    Journaliste à l'Agence Science-Presse, média indépendant, à but non lucratif, basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada et la seule de toute la francophonie qui s'adresse aux grands médias plutôt qu'aux entreprises.

  • Agence Science-Presse

    Média à but non lucratif basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada.

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur