Prostitution politique et erreurs de débutant

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Le nouveau premier ministre Stephen Harper a commis plusieurs erreurs de débutant dans le court laps de temps écoulé depuis son élection.

Il n’avait pas besoin d’aller chercher un Libéral, David Emerson, pour représenter Vancouver au conseil des ministres. Des élus conservateurs ailleurs en Colombie-Britannique auraient pu s’occuper des Jeux Olympiques et du commerce avec l’Asie. On n’a pas de ministre élu au centre-ville de Toronto et on n’en se porte pas plus mal.

Nommer Michael Fortier au Sénat pour représenter Montréal, c’est moins grave quand on préconise l’abolition du Sénat, sauf que Harper a longtemps réclamé un Sénat élu (qui serait une calamité et viendrait foutre le bordel dans notre système parlementaire déjà dysfonctionnel). De plus, Harper prive son parti de l’argument «votez du bon bord» aux prochaines élections dans les trois plus grandes villes du pays.

On comprend mieux la motivation de David Emerson: c’est de la prostitution politique tout ce qu’il y a de plus traditionnel. Or, justement, Harper avait vertement critiqué cette pratique quand Belinda Stronach, Scott Brison et d’autres étaient passés de son parti à celui de Paul Martin.

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Le refus du premier ministre de collaborer avec le commissaire à l’éthique, Bernard Shapiro, qui veut enquêter sur la nomination de David Emerson, est aussi improductif. Harper a raison sur le fond du débat: il a et il devrait conserver le pouvoir de nommer qui il veut au Cabinet. Changer de parti n’est pas illégal, ni nécessairement immoral, que ce soit pour des raisons idéologiques ou pragmatiques. Mais, encore là, c’est le même Stephen Harper, en campagne électorale, qui réclamait davantage d’indépendance et d’autorité pour ce commissaire à l’éthique!

Le refus de débattre au Parlement de l’engagement militaire canadien en Afghanistan relève de la même duplicité: les Conservateurs promettaient au contraire de revaloriser le rôle des parlementaires. La confusion règne aussi sur l’attitude face au nouveau gouvernement palestinien, le sort du Protocole de Kyoto, le bouclier anti-missile, les accords avec les Autochtones, la transition entre l’ancien et le nouveau programme de services de garde, etc.

Puisque l’opposition est brûlée et ne veut pas d’élections avant plusieurs mois, le gouvernement Harper a le temps de retrouver son équilibre. Il devrait tout de même reconnaître ces erreurs initiales, corriger le tir et – le plus tôt serait le mieux – atteindre une vitesse de croisière.

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