Regroupement d’organismes francophones: les limites des subventions

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La ville, la province et le fédéral ont financé la construction de la Place des Arts du Grand Sudbury. D’autres fonds ont été recueillis auprès de donateurs privés et d’entreprises pour combler les fonds manquants, y compris des anglophones. Photo: courtoisie
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Publié 30/01/2026 par Lê Vu Hai Huong

Lorsque plusieurs organismes francophones tentent de se regrouper sous un même toit, la dépendance au financement public peut freiner les bonnes intentions. Pour atteindre l’autonomie financière, certains conseillent de garder les portes ouvertes pour tous, pas seulement les francophones.

Le professeur en sociologie à l’Université de Moncton, Mathieu Wade, souligne le besoin de rechercher l’autonomie financière pour les organismes francophones qui désirent se regrouper, car le financement gouvernemental disponible les place dans une «situation assez précaire, assez fragile».

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Mathieu Wade. Photo: courtoisie

Le directeur général de la Place des Arts du Grand Sudbury, Denis Bertrand, souligne que le financement public est structurellement «insuffisant».

La directrice générale de la Maison de la Francophonie à Vancouver, Catherine Tableau, voit venir un changement de priorités de financement du secteur public. «[Dans] les années à venir, ça va être très, très compliqué parce que les objectifs des bailleurs [de fond] ne vont pas vraiment vers la culture et le communautaire, ils vont privilégier l’économique et l’armement».

Elle craint également ce qu’annoncent les récents ajustements budgétaires du fédéral, qu’elle trouve «monstrueux».

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La Maison de la Francophonie à Vancouver est un exemple de «grand succès» pour Kip Daechsel de Toronto, car elle répond aux besoins de la communauté francophone locale depuis les années 1980. Photo: courtoisie

Renforcer l’autonomie financière

Pour renforcer l’autonomie financière de la Place des Arts, Denis Bertrand explique la gérer comme une «petite entreprise culturelle», bien que les bailleurs de fonds reconnaissent ses valeurs culturelles, institutionnelles et économiques.

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Denis Bertrand. Photo: courtoisie

Ouverte en 2022, celle-ci abrite sept organismes francophones et deux salles de spectacle.

Il explique que, lorsque son équipe et lui considèrent un projet artistique, sa première question est: «Est-ce qu’une telle activité nous aide à atteindre nos objectifs financiers?»

Catherine Tableau encourage aussi le secteur associatif à générer leurs propres revenus, notamment par la location d’espaces commerciaux ou l’offre de cours de langue certifiés. La Maison de la Francophonie à Vancouver compte une quinzaine de locataires et loue des salles de réunion et une salle de spectacle.

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La francophonie sudburoise s’était rassemblée en grand nombre en 2017 pour entendre l’annonce du financement fédéral de 12,5 millions $ pour la construction de la Place des Arts du Grand Sudbury. Photo: Julien Cayouette

Des promesses qui traînent

La présidente et chercheuse principale de la firme de consultation Sociopol, Mariève Forest, souligne que les subventions pour la construction ou la planification de projet de regroupement d’organismes francophones proviennent souvent d’enveloppes déjà prévues pour les infrastructures publiques en général.

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Mariève Forest. Photo: courtoisie

«Ultimement, les francophones ont droit à toutes sortes d’enveloppes qui ne leur sont pas réservées», estime-t-elle.

Dans sa lettre ouverte expliquant les raisons derrière la fin du projet de Maison de la Francophonie à Toronto en mars 2025, le président Kip Daechsel dénonce le «ping-pong fatal» qui a fini par mettre fin à leurs plans.

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Kip Daechsel. Photo: courtoisie

Les paliers de gouvernement fédéral et provincial refusent parfois de s’engager avant que l’autre le fasse, créant une «inertie qui finit par tuer le projet», explique-t-il. Un risque pour tout nouveau projet qui a besoin de subventions.

«On a frappé à toutes les portes», raconte Kip Daechsel en entrevue à Francopresse. Mais ce qu’il qualifie de blocage volontaire de la part de fonctionnaires et de ministre a fini par épuiser les bénévoles et condamner le projet.

S’ouvrir pour prospérer

À la Maison de la Francophonie à Vancouver, sa directrice générale évoque que 40% des personnes qui louent leur salle de spectacle sont soit anglophones, soit allophones, notamment des hispanophones et des sinophones.

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Catherine Tableau. Photo: courtoisie

«On n’est pas un ghetto pour les francophones et on est vraiment un espace ouvert à toute la communauté de Vancouver», explique Catherine Tableau.

À la Place des Arts au Grand Sudbury, les clients anglophones font 60% des réservations des salles, selon Denis Bertrand. Si un lieu de rassemblement pour les francophones est créé dans l’intention qu’il soit uniquement pour les francophones, «ce lieu-là va finir par s’étouffer», dit-il.

Le directeur explique que son équipe doit aller au-delà des subventions et créer des projets et des initiatives pour augmenter les revenus autonomes, compte tenu de la situation minoritaire de la Place des Arts. La gestion reste entre les mains des francophones et les intérêts de la communauté francophone restent prioritaires.

Doser l’influence externe

Mathieu Wade soutient que «plus [une langue] est partagée, plus elle est forte», tout en prévenant que «c’est la dose qui fait le poison». Il faut doser l’influence externe pour ne pas perdre la saveur francophone du lieu.

«L’important, c’est que la gouvernance de ces lieux soit pour et par les francophones. Après, je pense qu’une langue, c’est comme la culture, plus elle est partagée, plus elle est forte», estime le professeur de l’Université de Moncton.

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