Roman coup de poing

Jocelyne Mallet-Parent, Basculer dans l’enfer, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Voix narratives, 2017, 262 pages, 23,95 $.
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Qu’est-ce qui pousse un jeune à épouser une cause, à se radicaliser, à devenir un terroriste? Voilà la question à laquelle Jocelyne Mallet-Parent a tenté de répondre en écrivant un roman coup de poing intitulé Basculer dans l’enfer. Sa réponse prend la forme d’une intrigue savamment orchestrée.

Dans un prologue de 25 pages, l’auteure met en scène trois enfants et leur mère respective. Chaque personnage – québécois, immigrant d’Algérie ou vivant au Moyen-Orient – est campé dans un milieu précis et à une heure précise, 6 h 32. Une entrée en matière très efficace.

Élise, Tariq et Jamil sont trois jeunes devenus des terroristes islamiques. Ariane, Fatima et Oleya sont trois mères qui cherchent à comprendre l’indicible. Le résultat est un thriller d’une percutante actualité.

Le septième personnage à entrer en scène est l’inspecteur Alex Duval qui a l’instinct d’un chasseur et les réflexes d’une proie; le premier lui dicte quelles pistes explorer, les seconds le guident vers de possibles portes de sortie. Pour lui, «une tonne de soupçons ne vaut pas une once de preuve».

Jocelyne Mallet-Parent
Jocelyne Mallet-Parent

Jocelyne Mallet-Parent s’est fort bien documentée sur la radicalisation et le terrorisme. Son style lui permet de décrire «des vérités qui ne sont jamais habillées pour sortir». Or, elles se pointent vers l’extérieur, mal vêtues, et rien ne les empêche d’aller au bal.

Le cheminement des trois jeunes et le cauchemar de leurs mères s’entrecroisent pour créer une tension qui nous met constamment en haleine. Nous suivons «Élise qui se fait fuyante comme une veine sous la pointe de l’aiguille», Tariq qui est résolu à devenir un héros et non un zéro, Jamil qui doit déclencher des horreurs au neuvième jour du ramadan.

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Nous voyons surtout la souffrance brutale, profonde et déchirante de trois mères qui ont presque l’impression d’exploser comme un kamikaze.

Quand un enfant bascule dans l’indicible, le parent ne peut que se tourmenter et se demander comment il ou elle n’a pas vu le coup venir, n’a rien appréhendé.

L’auteure va jusqu’à poser cette question: «Vaut-il mieux avoir un enfant mort que d’en avoir un embrigadé dans une radicalisation de fou et ne jamais savoir où il est, ni ce qu’il fait?»

Mallet-Parent explique très bien que militer peut devenir un formidable moyen de socialisation et que la radicalisation n’a pas de couleur ou de religion précise. Une bonne famille, une bonne éducation, un bel avenir en perspective ne constituent pas des garde-fous à toute épreuve, loin de là.

Le premier roman de cette Acadienne, Sous le même soleil, lui a valu le Prix France-Acadie 2007 et Le silence de la Restigouche a figuré en 2016 sur la liste des «Incontournables de Radio-Canada». Je vous garantis que Basculer dans l’enfer se fera aussi bien remarquer.

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