Quand un écrivain n’est plus cru, il est cuit !

Claude La Charité, Le meilleur dernier roman, roman, Longueuil, Éditions de L’instant même, 2018, 180 pages, 21,95 $.


15 juillet 2018 à 9h00

Le premier roman de Claude La Charité s’intitule Le meilleur dernier roman. Ça ne s’applique pas au livre qu’on lit mais plutôt à un prix littéraire que l’Université du Québec maritime décide de décerner. L’intrigue se passe à Mirouski, mais cela pourrait aussi bien être Rimouski.

Le nom de l’endroit n’est qu’un des très nombreux jeux de mots servis par La Charité. Il est question, notamment, de Lis-tes-ratures, de Word Trade Center et de Grand Antonio de la littérature populaire. Un conteur se prénomme Télesphore, comme le porteur de lumière qui phosphore.

Revenons à l’intrigue. Dix profs du département de lettres françaises doivent décider comment sera attribué le Prix Anthume du meilleur dernier roman.

Dès les premières lignes, le romancier nous avertit que plusieurs noms d’auteurs sont véridiques, mais que «certaines œuvres qui leur sont prêtées relèvent d’un monde burlesque qui n’existe que dans la fiction». Burlesque est faible, c’est plutôt rocambolesque.

Un des dix profs, Claude, est le narrateur; son nom n’apparaît que dans le dernier chapitre. Le lauréat du prix est connu dès le premier chapitre et nous avons affaire à un écrivain dont l’ego est tellement grand qu’on le surnomme Son Immensité.

Tous les autres chapitres portent sur les délibérations des dix profs, puis du jury; à travers ces échanges se dégagent toute une brochette de jugements littéraires.

On apprend que Patrick Senécal est «notre Stephen King» et qu’Yves Thériault a écrit Aglaakakuktituq, un «prequel d’Agaguk».

Un prof croie que L’Avalée des avalés de Ducharme a été accepté par Gallimard parce qu’un obscur préposé au courrier a fait le premier tri et, c’est chose bien connue, tel manuscrit est retenu «en fonction de la beauté des timbres, un autre selon la police de caractères, un autre encore à partir du titre et du nom de l’auteur».

À une autre époque et dans un autre lieu, Edgar Allan Poe (1809-1849) aurait pu remporter le prix du meilleur dernier roman à 29 ans parce qu’il n’a publié qu’un seul roman: Les Aventures d’Arthur Gordon Pym (1838).

Mis à part ce genre de renseignements, les profs s’égosillent surtout à «penser le changement, changer le pansement dans la littérature de l’extrême contemporain».

Le narrateur s’embourbe souvent dans des digressions où il peut aussi bien être question d’un crabe à trois pinces, d’un chien hermaphrodite, du crâne de Jean de Brébeuf ou de la cage de la Corriveau. Résultat: le roman devient un véritable capharnaüm foisonnant d’objets littéraires, historiques, scientifiques et ésotériques.

J’ai mentionné que le lauréat est connu dès le premier chapitre. Il s’agit d’un dénommé Henri Vernal, auteur de La grosse Bertha, histoire d’une femme canon. Lors de la cérémonie, le livre en montre comprend 795 pages… blanches. Hemingway disait que la qualité d’une œuvre se juge à ce que l’écrivain en retranche.

Claude La Charité aurait dû, à mon humble avis, retrancher des milliers de mots, mais pas cette blague: «– Que devient un écrivain quand il n’est plus cru? – Il est cuit!»

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