Quand la photographie va à la guerre

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À l’occasion de la commémoration de la Première guerre mondiale de 1914-1918, le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa (MBAC) présente jusqu’au 16 novembre de cette année une exposition intitulée Grande Guerre. Le pouvoir d’influence de la photographie.

Alors que nous sommes habitués à voir maintenant des reportages télévisés sur des conflits qui éclatent encore ici ou là, et que ces visions documentaires peuvent être très réalistes ou manipulatrices, un retour en arrière nous montre le rôle que la photographie a pu jouer dans des conflits antérieurs.

En Crimée

On s’accorde à dire que les premières photographies de guerre datent de la Guerre de Crimée, cette péninsule ukrainienne récemment annexée par Poutine.

À l’époque, en 1855, le conflit opposait la Russie impériale à l’Empire Ottoman, et les Anglais et Français s’en étaient mêlés pour éviter que les Russes ne prennent le contrôle du Moyen-Orient.

L’histoire se ressemble ou se répète, mutatis mutandis.

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Le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, époux de la reine Victoria, entendait utiliser les images dans un but de propagande pour la couronne britannique.

«Les quelques 360 images rapportées par Fenton (le photographe) montrent des troupes britanniques bien ordonnées, des groupes de soldats vivant dans de bonnes conditions, des ports organisés et bien fournis. Pas de photos sanglantes du front. Pas d’horreur sinon métaphorique, comme une image intitulée La vallée de l’ombre de la mort.» (Alain Rio, La photographie de guerre, Internet).

Autres conflits

Malgré les difficultés techniques liées au matériel de l’époque et les temps de pose nécessaires, la photographie de guerre était lancée. On retrouve donc photographes et photographies de guerre lors de la guerre de Sécession, qui s’est déroulée aux États-Unis entre 1861 et 1865. Des photos réalistes de cadavres y ont remplacé les actes de bravoure.

La guerre russo-japonaise (1904-1905) est illustrée par des photos au lieu de dessins comme lors de la guerre franco-allemande de 1870. Les photos sont cependant retouchées à la gouache pour correspondre aux critères esthétiques du magazine l’Illustration les. Elles sont publiées pour que le lecteur ait l’impression de suivre les combats.

Première Guerre mondiale

L’importance de la photographie ainsi démontrée, celle-ci va être utilisée sur une grande échelle au cours de ce conflit de longue durée, qui oppose de grandes puissances sur le territoire européen.

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La Grande Guerre sera un tournant décisif pour ce moyen d’expression.

«Les autorités militaires des camps opposés et les hommes politiques qui les ont conduits à ce conflit, nous dit Alain Rio, avaient parfaitement compris que la photographie pouvait jouer un rôle déterminant sur le moral des troupes et aussi auprès de toutes celles et de ceux qui voyaient leurs maris, enfants, frères partir s’enterrer dans des tranchées pour y perdre leur vie ou leurs bras!»

Il y a donc, comme on peut le voir en visitant l’exposition, une multitude de documents photographique, les uns officiels, qui exaltent le patriotisme des troupes, les autres privées, qui traduisent le réalisme de la guerre.

Les découvertes de l’exposition

En suivant le parcours de l’exposition, organisé en dix thèmes, le visiteur est mis en présence de photographies, ou mieux de l’importance de la photographie pour en traiter différents aspects: photographies aériennes, photographies instantanées, photographies d’amateurs, vues stéréoscopiques, cartes postales, photographies officielles des services photographiques des armées, portraits de militaires, etc.

Il s’agit de la part des autorités concernées, de justifier les combats qui s’éternisent, de montrer la vaillance des soldats, leur héroïsme qui les conduit jusqu’à la mort, bref une image de guerre valorisante d’un côté, opposée aux destructions pour ne pas dire à la barbarie de l’autre camp.

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Ce qui ressort de toute évidence de cette visite, c’est que la photographie était devenue une arme de guerre à des fins de propagande. «Le pouvoir d’influence de la photographie» est sans doute le thème le plus significatif de l’exposition elle-même et le plus actuel.

Les reportages télévisés ont remplacé pour une large part les reportages photographiques, mais ne posent-ils pas les mêmes questions, ne suscitent-ils pas les mêmes réflexions?

Le catalogue

L’exposition s’accompagne d’un catalogue bilingue abondamment illustré de photographies. Cet ouvrage publié par le MBAC est intéressant à plus d’un titre. Il comprend d’abord deux textes historiques et explicatifs, La guerre de la photographie et La Grande Guerre et la stéréoscopie en France (1914-1930).

La sélection de photographies permet de mieux étudier ce que l’on a pu voir sans toujours entrer dans des détails en visitant l’exposition. On voit des troupes canadiennes, la crête de Vimy dont nous parlerons plus précisément le moment venu, des photos de propagande avec des soldats en rangées, l’air conquérant, des photos d’amateur fort différentes, des portraits.

Les 54 pages de photographies sont des témoignages, des souvenirs, des pièces d’actualité, des sujets de réflexion et font de cet ouvrage un document historique de valeur.

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