Quand le métal devient une œuvre d’art

Claude Mercier, Catalogue raisonné, Paris, 2017, Éditions d'Art Somogy, relié, 24,6x28 cm, 320 illustrations, 192 pages. La jaquette reproduit PARABOLE, 1960 et en 4e FRONTALITÉ, 1990.
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Pour désigner le spécialiste qui travaille le fer forgé, on parle de ferronnier d’art capable de transformer le métal pour orner des intérieurs (luminaires, appareils…) et également des éléments extérieurs pour les rendre agréables à la vue (rampes d’escaliers, grilles, portails…).

Mais l’artiste qui retient notre attention ici, Claude Mercier, sort de la catégorie des ferronniers d’art, car ses œuvres ne répondent à aucune nécessité spécifique, puisqu’il est un créateur, ou un innovateur qui ne cherche à forger le métal que pour obtenir des œuvres d’art. C’est un forgeron d’art, comme Calder, ou un sculpteur de métal.

Famille d’artistes

Sculpteur de métal, Claude Mercier s’inscrit dans la vie artistique qui s’épanouit après la dernière guerre mondiale. Il est né le 10 septembre 1924 à Paris dans une famille aisée, qui s’intéresse de près au domaine artistique: un grand-oncle conservateur de musée, une grand-mère journaliste-écrivaine et un père illustrateur. Il fait ses études secondaires au lycée Janson de Sailly.

C’est un lycée de prestige. Il porte le nom de «Janson de Sailly (1782-1828), un avocat parisien. Suite à la découverte d’une relation extraconjugale entretenue par sa femme, il la déshérita et légua sa fortune à l’État afin que celui-ci achète un terrain et y construise un institut pour jeunes garçons, aucune femme ne devant jamais pénétrer en ces lieux.» (Olivier Berruyer, écrivain)

Claude entre ensuite à l’École Boulle, du nom du célèbre ébéniste de Louis XIV, André-Charles Boulle (1642-1732), un établissement public d’enseignement des arts appliqués et des métiers d’art. Il s’inscrit dans la section de sculpture sur bois. Mais en 1944, il s’engage dans l’armée de l’air comme élève-pilote et poursuit sa formation au dans la Royal Air Force britannique.

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Miroirs alternés, 1961, p. 68

Reçu par Henry Moore

Démobilisé en 1946, il se rend à l’École des beaux-arts de Paris. Il a pour professeur Marcel Gimond (1894-1961), un adepte de la sculpture figurative. Brillamment diplômé, Claude Mercier qui n’aime pas le plâtre, se voyant modeleur plutôt que tailleur, cherche alors un matériau malléable et peu coûteux pour travailler. Il choisit le métal.

Il en commence donc le travail tout en s’inscrivant en 1950 à l’École Nationale Supérieure des Beaux- Arts à Paris. En 1952, il s’installe dans une cité d’artistes.

En 1954, lors d’un voyage d’études en Grande-Bretagne, le sculpteur Henry Moore le reçoit dans son atelier près de Londres. Cette rencontre lui sera bénéfique Dans l’exposition «Sculptures contemporaines» d’Évreux, en 1955, il rencontre Alberto Giacometti qui porte de l’intérêt à ses premières œuvres.

Construction n°8, 1957, p. 46

Somogy

Des relations suivies vont alors s’établir entre ces deux artistes, et Claude Mercier va se lancer dans une production artistique variée, comportant en plus de ses compositions métalliques quelques œuvres peintes. La publication des éditions d’Art Somogy nous révèle les incroyables productions réalisées par l’artiste avec du métal.

Comme l’indique Somogy dans un précédent ouvrage: «Claude Mercier est l’un des grands sculpteurs français contemporains. Connu pour ses sculptures en métal, aux formes abstraites convexes et concaves entrelacées à l’infini, il arbore un style singulier, incontournable source d’inspiration pour les générations à venir… Sculptures monumentales, reliefs, dessins, bijoux… : toutes les formes explorées par Claude Mercier se retrouvent mises en perspective.» (Quand le métal fait signe,2009 )

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Et toutes ces formes se retrouvent dans le catalogue raisonné qui est, dit l’éditeur, «la synthèse d’une vie, pas seulement l’inventaire le plus exhaustif possible d’une œuvre, mais la somme de toutes les recherches, de toutes les émotions, de tous les ‘accidents’, des erreurs comme des moments de grâce, c’est l’histoire de rencontres, de ruptures, et surtout celle d’un travail immense.»

Quelques articles orientent le lecteur. La vision du sculpteur, Claude Mercier, Le plain-chant du métal, Toutes les facettes du métal, Sculptures 1949-2017, Bijoux, Arts appliqués, Biographie, Bibliographie. Mais chaque page est une découverte d’étranges et singulières œuvres en métal. Il y en a pratiquement à chacune des 192 pages de cet ouvrage qui comte 320 illustrations dont quelques photographies.

Découvertes

C’est donc une découverte à faire à chaque page tant il est surprenant de voir comment le métal se plie à toutes les fantaisies de l’artiste qui sait le manipuler.

Miroirs multiple n°6 – laiton poli – 1960, p. 65

Comme l’écrit l’historienne de l’art Lydia Harambourg, «la sculpture de Claude Mercier porte l’évidence des formes sensibles du monde transposées dans le jeu des tensions et des équilibres savants. Chaque sculpture est une structure dressée et cherche à suspendre l’insaisissable. Elle exige que nous nous déplacions pour en comprendre toutes les subtiles articulations.

Chaque face nécessite une approche nouvelle pour une perception renouvelée de l’ensemble. Le regard va bien au-delà de sa vision générale et revient sur l’élégance des courbes qui jouent avec les verticales et les horizontales, s’infléchissent sous la pression des pensées intérieures.»

Cet ouvrage non seulement fait connaître les œuvres d’un grand et original sculpteur, mais il permet aussi de se pencher avec attention sur des réalisations évocatrices bien qu’abstraites et d’en admirer les formes diversifiées à l’infini.

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