Quand le presbytère devient un bordel

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À l’heure où des prêtres pédophiles subissent leurs procès, à Montréal comme à Ottawa, il m’a semblé utile de faire écho à une page d’histoire qui a étonné, choqué et scandalisé les fidèles d’une paroisse du diocèse de Gaspé dans les années 1930. Elle a donné lieu au roman historique Le curé d’Anjou, d’Odette Mainville.

L’auteure affirme que «les frasques de ce prêtre sont si énormes et si scandaleuses que l’histoire n’a guère besoin de recourir à la fiction pour construire son intrigue».

Solidement documenté à partir d’archives et de témoignages, ce roman raconte la vie de Réal d’Anjou (1900-1971), né dans la région de Rimouski, ordonné prêtre, nommé curé, sans jamais avoir été sevré de sa mère, «gage de sécurité». Mary d’Anjou exerce «une infernale domination» sur son fils, voire un funeste empire.

Dès son enfance, Réal d’Anjou se fait appeler «le petit prêtre à maman». Sa chambre devient «une sorte d’incubatrice où germerait plus d’ivraie que de bon grain». Sa mère se délecte déjà «des rejaillissements sur sa propre personne des honneurs dévolus» au futur rang sacerdotal de son fils.

L’auteur souligne clairement que Réal ne pourra jamais se passer de Mary. La mère ne consentira jamais à ce que le lien soit brisé. Pour la simple raison que son avenir réside entièrement dans celui de son fils prêtre.

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Réal d’Anjou fait ses études chez les franciscains, devient le frère Louis-Marie, est ordonné prêtre et ne tarde pas à démontrer de quel bois il se chauffe… sur le plan sexuel. Il séduit son neveu et lui apprend qu’il n’y a pas de péché d’impureté avec un prêtre puisque ce dernier sait ce qui est bien et ce qui est mal. Il ne saurait donc proposer de faire quelque chose d’immoral. Juste quelque chose de secret, donc un acte qui prend de la valeur.

Éconduit par la communauté franciscaine, Réal d’Anjou est admis comme prêtre séculier dans le diocèse de Gaspé par Mgr François-Xavier Ross, en 1932, et devient curé de la paroisse de Saint-Majorique.

Dévergondages

Dans le presbytère, le curé, sa mère et son bedeau, infernal trio, s’adonnent aux pires dévergondages. Le bedeau couche tour à tour avec le curé et sa mère. Le vin de messe, le gin, le whisky et la bière arrosent copieusement les repas et les soirées du trio infernal. Réal d’Anjou fait prêter serment à sa ménagère de ne pas dévoiler ce qui se passe ou se dit dans le presbytère. «C’est un peu comme le secret de la confession.»

D’Anjou achète chez un protestant et se fait traiter par un médecin juif, ce qui fait évidemment jaser les paroissiens qui sont déjà atterrés de voir leur pasteur frayer avec des catholiques de mauvaise vie.

Mais ils ferment l’œil, car «c’est péché de manger du curé». L’auteure fait dire à un paroissien que, «dans le cas de notre curé, il y aurait plus de danger de s’empoisonner que d’aller en enfer».

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Le style d’Odette Mainville est parfois finement ciselé. Je signale juste une phrase qui décrit bien les promesses faites lors d’une campagne électorale: «Temps de leurre et temps d’espoir; tant d’espoirs leurrés.»

L’évêque de Gaspé, Mgr François-Xavier Ross, décrit le curé de Saint-Majorique comme un «homme exécrable et pervers, un suppôt de Satan». Comment a-t-il pu alors diriger une paroisse de son diocèse pendant quatre ans? «Il savait les mots pour plaire et il avait l’éloquence pour les dire. Il maîtrisait l’art de la persuasion et peu échappaient à son irrésistible charisme.»

Excommunié

Réal D’Anjou finit quand même par être excommunié. Qu’à cela ne tienne! Il devient pasteur protestant à… Saint-Majorique.

Encore là, l’ivraie étouffe le bon grain. Le modérateur de l’Église presbytérienne se laisse «berner par ce manipulateur sans scrupule». Mais le pasteur d’Anjou finira par être évincé des rangs de cette Église aussi.

Le roman est divisé en trois parties d’environ 200 pages chacune. La première porte sur l’enfance, la formation et l’ordination de Réal, puis sur son transfert de père franciscain à prêtre séculier. La deuxième partie couvre les quatre années houleuses à la barre de la paroisse de Saint-Majorique. La troisième partie va de l’apostasie du prêtre jusqu’à sa mort, en passant par sa période de pasteur protestant.

Pour tisser 600 pages d’intrigues, l’auteure multiplie les détails et nous entraîne parfois dans un pénible dédale de menaces, d’ultimatums et de procès. Elle renfonce constamment (trop) le clou de la mère dominatrice et du fils manipulateur, tous deux des alcooliques impénitents.

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