Rêve ou effondrement américain?

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Je ne sais pas si le nom de l’écrivain américain A. M. Homes vous dit quelque chose. Il m’était inconnu avant que je commence à lire Puissions-nous être pardonnés, un roman publié en 2012, qui a reçu le Women’s Prize for Fiction 2013. Le romancier fait preuve d’un humour décapant que le traducteur Yoann Gentric rend très bien.

Puissions-nous être pardonnés est pour le moins un étrange roman.

Le jeune quinquagénaire George subit un accident, pète les plombs, tue sa femme et est envoyé dans un hôpital psychiatrique.

Son frère Harry, qui avait couché avec sa belle-sœur, déménage chez George pour s’occuper de son neveu et de sa nièce, de leur chien et de leur chat aussi.

L’accident a laissé un petit garçon orphelin et les enfants de George veulent faire quelque chose pour lui. Harry adopte plus ou moins le jeune Ricardo qui devient un petit frère.

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Homes fait un peu d’humour en relatant cette scène; il écrit: «on tue ses parents, on le prend à sa famille et après on l’envoie en pension – ça commence à ressembler à un vieux roman anglais».

Harry est le narrateur. C’est un prof de science politique, spécialiste de Richard Nixon. Son récit est souvent ponctué de références à l’ancien président américain. Dans une conversation, quelqu’un dit que Nixon «était un fils de pute, qui haïssait tout le monde sauf lui-même».

Un autre ajoute que l’ancien président américain était «vieux jeu au point d’être un peu arriéré, inexorablement laid, amer, prompt à l’autoflagellation, à la fois trop et pas assez sûr de lui». On le décrit évidemment comme une personnalité intraitable qui se croyait au-dessus de règles.

Résolu de faire bonne figure dans son nouveau rôle «de parent de substitution», Harry emprunte une cravate, des chaussettes et une veste dans le placard de George.

En fait, il en vient qu’à ne porter les vêtements de son frère, au point de toujours manquer de contexte. «J’ai l’impression d’être tombé dans un espace interstitiel, de ne pas vraiment exister.»

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Le romancier A. M. Homes est un bon raconteur. Il n’hésite pas à tremper sa plume dans l’encre d’un humour décapant pour électriser les moments les plus sombres d’une tragédie familiale. Ses dialogues sont colorés et souvent punchés.

Le seul hic de ce roman – et c’en est tout un – repose sur le fait qu’il compte 580 pages et aucun chapitre. Le texte se déroule sans arrêt, ce qui n’est pas très pratique pour le lecteur qui a parfois besoin de pauses.

Homes fait preuve d’un talent évident pour confronter des personnages profondément meurtris à l’impérieuse nécessité de survivre aux épreuves que leur réserve l’existence pour se reconstruire durablement.

Il présente le rêve américain comme une drogue ou une prérogative qui a cédé sa place à «l’effondrement américain».

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