Refaçonner la vie à sa guise

Marie Laborde, Si belle en ce mouroir, roman, Paris, Éditions François Bourin, 2020, 268 p., 29,95 $.
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Si belles en ce mouroir, de Marie Laborde, n’est pas une autre triste histoire de femmes dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ou EHPAD en France. Non, le récit de la vie de trois belles à la Résidence Biarritz Bonheur frôle le roman d’aventure, voire le thriller par moments.

La narratrice est Alexandrine, 85 ans, qui élit temporairement domicile à la Résidence suite à une fracture du col du fémur.  Elle y rencontre Gisèle, 80 ans, et Marie-Thérèse, 99 ans.

Il y a aussi un vieux qui est «démangé de la quéquette», mais qui n’est point pédophile, i.e. ne s’intéresse pas à une jeune de 80 ans, c’est plutôt «un spécialiste ès séduction de centenaires».

Misères

C’est bien connu, quand la vie va bien, elle n’a pas besoin d’être écrite. Ce sont les mauvais côtés qui intéressent les lecteurs.

L’auteur beurre ça épais: repas indigestes, vieux parqués devant la télé, préposées qui sermonnent les résidentes trop actives à leur goût, petites jalousies montées en épingle. La narratrice décrit même un meurtre…

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Le portrait des résidents va de vieilles biques chenues à vieillard squelettique tordu par l’arthrite en passant par pauvre chose recroquevillée dans son fauteuil attendant avec patience et résignation son départ imminent.

Coup de vieux

Quand on demande à Marie-Thérèse comment ça va, elle répond: «Moi ça va, mais ma vieillesse, elle, s’ennuie comme un rat mort.» Et lorsque sa fille dit «tu as bonne mine, maman», la mère lit dans son regard «tu as pris un sacré coup de vieux, maman».

On a évidemment droit à des points sur les i, notamment pour signaler que les employés sont sous-payés, surexploités, surchargés de travail et, somme toute, obligés de maltraiter les résidents. Tout ça pour assurer aux actionnaires des dividendes attractifs et dégager des marges phénoménales pour les propriétaires.

Faits et inventions

Le roman regorge de remarques existentielles, du genre: «Est-ce que notre vie vaut la peine d’être vécue si notre mort ne fait pas couler une seule larme sur la joue d’une seule personne?»

Il y a aussi des jeux de mots comme «Happy end digne de ce nom», ou encore «Beau la vie? Beau, non. Bobo, oui.»

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Marie Laborde a signé plusieurs romans entre 1970 et 2000. Si belle en ce mouroir est né de ses propres observations lors de visites à des amies résidant en maison de retraite.

Sa narratrice s’adonne à l’écriture – stylo Bic et cahier d’écriture – et les deux ne se gênent pas de refaçonner la vie à leur guise, de zigzaguer à leur fantaisie «entre les zones plus ou moins claires du vrai et du faux», de taire ce qu’elles n’ont pas envie de dire, «d’exagérer, de modifier, de transposer, d’inventer, de mentir» si ça les arrange.

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