Pute et poker : roman danois

La Fille dans le marais de Satan, de Søren et Lotte Hammer

Éditions Actes Sud
Lotte et Søren Hammer, La fille dans le marais de Satan, roman traduit du danois par Frédéric Fourreau, Paris, Éditions Actes Sud, 2018, 480 pages, 44,95 $.
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Les Danois Søren et Lotte Hammer sont frère et sœur et écrivent ensemble des polars qui mettent en scène l’inspecteur Konrad Simonsen. Leur tout dernier épisode traduit en français s’intitule La Fille dans le marais de Satan, dont les principaux ingrédients sont la perversité, la cruauté et la malhonnêteté.

Des prostituées noires disparaissent ou sont trouvées mortes au Danemark sans que cela ne suscite un grand intérêt dans la presse de Copenhague. La situation change lorsqu’un vieux commissaire de police laisse échapper «que ça peut parfois être compliqué de découvrir de quel pays viennent ces nègres».

Climat de racisme

Le cas du cadavre de la récente prostituée est dès lors porté en épingle. On parle de climat de racisme au sein des forces de la police danoise. Le chef de la brigade criminelle, Konrad Simonsen, communément appelé Simon, interdit à tous les membres de son équipe d’utiliser le mot «négresse», mais cela ne fait pas avancer l’enquête pour autant.

Une battue très publicisée dans la forêt près du lac où a été trouvé le cadavre s’avère vaine. L’examen des restes humains pointe vers une Nigériane, et on découvre que plein de femmes venant de l’Afrique sont au Danemark pour y travailler en tant que jeunes filles au pair… une heure par jour. Le reste du temps, leur corps est vendu pour une dizaine d’heures, à haut prix bien entendu.

Réseaux de prostitution

Les réseaux de prostitution sont dirigés le plus souvent par des hommes dangereux et pervers. Un couple danois mène de front deux réseaux; la femme s’occupe des prostituées et le mari dirige une Poker Academy. «Les putes font du fric, les joueurs de poker se chargent d’en blanchir la plus grande partie».

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Pour l’épouse, des antiquités à Londres, des tableaux à Paris et des femmes africaines à Copenhague sont du pareil au même: «il importe d’acheter bon marché et de vendre cher».

Signoret et Brejnev

Les coauteurs multiplient les sous intrigues et les personnages. Juste du côté de la brigade criminelle, une enquêtrice surnommée Comtesse est en couple avec le lieutenant Simon, et une policière souffre de tous les syndromes de stress post-traumatique.

Quant à la procureure, elle porte le surnom de Grosse Bertha. Son visage lourd rappelle à la fois Simone Signoret et Leonid Brejnev, «une sensation de puissance sous une forme la plus primaire».

Une intrigue amoureuse se développe aussi entre une jeune femme indéchiffrable et un jeune homme illettré toujours aux aguets, qui défient allègrement presque toutes les lois du code criminel. C’est «magnifique et atroce, merveilleux et dingue».

La pute heureuse est un mythe

Pour faire avancer son enquête, le lieutenant Simon bénéficie d’«une putain de bonne suggestion». La pute heureuse est un mythe. Le pouvoir d’avoir un rapport sexuel autorise l’acheteur «à humilier, à avilir, voire à brutaliser la vendeuse».

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En sous-texte, le roman traite de l’intégration des immigrés dans la société danoise où «la décence était devenue une denrée rare». Il est aussi question d’un segment de la population qui possède «manifestement plus d’argent que de bon sens».

Le style des Hammer est coloré et friand de détails. Un jeu de mots est parfois finement glissé, comme lorsqu’un couple recherché est secrètement enseveli dans un cimetière perdu et que le lieutenant Simon déprime de pas le trouver: «c’était comme si la terre les avait engloutis».

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