Quand la famille est un ciel nuageux


13 juillet 2010 à 15h07

Jean Perron publie depuis bientôt vingt-cinq ans. On lui doit sept romans, onze recueils de poésie et un recueil de nouvelles. Son plus récent roman s’intitule Le Convoi des nuages et met en scène cinq membres d’une famille où l’indifférence réciproque semble s’être établie «en guise de terrain d’entente». Ces personnages prennent à tour de rôle la parole, comme autant de voix intérieures qui dévoilent leur propre vision du portrait de famille.

Ce court roman de 140 pages est découpé en de très brefs chapitres – certains ont moins de dix lignes – qui défilent comme des nuages dans un ciel mystérieux. On est au printemps, mais « les nuages blancs comme des fleurs de pommiers dans la brise légère ont rapidement grisonné à mesure que l’après-midi avançait vers le soir.» Ils se défont comme des pansements usés et révèlent des plaies difficiles à guérir.

L’histoire se passe dans un village sans nom où tout le monde se connaît et s’épie.

La famille Laflamme est réunie pour enterrer David, le fils qui s’est donné la mort; il était pourtant le seul enfant investi dans l’avenir de la ferme familiale.

Après l’enterrement et le repas à la salle paroissiale, il y a une réunion de famille à laquelle participent les parents, Maurice et Simone, l’aîné Reggie, Gaspard et Louisianne. Carmen, chirurgienne aux États, n’est pas présente; Rosita et les enfants accompagnent Gaspard; Sébastien suit Louisianne sans être son amant. Sous la course immuable des nuages, les souvenirs doux-amers refont surface et la disparition de David soulève bien des questions.

Plusieurs chapitres sont de courts monologues qui nous éclairent sur la dynamique de la famille Laflamme dont le nom ne laisse pas présager autant d’ombres. Chacun prend le crachoir à plus d’une reprise pour nous faire découvrir petit à petit sa vraie nature.

Nous apprenons que pour Reggie, «l’espèce humaine n’a pas besoin de changer. Simplement d’avancer.»

Nous découvrons que Simone a toujours pensé «qu’il fallait cultiver l’esprit comme on cultive la terre, avec beaucoup d’efforts et d’amour.»

Nous comprenons pourquoi Gaspard n’a pas besoin de voyager ailleurs que dans sa tête; «parce qu’il a été toujours été un étranger sur les lieux de sa naissance.»

Le style de Jean Perron est parfois poétique, mais le plus souvent incisif. Il nous offre une histoire intemporelle, universelle, où le sens de la terre et de la transmission des valeurs se heurte à l’inévitable conflit des générations et des visions du monde.

Au-delà des différends, l’auteur nous montre avec subtilité la force des sentiments qui lient cette famille malmenée par la vie.

Nous ne sommes pas surpris de le voir écrire que les relations humaines sont comme les repas: «une fois tout consommé et rien pour regarnir la table, il ne reste que des déchets et des souvenirs. Ancien enfant de chœur, j’avoue avoir été surpris, en lisant la description de la cérémonie au cimetière, de voir le prêtre agiter «l’ostensoir qui répand une fumée sinueuse le long des pans de sa soutane». L’éditeur aurait dû corriger cette phrase et remplacer ostensoir par encensoir.

Je vous signale, en terminant, que Le Convoi des nuages figure parmi «les choix de la rédaction» du magazine Le Libraire (numéro 59, juin-juillet 2010).

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