Roman sur le Maroc natal de Soufiane Chakkouche

livre, littérature, roman, essai
Soufiane Chakkouche, Zahra, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Indociles, 2021, 336 pages, 26,95$.
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«– Tu sais, Zahra, il y a des choses que seule toi sais dire. Tu devrais écrire des histoires, tu pourrais commencer par la tienne.
– Celle-là, quelqu’un va l’écrire un jour.»

Ce quelqu’un est Soufiane Chakkouche qui vient de publier aux éditions David le roman Zahra consacré au sort de ces «petites bonnes» issues du Sud marocain et traînées de force dans de riches familles de Casablanca pour se trouver à la merci du maître des lieux.

Jeune fille libre

Zahra est la fille d’Oumaya qui fut cédée dès l’âge de huit ans à une famille de notables casablancais comme petite bonne à tout faire. Lorsqu’elle accouche, on la renvoie dans son village et Zahra est élevée comme une jeune fille libre et bourgeoise.

Quand Oumaya a été violée en une minute et douze secondes, quand elle est devenue «adulte par adultère», elle a perdu sur le coup la foi en la meilleure œuvre d’Allah: l’Homme. Le roman excelle dans l’art d’illustrer comment l’âme humaine peut être nivelée par le vice.

Ébats sexuels

Il y a plusieurs ébats sexuels dans cette histoire tantôt érotique, tantôt poétique. Cela donne parfois lieu à des envolées comme «cette coulée de chaleur, ce torrent de frissons, cette sorcellerie des sens qu’est le sexe, perceur de l’âme et garant de la part animale chez l’homme».

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Zahra rencontre Wassim, un dealer de Haschich, qu’elle trouve séduisant. Elle tombe follement amoureuse de ce jeune homme qui va causer sa déchéance.

Le prénom Wassim signifie «Celui qui se démarque par la beauté de ses traits». Il est cause d’une descente policière et réussit à se sauver. Résultat: la prison injustifiée escroque les vingt plus belles années de Zahra.

Prénoms et mots arabes

Chaque fois qu’un prénom arabe est donné, l’auteur indique entre parenthèse sa signification: Zahra (La fleur), Chahid (Le martyr), Hanane (La tendresse), Siham (Les flèches), Malika (Celle qui possède), Yasir (Le prospère), etc. Je n’ai pas trouvé que cela ajoutait grand-chose au récit.

Le roman est truffé de mots arabes expliqués dans une cinquantaine de notes en bas de page. Exemples: zob, mot arabe signifiant bite; Allah yrehmou, formule arabe équivalente à Paix à son âme; herragas, brûleur en argot marocain, en référence aux clandestins qui brûlent leurs papiers d’identité avant d’arriver à destination.

Style coloré

Soufiane Chakkouche a un style coloré. Pour dire qu’une fille a un postérieur particulièrement rebondi, il écrit qu’elle a un «surplus façonné dans le moule de l’harmonie». Quand la tempête arrive droit sur trois clandestins à la dérive, il concocte cette belle expression: «la mer a la chair de poulpe».

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Comme je fais quatre ou cinq mots croisés par jour, j’ai pu comprendre «traverser la chaleur de l’erg, la tristesse du reg». Mais en tant que personne diabétique, j’ai sursauté en lisant que le diabète est «la maladie du diable».

Pour dire que Casablanca est une ville populeuse, Chakkouche écrit qu’elle «abrite beaucoup de personnes, plus que les étoiles durant une nuit d’été».

Petites phrases lapidaires

Il aime lancer de petites phrases lapidaires, dont voici deux exemples: «si la perfection fait la beauté, l’imperfection fait le charme»; «chacun pour soi et Allah pour personne, car Dieu n’aime pas les égoïstes!»

Je dois avouer que j’ai trouvé ce roman archi hétérosexiste. Le moindre désir ou soupçon homoérotique n’a pas sa place, même si c’est pour le condamner au nom d’Allah. L’occasion aurait pu faire le larron à plus d’une reprise, mais elle a été tue ou évacuée. Dommage!

Après avoir publié deux romans policiers, L’inspecteur Dalil à Casablanca et L’inspecteur Dalil à Paris, Soufiane Chakkouche explore, avec Zahra, une existence «entre le mal qui ne manque de rien et le bien trop longtemps resté dans le besoin».

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