Soif de drame et de passion

Brigitte Aubert, Mémoires secrets d’un valet de cœur, roman, Paris, Éditions du Seuil, 2017, 320 pages, 39,95 $.


21 janvier 2018 à 8h00

Bienvenus dans le Paris de 1915, tel que décrit dans les Mémoires secrets d’un valet de cœur. Ce thriller de Brigitte Aubert lève le voile sur les travestis ou transgenres avant le mot – «femmes nous voulions être, hommes nous étions» – en imaginant une intrigue qui met en scène tout «un corps d’élite chargé des vices privés».

L’Hôtel Sélignac est dirigé par un banquier du sexe. Les travestis vendent leur corps mais gardent leur tête, surtout André/Dédée. Il parle d’elle-même au féminin et plaît aux messieurs qui, pour satisfaire leur contentement, ont besoin à la fois de l’apparence féminine et des attributs masculins.

Un tueur en série rôde dans le sixième arrondissement afin d’éradiquer les erreurs de la nature. Est-ce pour assouvir sa haine ou taire son désir honteux? «Il n’y a rien de plus ambivalent que l’activité érotique.»

Brigitte Aubert
Brigitte Aubert

Cinq meurtres ont lieu en quelques semaines, dont un dans la maison close où Dédée travaille. C’est elle qui est la narratrice et presque l’adjointe du coroner.

Ce thriller illustre bien comment la peur est une seconde nature chez les travestis au début du xxe siècle. «Peur d’être insultée, peur d’être arrêtée, peur d’être humiliée, peur de mourir…» Cela crée automatiquement des réflexes de survie et de protection.

Le roman regorge de références à Gide, Colette, Cocteau et Nijinski. On voit Marcel Proust fréquenter l’Hôtel Sélignac… «afin de se documenter».

Brigitte Aubert cite des chansons de Mayol ou de Byrec, voire un vers de Gertrude Stein. Comme il s’agit de mémoires écrits cinquante ans après la série de meurtres, il y a aussi quelques paroles de chansons interprétées par Serge Lama, Claude François et Johnny Hallyday.

La romancière aime farcir son texte de mots rares ou d’argot comme «voix de rogomme, parapluie bayadère, griller une cibiche, rentrer fissa au bureau, mettre la main sur deux biffins, ratiociner sur son état mental ou c’est trop dégueulbif».

Elle se plaît aussi à faire des jeux de mots comme «on la tue parce que son neveu est une tante», «j’en ai ma claque de votre clique» ou «le rhum éloigne le rhume».

Lorsqu’un policier somme Dédée d’arrêter de parler de ses collègues au féminin, elle réplique: «On ne vous a pas appris l’accord de genre?» La voilà en avance sur son temps, précurseure des droits basés sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre!

Brigitte Aubert a publié des dizaines de romans, dont certains traduits dans plus de vingt pays. Celui-ci démontre que si l’humanité a peut-être besoin de sexe, elle a encore plus soif de drame et de passion.

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Les Indisciplinés investissent dans un grand spectacle pour leur 10e anniversaire

Indisciplinés de toronto
De plus en plus de nouveaux comédiens et techniciens talentueux
En lire plus...

22 juin 2018 à 15h00

François Bourassa se réinvente

François Bourassa
Le 27 juin au Festival de jazz
En lire plus...

22 juin 2018 à 14h00

Un règlement albertain machiavélique

La Couronne suspend des procédures pour ne pas reconnaître le droit des Défendeurs au français
En lire plus...

22 juin 2018 à 12h30

Aurélie Resch décroche le prix Trillium

Prix littéraire Trillium de l'Ontario
Rare encouragement pour les récits courts
En lire plus...

22 juin 2018 à 11h39

Cannabis : à la poursuite du diamant vert

La légalisation va donner accès à du financement pour la recherche
En lire plus...

Impact économique de l’intelligence artificielle : on cherche encore

Pas de pertes d’emplois ni de productivité accrue
En lire plus...

22 juin 2018 à 7h00

L’espiègle trio jazz Les Malcommodes

les malcommodes
Le 26 juin au Festival de jazz de Toronto
En lire plus...

21 juin 2018 à 13h00

Un test a changé sa vie : dans les pas d’un enfant dyslexique

La Liberté
«J’étais content de savoir que je n’étais pas stupide»
En lire plus...

21 juin 2018 à 10h00

Le véganisme dans le vêtement : trop de plastique ?

Le cuir de kangourou et le polyester plus «verts» que la laine d’alpaga et le cuir de bovin
En lire plus...

21 juin 2018 à 7h00

Technicien(ne) à l’aide technique

Conseil scolaire catholique MonAvenir - Le Conseil scolaire catholique MonAvenir est à la recherche d’une personne permanente, à temps plein (1,0), soit 35 heures par semaine, qui agira à titre de technicienne, technicien à l’aide technique...
En lire plus...

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur