La Madone de Laroque a trouvé son maître

La Madone de Laroque, de Léonard de Vinci.


11 avril 2017 à 0h06

Si l’on fait un petit retour en arrière, on trouve dans L’Express du 1er septembre 2009 un article intitulé Un tableau mystérieux. Vu la date de publication de cet article, il est sans doute bon de rappeler les grandes lignes d’une étrange découverte.

C’est celle d’un petit tableau représentant une vierge et deux enfants, appelé communément La Madone de Laroque, du nom de l’agglomération où se trouvait à l’origine cette œuvre d’art. Et c’est par l’intérêt qu’il a suscité que ce tableau a trouvé ses détenteurs actuels.

Trois amis, amateurs d’art, ont acheté en octobre 1998 un petit tableau sans prétention chez un brocanteur du village médiéval français de Laroque. Le tableau valait alors 1 500 francs (environ 350 $), mais «la lumière particulière de cette Vierge aux deux enfants avait attiré l’œil de trois amateurs d’art».

Après avoir acheté le tableau, à force de l’observer, ils ont conclu que manifestement cette œuvre était très ancienne. Commence alors leur enquête passionnée pour tenter d’en retrouver l’auteur, une enquête de longue durée qui a mis des années pour aboutir. Comment découvrir le grand maître pouvait bien être l’auteur de cette œuvre aux qualités artistiques si remarquables.

Léonard de Vinci?

Le tableau qui a subi les dommages du temps, et n’a pas fait l’objet de beaucoup de précautions dans ses pérégrinations, est un panneau de peuplier d’une seule planche de 48 x 59 cm. Pour apposer sa peinture «a tempera» l’artiste a choisi de recouvrir le bois d’une fine toile de lin. C’est un indice qui oriente vers Léonard de Vinci et son école.

Le tableau représente la Vierge assise, tête penchée, qui allaite son enfant, couché sur ses genoux, jambes croisées, tandis que Jean-Baptiste se tient debout à leurs côtés. La main droite de Marie soutient l’enfant, la gauche est posée sur les épaules de Jean.

L’enfant est nu, la Vierge est habillée d’un corsage «transparent», d’une robe sans doute rouge, et d’un manteau bleu à la doublure jaune. Jean est revêtu d’une tunique gris-bleu. Des spécialistes ont d’abord noté que l’œuvre évoque des compositions léonardiennes (de Léonard de Vinci) ou léonardesques (élèves, imitateurs).

Le tableau a été restauré en 2013-14 dans l’atelier parisien de Cinzia Pasquali, une sommité dans son domaine. Cette Italienne a en effet acquis une réputation mondiale de «médecin des chefs-d’œuvre de l’art».

Expositions

La Madone a déjà été exposée. En novembre 2006 elle était à Vinci dans l’église Santa Croce où le grand maître Léonard a été baptisé en 1452. Fin novembre et début décembre 2007, elle était exposée à Chieti, dans les Abruzzes italiennes, dans un musée de la ville.

En juillet et août 209, elle était au Japon, exposée pendant 45 jours au dernier étage de la tour Fuji à Tokyo, dans une petite cage en verre sécurisée et climatisée, que des milliers de Japonais curieux sont venus regarder. Une émission de télévision d’une chaîne japonaise concernant ce tableau avait eu une audience exceptionnelle et suscité l’intérêt du grand public.

Bien entendu, les détenteurs de ce tableau ont fait effectuer à leurs frais des recherches pour en identifier l’auteur. «Nous avons payé de notre poche toutes les expertises. Y a-t-il un seul tableau sur le marché qui ait subi autant d’enquêtes historiques et d’analyses scientifiques?», a déclaré l’un des trois propriétaires.

Curieusement ou dédaigneusement, les experts du musée du Louvre, à Paris, ont toujours refusé d’examiner le tableau. Les experts italiens s’opposent. Pour le directeur du Museo Ideale de Vinci, situé à Vinci, Alessandro Vezzosi: «C’est absurde de dire que Léonard a peint ce tableau. On peut peut-être dire que c’est de l’école de Léonard, mais on ne peut pas parler de Léonard de Vinci lui-même.»

Confirmé!

Par contre, le plus grand spécialiste mondial de Léonard, Carlo Pedretti, confirme l’attribution au maître.

L’automne dernier, une historienne d’art, Maïke Vogt-Lûerssen, a catégoriquement établi que ce tableau était bien de la main de Léonard, en se basant sur des études de symboles. Selon elle, la signature symbolique de Léonard de Vinci se trouverait dans le diadème de la vierge.

Comme me l’a confié un des détenteurs du tableau, «Pour ma part, j’observe qu’il est extrêmement difficile d’avancer, tout a été fait pour ce tableau depuis sa découverte jusqu’a sa restauration. Les plus éminents laboratoires scientifiques, les meilleurs experts ou historiens et Mme Cinzia Pasquali pour la restauration.»

Et c’est Jean-Pierre Changeux qui clôt les débats, dont nous n’avons pas dressé un inventaire complet. Évoquant la Madone de Laroque dans son ouvrage, il déclare: «La contribution directe de la ‘main’ du maître à cette toile contestée devient évidente.»

«Que faut-il de plus», de dire l’un des détenteurs de ce tableau du maître de Vinci.

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