Qu’est-ce qu’être Franco-Ontarien?

«Franco-Ontariens», «Franco-Torontois», «Canadiens français»?

Des élèves du Conseil scolaire Viamonde lors du jour des Franco-Ontariens 2018.


1 décembre 2018 à 9h00

Cet article est paru dans Pro Tem, le journal des étudiants du campus bilingue Glendon de l’Université York. Il est diffusé par L’Express dans le cadre d’un échange entre les deux médias.


Les Franco-Ontariens brandissent fièrement leur culture et leur langue unique au sein d’une province majoritairement anglophone.

Représentant plus de 50% des francophones hors Québec, ils constituent la plus grande minorité linguistique de l’Ontario.

Leur identité est toutefois assez complexe. En effet, de nombreux francophones ontariens ne s’identifient pas comme tels.

Le drapeau franco-ontarien.

Une identité cachée

Pour certains, être Franco-Ontarien implique le fait d’être un francophone caché.

Karina Pelletier, étudiante à l’Université d’Ottawa, explique: «Être Franco-Ontarienne, c’est souvent surprendre les gens en leur disant que je viens de Toronto, quand ils entendent mon accent quasi-anglophone, et non pas québécois. C’est aussi me faire dire que je parle bien français pour quelqu’un de Toronto…»

Des avantages en milieu minoritaire

Étudier en français en Ontario est très avantageux. Les étudiants francophones ont accès à plusieurs bourses et obtiennent facilement des emplois, tels que le tutorat auprès de jeunes en immersion.

 

Les élèves de nos deux conseils scolaires se sont rassemblés en face de l’hôtel de ville de Toronto pour la levée du drapeau franco-ontarien, 2016.

«Je suis heureuse de vivre en Ontario, je reconnais les multiples occasions bilingues qui s’offrent à moi», soutient Francette Maquito, ancienne étudiante de Glendon.

Un sentiment d’appartenance

Quel que soit leur lieu de résidence, les Franco-Ontariens font partie d’une communauté soudée. Les écoles secondaires francophones encouragent chaque année leurs élèves à participer aux Jeux franco-ontariens, organisés par la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO).

Cet événement permet aux élèves de rencontrer d’autres Franco-Ontariens qui, tout comme eux, sont fiers de leur identité.

Camille Slaght, originaire de Toronto, et étudiante à l’Université d’Ottawa, soutient que son déménagement à Ottawa a renforcé son identité franco-ontarienne: «Je me suis rendu compte, au cours des années, que plus j’ai l’occasion de parler français, de lire en français ou de visiter des régions francophones, plus je me sens épanouie.»

Des étudiants du collège d’arts appliqués La Cité à Ottawa.

Keesha Nurse, étudiante et ancienne coordonnatrice du Salon francophone de Glendon, explique qu’elle ne s’est jamais sentie seule au long de ses études secondaires et universitaires grâce à son appartenance à la communauté franco-ontarienne.

Diversité des Franco-Ontariens

«C’est ce sens de l’appartenance et la fierté des jeunes Franco-Ontariens qui permettent l’épanouissement de notre communauté remplie de diversité», affirme-t-elle.

En effet, la diversité fait la force. De nombreux francophones ont des origines différentes, mais cela ne les empêche pas d’être unis avec l’identité franco-ontarienne.

Maxine Demeter, à la fois citoyenne française et canadienne, abonde dans le même sens: «Être Franco-Ontarien, c’est faire partie de la terre remplie d’immigrants qu’est le Canada, et se rapprocher de gens qui parlent français en Ontario.»

«J’ai du mal à m’y retrouver»

Toutefois, de nombreux francophones qui habitent en Ontario, notamment ceux dont les parents ne sont pas originaires de la province, ont parfois de la difficulté à s’identifier comme Franco-Ontariens.

Francette Maquito souligne ce sens d’identité ambivalent: «Je dis souvent que je suis Française en premier lieu, et Franco-Ontarienne d’adoption. En tant qu’immigrante française, je suis fière de la belle langue française et de ce patrimoine, mais j’ai un peu de mal à me retrouver à part entière dans la culture franco-ontarienne.»

Moi-même, d’origine québécoise et italienne, je ne me perçois pas exactement comme Franco-Ontarienne, alors même que j’ai toujours fréquenté le système scolaire franco-ontarien. Peut-être que c’est à cause du fait que ma famille ne m’a pas transmis la fierté franco-ontarienne proprement dite.

«Franco-Ontariens», «Franco-Torontois», «Canadiens-Français»?

Bien que le terme «Franco-Ontarien» englobe plus de personnes, s’identifier comme «Franco-Torontois» fait de la francophonie à Toronto une réalité concrète qui permet aux francophones de la ville, y compris moi-même, de se sentir fiers d’être francophones en situation minoritaire.

L’Express, le journal francophone de Toronto, fournit aux Franco-Torontois une plateforme sur laquelle ils peuvent s’exprimer en français.

Nathan Phillips Square
Les lettres TORONTO aux couleurs du drapeau franco-ontarien (au mat de l’esplanade de l’hôtel de ville à l’arrière-plan).

Le terme «Canadien-Français», quant à lui, est peut-être trop général, surtout si on n’a pas eu l’occasion de voyager beaucoup au Canada.

Cependant, comme dans le cas de l’identité franco-ontarienne, laquelle unit les francophones venant des quatre coins de l’Ontario, se sentir «Canadien-Français» permet également aux francophones, quelle que soit la province où ils habitent, de se sentir plus unis les uns aux autres.

Sarah Ariza-Verreault, rédactrice en chef du journal Pro Tem, ajoute que le fait d’être à la fois franco-torontoise et japonaise implique, selon elle, une sorte d’altérité linguistique et culturelle: «Les Canadiens-Français sont une minorité reconnue nationalement, mais on ne reconnaît pas aussi souvent ceux qui possèdent une double altérité, c’est-à-dire les minorités qui existent dans le cadre de ce groupe minoritaire, telles que les personnes biraciales.»

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