Savant mélange de religion et de politique

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J’ignorais tout de la fête des Fous, célébrée en France au Moyen Âge, avant de lire Tuez qui vous voulez, d’Olivier Barde-Cabuçon.

L’action de ce roman se déroule à Paris, du 25 au 28 décembre 1759, soit le jour de Noël, de la Saint-Étienne, de la Saint-Jean (l’Apôtre) et des Saints-Innocents. L’ouvrage est un savant mélange de religion et de politique.

Juste avant Noël, trois jeunes hommes sont trouvés morts: un étudiant, un bon à rien et un russe déguisé en moine. Tous ont été égorgés, ont eu la langue arrachée et ont bu une potion à l’odeur détestable.

Au moment où le chevalier de Volnay, commissaire aux morts étranges, entame son enquête, «il souffle comme un vent de folie sur toute la ville».

Outre le commissaire Volnay, un des personnages assez sombres du roman est le lieutenant général de la police, Sartine, qui interdit la fête des Fous. Cela n’empêche pas les affiches de fleurir à tous les coins de rue. (Vous serez surpris d’apprendre qui les imprime.)

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Elles clament: «La fête des Fous aura bien lieu cette année. Dansez et moquez-vous de qui vous voulez!» Pourquoi pas «dansez et tuez qui vous voulez», se demande le commissaire Volnay.

Le Paris de 1759 compte 600 000 habitants, une populace qui, au dire du lieutenant Sartine, est «indocile, émotive, irraisonnée et dangereuse. Cette masse aux plaisirs grossiers et indisciplinés indisposait le pouvoir.»

Bien que le lieutenant général ait interdit la fête des Fous, les rues de Paris s’enfièvrent. Les tensions s’exacerbent dans les quartiers populaires et la police craint des débordements car le peuple est seul maître de la rue.

L’esprit de l’antique fête plane sur Paris: les fous deviennent sages et les sages fous.

Et quand les interdits sont transgressés, c’est l’ordre social qui risque de s’inverser. De là, il n’y a qu’un pas pour que la royauté soit menacée. Le lieutenant Sartine entend bien éviter cela.

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Un personnage secondaire mais fort intéressant est le chevalier d’Éon, agent de Louis XV. En poste à Saint-Pétersbourg, il est de passage à Paris juste au moment où le jeune russe est trouvé mort.

Le commissaire aux morts étranges apprend que le chevalier d’Éon fait partie du Secret du roi, une sorte de réseau de diplomates qui se rapportent directement au souverain, à l’insu du ministre des Affaires étrangères. Ce personnage ajoute du piquant à un récit qui en regorge déjà une bonne dose.

Comme vous le savez sans doute, Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d’Éon de Beaumont, dit le chevalier d’Éon (1728-1810), fut un auteur, diplomate et espion français.

Il s’est rendu célèbre grâce à son déguisement qui le faisait passer pour une femme. À sa mort cependant, il fut reconnu par un concile de médecins comme de sexe masculin et parfaitement constitué.

Dans ce roman, on apprend que même s’ils gardent le silence, les cadavres parlent beaucoup! En interrogeant ses trois étranges cadavres, le commissaire Volnay ne tarde pas à apprendre qu’il patauge non seulement au cœur d’une enquête policière mais au sein d’une lutte de pouvoir à la cour de Versailles!

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La société parisienne que dépeint Olivier Barde-Cabuçon est assez gynophobe puisqu’on considère la femme «comme un être vicieux et malicieux, impudique et versatile». On les trouve ici parmi les convulsionnaires dans un cimetière et au premier rang pour se faire crucifier afin de revivre les souffrances du Christ.

Quant à l’homme, il est décrit comme celui qui reste toujours un animal. «Mais la spécificité de sa nature est de dépasser sa nature!»

En écrivant Tuez qui vous voulez, Olivier Barde-Cabuçon se sert d’une ancienne fête moyenne-âgeuse pour rappeler la présence écrasante du peuple. Ce dernier est opposé aux convulsionnaires qui veulent par leur acte prouver la présence divine. Par leur comportement respectif, le peuple et les pseudo-religieux s’en prennent au roi Louis XV, «car celui-ci n’est ni le peuple, ni Dieu.» On sent la Révolution poindre à l’horizon!

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