Soif de drame et de passion

Brigitte Aubert, Mémoires secrets d’un valet de cœur, roman, Paris, Éditions du Seuil, 2017, 320 pages, 39,95 $.
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Bienvenus dans le Paris de 1915, tel que décrit dans les Mémoires secrets d’un valet de cœur. Ce thriller de Brigitte Aubert lève le voile sur les travestis ou transgenres avant le mot – «femmes nous voulions être, hommes nous étions» – en imaginant une intrigue qui met en scène tout «un corps d’élite chargé des vices privés».

L’Hôtel Sélignac est dirigé par un banquier du sexe. Les travestis vendent leur corps mais gardent leur tête, surtout André/Dédée. Il parle d’elle-même au féminin et plaît aux messieurs qui, pour satisfaire leur contentement, ont besoin à la fois de l’apparence féminine et des attributs masculins.

Un tueur en série rôde dans le sixième arrondissement afin d’éradiquer les erreurs de la nature. Est-ce pour assouvir sa haine ou taire son désir honteux? «Il n’y a rien de plus ambivalent que l’activité érotique.»

Brigitte Aubert
Brigitte Aubert

Cinq meurtres ont lieu en quelques semaines, dont un dans la maison close où Dédée travaille. C’est elle qui est la narratrice et presque l’adjointe du coroner.

Ce thriller illustre bien comment la peur est une seconde nature chez les travestis au début du xxe siècle. «Peur d’être insultée, peur d’être arrêtée, peur d’être humiliée, peur de mourir…» Cela crée automatiquement des réflexes de survie et de protection.

Le roman regorge de références à Gide, Colette, Cocteau et Nijinski. On voit Marcel Proust fréquenter l’Hôtel Sélignac… «afin de se documenter».

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Brigitte Aubert cite des chansons de Mayol ou de Byrec, voire un vers de Gertrude Stein. Comme il s’agit de mémoires écrits cinquante ans après la série de meurtres, il y a aussi quelques paroles de chansons interprétées par Serge Lama, Claude François et Johnny Hallyday.

La romancière aime farcir son texte de mots rares ou d’argot comme «voix de rogomme, parapluie bayadère, griller une cibiche, rentrer fissa au bureau, mettre la main sur deux biffins, ratiociner sur son état mental ou c’est trop dégueulbif».

Elle se plaît aussi à faire des jeux de mots comme «on la tue parce que son neveu est une tante», «j’en ai ma claque de votre clique» ou «le rhum éloigne le rhume».

Lorsqu’un policier somme Dédée d’arrêter de parler de ses collègues au féminin, elle réplique: «On ne vous a pas appris l’accord de genre?» La voilà en avance sur son temps, précurseure des droits basés sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre!

Brigitte Aubert a publié des dizaines de romans, dont certains traduits dans plus de vingt pays. Celui-ci démontre que si l’humanité a peut-être besoin de sexe, elle a encore plus soif de drame et de passion.

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