Quand un neurologue s’intéresse à la beauté

Changeux, Jean-Pierre. La Beauté dans le cerveau, Paris, Odile Jacob, 2016, broché, 18,5 x 25 cm, illustrations en noir et blanc, 218 p.
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C’est un ouvrage bien surprenant que nous proposent les éditions Odile Jacob sous la plume de Jean-Pierre Changeux. Surprenant par son titre qui allie beauté et cerveau, surprenant parce que l’auteur est un neurologue et qu’il est bien rare qu’un neurologue s’intéresse à la beauté.

«Jean-Pierre Changeux», nous dit l’éditeur, «est l’un des plus grands neurobiologistes contemporains. Il est professeur honoraire au Collège de France, membre de l’Académie des sciences. Il a été président de la Commission interministérielle d’agrément pour la conservation du patrimoine artistique national, dite Commission des dations, et président du Comité consultatif national d’éthique.»

Né en 1930, il est passionné par l’art et a organisé plusieurs expositions, De Nicolo Dell’Abate à Nicolas Poussin: aux sources du classicisme, La lumière au Siècle des Lumières, Passions de l’âme, et a coorganisé l’Âme au corps (Paris, Grand Palais).

Il est l’auteur d’une douzaine de livres dont, dans le domaine artistique, outre celui cité en titre, Le cerveau et l’art (2010), Du vrai, du beau, du bien (2008) et, en collaboration, La Lumière au siècle des Lumières et aujourd’hui (2005), La Passion de l’âme: peintures des XVIIe et XVIIIe siècles de la collection Changeux (2006), Neurones enchantés, le cerveau et la musique (2014).

Neuroscience de l’art

Jean-Pierre Changeux, dont on voit à la fois sa passion pour l’art et sa compétence en ce domaine, s’explique ainsi au sujet de La beauté dans le cerveau: «Ce livre est la synthèse de plusieurs décennies de réflexion sur le beau. Il verse au débat une nouvelle dimension: celle de la connaissance scientifique à la fois de la contemplation de l’œuvre d’art et de sa création.»

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«Avec la science du cerveau, ou neuroscience, un champ nouveau s’ouvre à la recherche sur l’œuvre d’art. On peut désormais imaginer une neuroscience de l’art. Comprendre comment notre cerveau intervient dans la relation de l’être humain à l’œuvre d’art devient envisageable et prometteur. C’est le chemin que je vous propose ici.»

Son livre est une approche neurologique pour trouver une réponse à une question simple et fondamentale pourtant: Que se passe-t-il lorsque nous tombons sous le charme d’un tableau ou lorsque c’est une valse de Johann Strauss qui nous séduit ou un parterre de fleurs qui nous éblouit?

Il se passe quelque chose dans notre cerveau, cet organe central qui nous permet de vivre, tout simplement. Il faut peut-être se rappeler, alors que l’on parle de plus en plus de technologie sophistiquée, d’intelligence artificielle, la complexité de notre «machine cérébrale» capable de tant de performances.

Pesant environ 1,5 kg chez un adulte, un cerveau compte quelque 90 milliards de neurones, ces cellules fonctionnelles du système nerveux, qui peuvent chacun former de 5 à 60 000 synapses, des zones de contact fonctionnelles entre deux neurones, ou entre un neurone et une autre cellule (cellules musculaires, récepteurs sensoriels, etc.).

La vitesse de circulation de l’information nerveuse d’un neurone à l’autre est impressionnante, de l’ordre de 100 m/seconde soit près de 430 km à l’heure. Il ne faut donc pas s’étonner de ce qu’un cerveau peut accomplir et de la quantité d’énergie qu’il consomme, de 15 à 20% de l’énergie journalière, alors qu’il ne représente que 2 à 3% du poids du corps.

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Le chemin

Le chemin que nous propose de suivre Jean-Pierre Changeux se déroule dans cet organe superpuissant, mais en suivant les étapes claires, explicatives et instructives qui marquent cette voie d’art et de science.

Dans l’Introduction, il explique fort bien son propos et la lacune scientifique qu’il veut combler. «Nombreux sont les scientifiques qui, ici ou là, mentionnent la beauté d’une équation ou l’esthétique de la forme d’une molécule. Le plus souvent, ils n’expliquent guère ce qu’ils entendent par là.»

Et l’auteur mentionne cette réflexion de Diderot (1713-1784) dans l’article Beau de son Encyclopédie: «Comment se fait-il que presque tous les hommes soient d’accord qu’il y a un beau et… que si peu sachent ce que c’est?»

Et ce que Changeux entend bien faire, c’est résorber le «clivage» récent entre science et art. Par exemple, «de grands peintres comme Piero della Francesca étaient souvent d’éminents mathématiciens…»

Livre accessible

Il n’y a plus qu’à suivre les jalons, c’est-à-dire les différents articles qui marquent le chemin du neurologue pour découvrir la façon dont il pense avoir résolu cette séparation entre art et science, puisqu’en fait elle n’existe pas dans l’esprit du bénéficiaire des effets de l’art.

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C’est ce qu’un journaliste appelle, en parlant de l’ouvrage de Changeux, la «rencontre de l’art et des neurones». (La Croix, 29/11/2016)

Pourquoi la science, pourquoi l’art, Création et neuroscience, L’âme au corps, Un parcours contemporain centré sur la lumière, Raisons et plaisirs d’une collection, Les barricades mystérieuses de notre cerveau: ce sont là quelques titres des chapitres au cours desquels le lecteur passera en revue, avec Changeux, nombre d’œuvres d’art, avec des illustrations choisies.

Un livre d’art, un livre de science, un livre accessible pour se former et s’informer.

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