Quand la campagne suédoise devient un véritable cirque

Karin Brunk Holmqvist, Colza mécanique, roman traduit du suédois par Carine Bruy, Paris, Mirobole Éditions, coll. Horizons blancs, 2017, 256 pages, 36,95 $.
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L’une des auteurs les plus populaires de Suède, Karin Brunk Holmqvist, a publié dix romans, vendus à plus d’un million d’exemplaires, dont Aphrodite et vieilles dentelles que j’ai recensé en août 2016. Elle nous offre maintenant Colza mécanique, une histoire incongrue en pleine campagne suédoise.

Le hameau Onslunda est situé en Scanie, près de la mer Baltique. C’est là que vivent les frères Henning et Albert Andersson, respectivement âgés de 68 et 73 ans. Le colza s’étend partout autour de leur modeste bicoque, comme un tapis ondulant jaune. La scène a l’air paisible, mais elle va devenir un véritable cirque.

Un cercle de terre battue dans le champ de colza, avec des taches brunes, laisse croire que l’endroit a peut-être attiré des extraterrestres. Puis la maison natale des deux frères, à quelques pas du champ de colza, devient un centre de désintoxication pour femmes alcooliques. Enfin, une compagnie minière vient effectuer des forages au bout du champ.

Karin Brunk Holmqvist (Photo: Lina Ikse)
Karin Brunk Holmqvist (Photo: Lina Ikse)

Tous ces événements mettent du piquant dans la vie des deux frères. «Nom d’un chien, Albert, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne s’est pas ennuyés cet été!» Les deux Andersson deviennent, en effet et bien malgré eux, le centre d’attraction d’Onslunda.

Karin Brunk Holmqvist décrit dans un style coloré comment la morne mais paisible routine des deux vieux garçons est complètement chambardée l’espace d’un été.

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À titre d’exemple, voici un épisode de ce chambardement: une jeune femme s’échappe du centre de désintoxication et aboutit chez les frères Andersson. Elle cale leur bouteille de vodka, se promène nue et leur fait de succulentes crêpes.

À l’affût de tout ce qui se raconte, l’épicière du coin colporte une kyrielle de ragots, de demi-vérités, voire de fabulations aussi étonnantes que farfelues. La romancière en fait une savoureuse commère-en-chef.

Henning et Albert se rappellent souvent des paroles ou conseils de leur mère, comme «N’agissez pas dans la précipitation, mes garçons. Réfléchissez toujours avant de prendre une décision.» Ou encore: «Ne laissez pas des soucis sans importance devenir de tels fardeaux que vos épaules s’affaissent et votre dos se courbe.»

L’auteure aime parfois glisser des réflexions sociologiques. Elle note, par exemple, que cela fait du bien aux citadins de venir à la campagne, car «on a vite fait de dérailler quand on habite dans une grande ville».

Le plus intéressant dans cette histoire parfois abracadabrante, c’est le portrait de deux frères inséparables. Le châtelain du coin parle d’eux comme «des spécimens uniques. Il aurait fallu les déclarer espèce protégée.»

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Les frères se soucient vraiment l’un de l’autre. On voit constamment comment ils éprouvent un profond sentiment d’appartenance. Henning et Albert ne redoutent pas la mort. L’un et l’autre craignent plutôt «le fait de rester seul».

Un mot, en terminant, sur l’auteure, Personnalité atypique, Karin Brunk Holmqvist a tour à tour été employée en maison d’arrêt, femme politique et mannequin pour bikinis. Chaque expérience rend son style plus truculent.

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