Sécurité linguistique: tout faire pour changer les mentalités

La FJCF présente une stratégie nationale «exhaustive et musclée»

La présidente de la FJCF, Sue Duguay.
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C’est bien connu: partout dans la francophonie canadienne, des gens de tous âges se sentent jugés et critiqués en parlant une langue avec un accent et des expressions qu’ils considèrent légitimes.

«L’insécurité linguistique provient d’un geste, d’une intervention, d’un commentaire, d’un contexte qui menace, blesse, intimide, humilie ou frustre quelqu’un par rapport à la langue ou sa façon de l’utiliser», peut-on lire dans la Stratégie nationale pour la sécurité linguistique que vient de présenter la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF).

Jugement

«C’est symptomatique d’un jugement, non seulement sur la langue, mais sur la culture et l’identité d’une personne qui s’exprime.»

La FJCF a examiné plus d’une soixantaine de documents, reçu 5 mémoires et 25 rapports de conversation, réalisé un sondage sur les réseaux sociaux, et tenu un symposium auquel ont participé plus de 150 personnes.

On fait le constat qu’«il est urgent d’agir.» La présidente de la FJCF, Sue Duguay, est convaincue de teniur ici un plan «ambitieux, exhaustif et musclé».

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Mais «on ne parle pas ici d’un changement du jour au lendemain. C’est un travail à long terme. On souhaite un changement des mentalités.»

Le symposium a rassemblé plus de 150 personnes.

Culpabilité

Les auteurs veulent éliminer toute forme de culpabilité quant aux différents parlers francophones.

«L’insécurité linguistique n’est pas simplement une question d’accents. Nous parlons plusieurs types de français au Canada et ces français canadiens ont évolué au fil des siècles selon les besoins et les réalités locales, souvent très différentes d’une région à l’autre du pays», explique le rapport.

Cette insécurité a de graves conséquences, sa manifestation ultime étant «le silence». Le risque, avance la FJCF, est l’abandon individuel du français et en fin de compte la «chute libre» du nombre de locuteurs francophones dans les communautés hors Québec.

Cela mènerait ultimement à un amoindrissement de la demande pour des services en français, ce qui menacerait d’éroder progressivement des droits acquis.

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Intervention

La Stratégie se décline en quatre grands domaines d’intervention.

ÉDUCATION : La FJCF propose notamment d’améliorer l’accès des francophones aux services de petite enfance et à l’éducation postsecondaire, ainsi que d’intégrer des modules sur la sécurité linguistique aux programmes-cadres des réseaux scolaires francophones.

«Il est aussi essentiel que les salles de classe deviennent des espaces sécuritaires de prise de parole pour les apprenants et apprenantes. Les occasions de prise de parole doivent être plus nombreuses, et les apprenants et apprenantes ne doivent plus se sentir continuellement jugés lorsqu’ils et elles emploient le français.»

MARCHÉ DU TRAVAIL : La Stratégie suggère de sensibiliser les entreprises aux retombées de l’offre active de leurs services en français, de les encourager à utiliser le français à l’interne et d’en maximiser l’usage auprès des clients et des partenaires.

On souligne également l’importance d’encourager les individus à demander des services en français.

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CULTURE ET MÉDIAS : La Stratégie appuie la demande que pilote actuellement la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) auprès du gouvernement fédéral, soit de mettre sur pied une véritable «politique culturelle nationale» et de créer un «Observatoire national sur les arts» qui documenterait la situation culturelle francophone au pays ainsi que ses impacts à l’étranger.

La FJCF souhaite aussi accroître le rayonnement des artistes, des organismes et des produits culturels de la francophonie canadienne ainsi que faciliter l’accès aux produits culturels.

Parmi les pistes d’actions dans ce secteur, on retrouve aussi la volonté d’assurer que les médias — incluant Radio-Canada — diffusent davantage de contenus de la francophonie canadienne, en ondes et sur le Web. Ces contenus iraient des nouvelles aux documentaires en passant par la fiction, les variétés et l’animation. Pour ce faire, le financement doit être accru afin de permettre la création de contenus au sein de la francophonie canadienne.

L’ACELF a lancé des outils sur la sécurité linguistique au symposium de la FJCF.

POLITIQUES PUBLIQUES : La SNSL souhaite que les deux grandes majorités du pays – les anglophones du Canada et les francophones du Québec – viennent appuyer cette démarche. Pour ce qui est du Québec, on vise un renouveau de collaboration entre la province et la francophonie canadienne, en œuvrant par exemple vers une «concertation accrue entre toutes les instances francophones du pays».

Mais là où la Stratégie voit grand, c’est à l’endroit du gouvernement fédéral. Celui-ci, suggère le document, doit «renforcer la promotion du français comme langue officielle» et «rallier ses homologues des paliers provinciaux, territoriaux et municipaux ainsi que ses partenaires communautaires autour d’une véritable stratégie de valorisation des langues officielles».

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Le fédéral doit aller plus loin, revendique la FJCF, et employer une «lentille francophone lors de la conception, de la mise en œuvre et de l’évaluation de ses programmes et politiques – tous secteurs confondus».

Bref, l’objectif ici est que le fait français au Canada devienne une véritable priorité dans toutes les facettes du gouvernement, donc au sein de tous les ministères, agences et instances fédérales.

Pour mieux faire respecter la Loi sur les langues officielles, il est proposé que sa mise en œuvre soit confiée à une agence centrale du gouvernement, comme le propose notamment la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

La SNSL suggère également qu’Ottawa revoie le cadre législatif qui régit la Société Radio-Canada «afin de contraindre le diffuseur public d’accorder une place d’honneur à la diversité culturelle, régionale et langagière de la francophonie canadienne sur ses ondes, notamment au réseau national.»

Projet de société

La Stratégie se veut ambitieuse et dépasse même la question de la sécurité linguistique pour englober la défense et la promotion de l’ensemble des communautés francophones du pays et de leurs droits.

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La FJCF fait de ce dossier l’une de ses grandes priorités, mais elle ne fera pas cavalier seul, précise Sue Duguay «Ce n’est pas un projet qui appartient à la FJCF. C’est une responsabilité individuelle et en même temps collective. C’est un projet de société.»

L’organisme fera donc appel aux différents joueurs de la francophonie ainsi que des communautés anglophones pour que tous agissent de concert dans le but d’assurer la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour la sécurité linguistique.

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